Jambes, date de la poste
Madame Sabine Laruelle
Ministre des Classes moyennes, des PME, des Indépendants et de l’Agriculture
Concerne : risque des néonicotinoïdes pour les abeilles.
Madame la Ministre,
Dans le courant du mois de janvier, l’Agence européenne pour la sécurité alimentaire (EFSA) a rendu publics trois rapports relatifs à des substances actives néonicotinoïdes actuellement sur le marché. Ces rapports fournissent la synthèse d’une réévaluation des risques que ces substances présentent pour les abeilles ; cette réévaluation, réalisée à la demande de la Commission européenne, intègre des questions nouvelles mises en lumière par de récentes publications scientifiques, et portant sur la toxicité chronique, létale ou sublétale, de ces substances pour les abeilles.
Ces rapports révèlent l’existence de nombreuses lacunes dans le panel des données nécessaire à une évaluation correcte des risques de ces molécules. Outre cela, et surtout, ils établissent l’existence de risques avérés, notamment via l’exposition des abeilles au pollen et au nectar contaminés: les concentrations en résidus retrouvés dans ces matrices sont, dans plusieurs cas de figure, supérieures à celles correspondant aux doses létales médianes (DL50). Encore ce dernier paramètre correspond-il aux doses par exposition aiguë, quand l’abeille est exposée de façon chronique au pollen ou au nectar contaminé, laquelle, dans le cas de ces substances, se traduit par une toxicité accrue.
Au vu de ces rapports, la Commission européenne a proposé aux experts nationaux, lors de la réunion du Comité permanent de la chaîne alimentaire et de la santé animale (CPCASA) qui s’est tenue le 31 janvier dernier, de suspendre à partir du 1er juillet prochain, et pour une durée de deux ans, les autorisations d’utiliser les substances incriminées sur les cultures attractives pour les abeilles.
Toutefois, les rapports de l’EFSA appellent des mesures plus générales. En effet, ils mettent en évidence un risque (élevé en premier degré d’évaluation) des poussières de semis pour les abeilles butinant la végétation adjacente à la culture traitée, y compris pour les céréales (voir par exemple le rapport sur la clothianidine, p. 15 ; imidaclopride p. 15). De même, pour ce qui est du miellat sur cultures non attractives, les rapports constatent que les données permettant d’évaluer le risque sont manquantes (clothianidine, p. 16 ; imidaclopride, p. 33). II ne paraît donc pas justifié d’exclure de la suspension les usages sur cultures non attractives pour les abeilles.
Nature et Progrès, vous le savez, Madame la Ministre, s’intéresse vivement à ces questions. C’est pourquoi nous souhaiterions connaître votre position et vos intentions concernant les autorisations couvrant, sur le territoire belge, les nombreux produits utilisant ces substances. Nous souhaiterions savoir notamment :
- quelle sera la position défendue par la Belgique lors de la prochaine réunion du CPCASA quant à la suspension des autorisations européennes des substances actives incriminées ;
- quelle sera l’attitude de la Belgique vis-à-vis de ses propres autorisations, et en particulier: comptez-vous permettre encore l’usage des produits concernés pour la saison 2013, sachant que les études s’accumulent, qui démontrent les effets de ces substances sur les pollinisateurs sauvages et les abeilles mellifères, et faisant donc courir à ces derniers le risque d’une année catastrophique supplémentaire ?
En vous remerciant déjà de l’attention que vous voudrez bien porter à ce courrier, dans l’attente, nous vous prions de croire, Madame la Ministre, en l’expression de notre haute considération.
