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Pour un nouveau modèle laitier en Wallonie

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Titre de l'article: Pour un nouveau modèle laitier en Wallonie
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Devant les difficultés rencontrées par les producteurs laitiers, Nature & Progrès a décidé d’aborder le sujet à travers son projet “Echangeons sur notre agriculture”. Il est, en effet, grand temps d’impliquer les citoyens dans ces questions, de leur permettre de comprendre la crise et de réfléchir ensemble, avec le monde agricole, à des solutions durables pour la Wallonie…

Quatorze rencontres ont été organisées partout en Wallonie ; elles ont mis en avant douze pistes de solutions et, en point d’orgue, la proposition d’un nouveau modèle laitier pour la Wallonie ! Ce dernier repose sur deux piliers : réduire la dépendance au marché mondial et développer des filières locales, équitables et de qualité.

Réduire la dépendance au marché mondial

De tous temps, le secteur laitier a subi l’influence de la Politique Agricole Commune (PAC). Si cette dernière avait pour première mission de stimuler la production de lait après la Seconde Guerre mondiale afin de subvenir aux besoins alimentaires de la population européenne, elle a rapidement dépassé ses objectifs, menant à une surproduction de cette denrée, transformée, pour des raisons de conservation et de facilité d’export, en beurre industriel et surtout, en poudre de lait. A travers ses “aides”, la PAC a fait évoluer les laiteries vers la transformation industrielle du lait en poudre et, à l’heure actuelle, la Belgique et l’Europe en produisent le double de leur consommation. Cette poudre de lait n’a donc d’autre issue que le marché mondial où, mise en concurrence avec celle d’autres agricultures, elle est vendue à prix cassés et, par-dessus tout, elle est l’objet de spéculations. Pour réduire la dépendance au marché mondial, il faut donc réduire la production laitière belge et européenne de 15 à 20 %.

Par ailleurs, la PAC s’est fixée de nouveaux objectifs : nourrir la population, non plus européenne, mais mondiale ! C’est oublier la volonté et la nécessité pour les autres pays de produire eux-mêmes leur alimentation – cf. la Chine. L’exportation de poudre de lait à bas prix nuit aux agricultures du monde. Par exemple, elle met en difficultés les éleveurs africains qui ne peuvent atteindre des coûts de production aussi faibles ! Il est donc nécessaire d’arrêter de vouloir exporter nos excédents de lait : “c’est déplacer le problème”, comme le souligne un participant au projet.

Une autre menace plane sur nos éleveurs wallons : l’évolution de la PAC – et de l’OMC – vers le libre-échange. Ce dernier stipule que, pour accroître la “richesse” des différents pays, ces derniers doivent se spécialiser dans la production économique dans laquelle ils sont plus efficaces que les autres. Cette meilleure efficacité peut être due à de meilleures compétences, à une localisation dans un climat plus favorable, près d’une source d’énergie ou de matières premières… Mais aussi à des normes environnementales, sanitaires ou sociales plus “avantageuses” ! Le libre-échange, s’il est appliqué à l’alimentation, mènera à la délocalisation de cette dernière et donc à la rupture totale du lien entre producteurs et consommateurs, ce qui est inacceptable ! Agriculteurs et citoyens doivent unir leurs forces afin de sortir l’alimentation – au minimum ! – des accords de libre-échange.

Auteur: Sylvie La Spina
Numéro de revue: 123
Page: 38

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