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Notre inscription dans le champ de l’éducation permanente nous amène à penser, en permanence, une participation optimale de nos concitoyens et de nos membres dans la définition des actions mises en œuvre par notre association. Un nouveau processus délibératif mis en œuvre pour la toute première fois, au sein de notre association, entendit donc clairement remédier, dans la mesure de ses moyens, aux critiques de ceux qui comprennent toujours plus mal les façons de procéder et d’agir de ceux qui nous représentent…

Par Dominique Parizel

A l’initiative de sa locale de Marche-en-Famenne, rappelons-le, Nature & Progrès a donc décidé d’expérimenter une première démarche de démocratie participative, sur le thème « As-tu besoin de ton voisin ? » Un panel citoyen, limité à trente personnes mais néanmoins le plus représentatif possible de notre population, fut donc sélectionné afin de débattre autour de ce thème, les samedis 12 et 19 mars 2022, à Naninne. Dans un souci maximal d’ouverture, il se composait de membres mais également de non-membres de notre association. Vingt-six de ces trente invités étaient finalement présents au moment d’entamer les débats… Tous sans doute pressentaient l’urgence de remettre au centre de nos préoccupations les relations de voisinage, au sein de nos villages et de nos quartiers. De leur qualité, nous le savons tous, dépend grandement celle de nos vies quotidiennes, à tous. Mais comment faire, comment s’y prendre ?

Deux groupes de travail pour déblayer le terrain

Après une séance plénière où furent exposées les principales motivations de Nature & Progrès, deux animateurs chevronnés – Daniel Cauchy et Delphes Dubray – se virent confier la tâche essentielle de proposer aux participants répartis en deux groupes la méthode de travail qui leur permettrait d’explorer fructueusement cette vaste et difficile question. Des problématiques très larges furent donc mises sur la table et discutées, durant la matinée du premier jour, qui permirent de faire surgir des points de tensions et de les dépasser. Dans le premier groupe, par exemple, on se posa notamment cette question évidente : mais qu’est-ce qu’un voisin ? Celui qui vit juste à côté de chez moi, qu’on ne choisit pas et qui ne partage sans doute pas toutes mes valeurs ? Ou, au contraire, celui ou celle avec qui j’ai quelque chose de fort en commun, même s’il ou elle habite à quinze kilomètres de chez moi ? Et, au fond, la petite mésange qui passe chaque jour dans mon jardin n’est-elle pas, elle aussi ma voisine ? Le second groupe se donna pour objectif de voir comment nous pouvons recréer du lien social entre gens qui se sentent proches. La discussion matinale porta ainsi sur les grands principes que nous souhaitons mettre en avant, les valeurs que nous désirons avoir en commun…
Après ce travail exploratoire, quelques grandes lignes de préoccupations se dégagèrent, dès le début de l’après-midi, sur lesquelles chaque groupe pu marquer un consensus. Mais que pouvons-nous faire, à présent, de manière concrète par rapport aux situations qui furent décrites le matin ? Voici la question nouvelle que chaque groupe se posa. En consultant longuement ses voisins de table, chacun des participants fut alors invité à formuler une série de propositions, en s’assurant par la discussion qu’elles soient suffisamment explicites et intelligibles pour être comprises par tous. Toutes ces propositions furent enfin exprimées et discutées au sein de chacun des groupes…

Une seconde journée pour affiner la matière brute

La nouvelle journée s’ouvrit par une séance plénière dont l’objectif fut de regrouper et de répartir l’ensemble des idées émises, lors de la première journée – la matière brute -, au sein des quatre « domaines » qui manifestement s’en dégageaient. Une meilleure articulation des idées dans ces différents domaines devrait ensuite permettre à des propositions concrètes d’émerger. Ces quatre domaines furent :
1- le réseautage
2- la formation
3- l’accompagnement
4- l’organisation des échanges
Chaque participant fut alors invité à se placer devant son thème, son domaine de prédilection, celui où il avait clairement le plus envie de s’investir encore. Deux nouveaux groupes de travail furent ainsi composés. Après une phase de remise en mémoire des idées exprimées la veille, un reclassement s’opéra en quatre nouveaux paquets devant correspondre à autant de propositions concrètes. Après affinage et clarification, chaque paquet, chaque thème fit l’objet d’une nouvelle discussion, par groupes de deux ou trois personnes, avec la mission très explicite de formuler un projet concret. En début d’après-midi, les groupes, dans leur totalité, discutèrent ensemble, une fois encore, de chacun des projets qui seraient ensuite proposés en séance plénière, dans un esprit de bonification et afin de parvenir à rendre les propositions toujours plus applicables dans la réalité.
Dix propositions furent ainsi mises en commun, en séance plénière, deux d’entre elles ayant finalement dû être splittées. Après une nouvelle phase d’explications par leurs concepteurs, elles furent proposées à la notation de l’ensemble des participants du panel citoyen, chaque votant disposant de cinq voix qu’il fut entièrement libre de répartir comme il le souhaitait…

Verdict final : les propositions citoyennes, telles qu’elles furent formulées !

Hors des dix propositions que nous vous livrons, ci-après, telles qu’elles ont été formulées par leurs concepteurs, les quatre propositions en lettres grasses sont celles qui émergèrent du scrutin et furent finalement retenues. On trouvera, entre parenthèses, le nombre de voix récoltées par chaque projet.

1- Créer un réseau interne des membres de Nature & Progrès où les acteurs peuvent se retrouver en fonction de leur localisation et de leurs compétences. Se connaître entre soi. Bottin, site Internet, carte interactive, les locales prennent le relais. (15)
2- Réseautage externe avec d’autres associations et échange de formations entre associations. (2)
3- Identifier les acteurs en lien avec les publics précarisés et créer des partenariats de diffusion de l’information avec les différentes instances. Ajouter un onglet : « retour d’expérience et suivi des événements » sur le site de Nature & Progrès et créer un groupe alimenté par les participants. (3)
4- Proposer de répondre davantage aux demandes de formation concrètes sur les thématiques de Nature & Progrès et sur les dynamiques de groupes. (0)
5- Créer un mallette pédagogique contenant un projet à long terme à destination du public jeune 12-18 ans (avec suivi par les jeunes). (17)
6- Créer un système de parrainage entre les agriculteurs signataires de la Charte de Nature & Progrès et les conventionnels en transition. (2)
7- Fournir un outil méthodologique pour identifier les besoins des particuliers / voisins dans une optique d’un projet commun. (6)
8- créer une carte interactive des jardins de particuliers dans un esprit d’échange de savoirs. (9)
9- Comment susciter l’intérêt des habitants sur la problématique du « vivre ensemble » ? Méthodologie d’approche d’une population (prise de contact). Création d’une mallette pédagogique permettant de débattre sur le « vivre ensemble ». (15)
10- Démarrage, soutien et suivi d’initiatives locales. Nature & Progrès propose des bonnes pratiques, son expertise et son label afin d’être une courroie de transmission entre les porteurs d’initiatives locales et les autorités.
Trois piliers : Méthodologie, soutien et ressources, communication.
Trois étapes : aide au démarrage, concrétisation, suivi et pérennisation.
Exemples d’initiatives locales : compost communautaire, réalisation de plans de plantation, boîtes à livres et à semences, jardins potagers (partagés), vergers collectifs, fours à pains, achats groupés, glanage, balades gourmandes, etc. (18)

Que faire à présent ?

Deux nouveaux champs de travail s’ouvrent maintenant chez Nature & Progrès.
Comme promis, d’une part, le Conseil d’administration de notre association va se pencher sur les propositions retenues et les analyser. Il lui appartiendra ainsi d’examiner dans quelle mesure la créativité citoyenne sera en mesure de dynamiser et d’apporter un supplément de légitimité à son action, mais surtout de déterminer quels moyens il pourra mobiliser afin de les mener à bien. Nous vous tiendrons évidemment informé des décisions qu’il prendra, dans les prochains numéros de votre revue.
D’autre part, le « comité de pilotage » chargé de suivre le projet sera évidemment appelé à évaluer la cohérence de l’action menée afin de mettre en évidence ses atouts et ses lacunes. Pareille tentative d’amélioration, de transformation du processus délibératif ne peut, en effet, se comprendre que dans la durée. D’autres projets semblables suivront donc celui-ci. Les intentions et les moyens mis en œuvre seront donc immanquablement appelés, eux aussi, à s’affiner mais une association comme la nôtre ne peut évidemment pas espérer améliorer ses pratiques démocratiques sans la participation active de ses membres. Le comité chargé du suivi de ces actions va donc prochainement se renouveler. Car critiquer la démocratie est une chose mais la faire vivre en est une autre…