Dans les années 50, la volonté de tendre à l’autosuffisance alimentaire et une capacité nouvelle à accroître la productivité ont transformé radicalement les méthodes agricoles. Depuis lors, l’agriculture chimique est dominante. Elle repose sur l’utilisation de pesticides et d’engrais chimiques, bien sûr, mais plus encore sur la croyance que l’agriculteur peut tout diriger et tout orchestrer à sa guise sans jamais se soucier de l’impact de son travail sur l’environnement : l’agriculteur démiurge fixe des plantes sur le sol, dispense des engrais chimiques pour qu’elles poussent et des pesticides pour qu’elles échappent aux maladies et aux ravageurs. Son souci principal est de produire beaucoup pour vendre beaucoup.
Le sol, quant à lui, est le grand oublié : il n’est plus qu’un support méprisable qu’il faut asservir. Une telle conception a rapidement montré de graves limites : les sols s’érodent dramatiquement, des résidus de pesticides et des concentrations excessives d’azote polluent les nappes phréatiques, nitrates et phosphates échouent dans les rivières et favorisent la prolifération d’algues, provoquent l’eutrophisation de nombreux cours d’eau… En bout de chaîne, c’est évidemment ce que le consommateur trouve dans son assiette qui inquiète le plus.
La bio, l’alternative
Le principe fondamental de l’agriculture biologique est de prendre soin du sol et de l’ensemble des êtres vivants qui l’habitent. Ceux-ci élaborent et fournissent naturellement aux plantes les éléments qui sont nécessaires à chaque phase de leur développement. Le rôle de l’homme n’est donc absolument pas de nourrir directement la plante comme on nourrit un enfant ; il doit se limiter à favoriser la vie du sol pour que la plante y puise les aliments nécessaires à son développement. Ainsi le mode de production de l’agriculture biologique est-il durable en termes humain, environnemental et économique. L’homme qui pratique cette forme d’agriculture doit maintenir, voire améliorer la fertilité de sa terre grâce aux rotations longues, au travail du sol, au désherbage mécanique et à l’apport d’engrais organiques (fumiers compostés, composts…). Le recours à des intrants chimiques (engrais, pesticides) est, par conséquent, rigoureusement prohibé.
Mieux encore : avant tout soucieuse de la qualité de la vie, l’agriculture biologique travaille à rapprocher le producteur du consommateur, à stimuler des circuits courts de distribution des aliments. Car comment pourrions-nous méconnaître l’origine de ce qui constitue directement notre corps ? La bio, et c’est un des fondements de sa démarche, s’efforce de multiplier et de promouvoir des lieux de vente spécialisés qui mettent l’accent sur la convivialité et le contact. A la fois traditionnelle et tournée vers l’avenir, mariant méthodes millénaires et techniques de pointe, l’agriculture biologique ambitionne de rendre au consommateur une nourriture dans laquelle il puisse avoir totale confiance.
Cher, le bio ?
Une étude allemande a montré naguère que les consommateurs bio paient leurs produits en moyenne 30% plus cher. Pourtant, au bout du compte, leur budget alimentation est de 8% moins élevé que celui des autres consommateurs. Quel est ce mystère ?
Simple ! Les aliments bio sont plus riches en nutriments – 20 à 75% en plus de vitamines, protéines, oligo-éléments, sels minéraux… – leur poids en matière sèche est de 20 à 25% plus élevé ! Bref, ils ne fondent pas, ne dessèchent pas… On mange tout, parce que ça a bon goût ! Faites ce simple test : trois tranches de pain bio vous rassasieront là où six tranches de pain non bio n’y suffiront pas. Si les produits bio sont sans doute plus chers à l’achat, le rapport entre leur qualité très élevée et leur prix plaide toujours en leur faveur. Il reste toutefois à en convaincre le consommateur…
Mais pourquoi le prix du bio est-il plus élevé à l’achat que les produits « classiques » ? Simple également ! Ne recourant pas à l’arsenal des méthodes qui accroissent la productivité au détriment de la qualité, les rendements sont inférieurs et les besoins en main-d’œuvre plus élevés. Le travail de la terre, en agriculture biologique, demande en effet des interventions plus fréquentes et plus douces. La bio est exigeante en main-d’œuvre; elle est donc source d’emplois.
Mais regardons-y encore d’un peu plus près et comparons ce qui doit vraiment être comparé ! Pour calculer le juste prix des produits « classiques », il faut y ajouter tous les coûts qu’ils engendrent indirectement et dont le contribuable paie quand même la facture. Un prix qui évidemment ne figure pas sur l’étiquette du morceau de viande ou de la botte de légumes… De quoi s’agit-il ? On pourrait évoquer longuement les nom
breuses primes agricoles, les pertes liées aux surproductions, les indemnités perçues par les agriculteurs victimes de crises comme celles de la dioxine ou de la vache folle. On ajouterait à cela le prix payé par l’État pour se débarrasser de graisses ou de carcasses animales contaminées, pour dépolluer l’eau… Et la liste, bien sûr, s’allonge encore avec les dégâts causés à la santé de nos concitoyens par une alimentation de piètre qualité dont l’effet diffus est souvent difficile à démontrer et donc à chiffrer. Il n'en est pas moins réel et globalement exorbitant. Et encore : guérit-on jamais d'une vie de « malbouffe » ?
