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NON au Sulfoxaflor !

Le sulfoxaflor : ce dangereux néonicotinoïde

Le Sulfoxaflor est un insecticide systémique qui agit en tant que neurotoxine contre lequel Nature & Progrès agit depuis longtemps. En 2015, nous avons rédigé une lettre aux Ministres de l’Environnement, de l’Agriculture et de la Santé Publique pour demander de prendre les mesures nécessaires afin que le sulfoxaflor ne soit pas autorisé en Belgique. Vous avez été près de 2.400 à la signer !

Retrouvez les différents documents envoyés et reçus à cette occasion.

Marc Fichers, de Nature & Progrès et Martin Dermine, de PAN Europe, ont remis vos signatures au cabinet du Ministre de l’Agriculture, Willy Borsus. Nous avions noté positivement l’attention que le Ministre a porté aux dossiers concernant les abeilles mais restions vigilants. En effet, s’il n’y avait à l’époque pas de demande d’autorisation pour le territoire belge d’un produit contenant le sulfoxaflor, nous restions attentifs car le risque demeurait qu’une demande d’autorisation soit introduite pour un usage sous serre. Et nous avons eu raison d’avoir crainte…

En 2022, quelle est la situation ?

Juillet 2022 : le ministre Clarinval reconnait enfin qu’un risque pour les abeilles lié à l’utilisation du sulfoxaflor en plein air ne peut pas être exclu ! Si c’est une bonne nouvelle, en premier lieu pour les abeilles, les usages en plein air resteront néanmoins possibles jusqu’en 2023. Il faudra donc attendre le 20 mai 2023 pour que l’interdiction du sulfoxaflor soit effective en Belgique. Après cette date, seuls les usages en serre seront autorisés.

Début 2022, nous pouvions lire sur le site Fytoweb du SPF Santé que, malgré un risque élevé et avéré pour les abeilles et les bourdons, la Belgique autorisait à nouveau, pour une période de 120 jours, les pulvérisations en plein champ d’insecticides à base de Sulfoxaflor CLOSER et SEQUOIA comme moyen de lutte contre les pucerons en betteraves sucrières. Peu de temps après, le 7 avril 2022, la Commission européenne annonçait l’interdiction du Sulfoxaflor en plein air, limitant l’usage de cet insecticide de type néoconitinoïde à l’intérieur des serres permanentes.

Depuis 2019, en dépit de l’avis négatif de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) reconnaissant qu’il n’existe pas d’usage sûr du sulfoxaflor en extérieur pour les abeilles domestiques et bourdons, aucune restriction européenne n’avait jusque-là pu aboutir faute d’une majorité suffisante d’Etats membres. Ni pour son interdiction ni contre son autorisation, le ministre avait exprimé son « non-soutien » à la proposition européenne jugeant une restriction uniquement en intérieur « inutilement sévère ».

En 2020, quelle était la situation ?

En octobre 2020, l’autorisation du sulfoxaflor sur les cultures en plein champ avait été donnée pour un nombre important de cultures (pommes de terre, fèves, féveroles, choux). Et lorsque l’on connait l’importance de ces cultures en termes d’hectares en Belgique, on mesure les risques pour les insectes. L’autorisation du sulfoxaflor en culture de pommes de terre et de légumes est d’autant plus regrettable que des alternatives à ce produit existent. La production biologique en culture de pommes de terre et de légumes, notamment en grandes surfaces, est en plein développement. Elle prouve par la même occasion la possibilité de protéger les cultures autrement que par le traitement d’un pesticide tel que le sulfoxaflor.

Ces autorisations sont scandaleuses car qu’elles sont motivées sur base d’une appréciation erronée : ces produits seraient sans risque pour les pollinisateurs lorsqu’ils sont appliqués avant toute floraison. Cette mesure de précaution simpliste est loin d’être suffisante pour protéger la biodiversité. En pratique, il faudrait aussi pouvoir s’assurer qu’aucune adventice (mauvaises herbes) n’est en fleur au moment du traitement. De plus, il y a toujours un risque de dérive de pulvérisation aux abords des champs et vers des zones fleuries. Des abeilles solitaires peuvent aussi être présentes dans les champs. En l’absence de données quant aux risques pour ces butineuses sauvages, le principe de précaution devrait s’imposer.

Nature & Progrès agit

Le 28 mars 2022, nous avons interpellé le Ministre fédéral de l’Agriculture, Monsieur David Clarinval, au sujet du Sulfoxaflor. Deux questions priment. L’une concerne le vote du 31 mars de la Belgique en comité d’appel sur l’interdiction interdisant le sulfoxaflor. L’autre porte sur le niveau de protection des abeilles sauvages contre les pesticides. Pour rappel, le Belgique s’était abstenue lors du premier vote sur le sulfoxaflor.

Brochure Wallonie sans pesticides – p. 7

Nos autres actions

24 janvier 2022

Début 2022, Nature & Progrès et PAN Europe ont écrit au Ministre fédéral David Clarinval afin qu’il s’abstienne plutôt que de voter pour le sulfoxaflor. Ce courrier fait suite à une réponse de sa part qui contredit l’avis que la Belgique a déjà pris en la matière quand on connait les dangers de cette molécule pour les abeilles. 

Lire le courrier

05 octobre 2021

Le 05 mars 2021, nous avons interpellé le Ministre fédéral de l’Agriculture, Monsieur David Clarinval, au sujet de la révision de l’approbation du Sulfoxaflor. Nous lui avons demandé respectueusement de soutenir l’interdiction de toute utilisation en extérieur de ces substances. Ne pas le faire ne serait pas conforme à la loi. Ce même courrier a également été envoyé aux Ministres Zakia Khattabi, Alain Maron et Céline Tellier.

Lire le courrier

10 mars 2021

Le 10 mars 2021, nous avons interpellé le Ministre fédéral de l’Agriculture, Monsieur David Clarinval, au sujet de l’autorisation du sulfoxaflor en culture de plein champ et ce, pour un nombre important de cultures : pommes de terre, fèves, choux, féveroles. Ces cultures représentent un nombre d’hectares conséquent et sont parmi les plus traitées (cfr. graphique). Nous demandons au Ministre de revoir sa position au sujet du sulfoxaflor ainsi qu’une rencontre afin de lui présenter nos arguments en ce dossier.

Lire le courrier

Qu’est-ce qu’un néonicotinoïde ?

Les néonicotinoïdes sont les substances qui ont la même action que la nicotine sur le système nerveux.

Que vient faire la nicotine là-dedans ?

Les insecticides tuent les insectes ou les rendent inopérants en agissant, dans l’immense majorité des cas, sur le système nerveux. Chez les insectes comme chez nous, le système nerveux est régulé par d’importantes substances, les neurotransmetteurs, qui assurent la transmission de l’influx nerveux en se fixant sur des récepteurs.

L’un des neurotransmetteurs les plus importants est l’acétylcholine. Celle-ci a deux types de récepteurs, qu’on dit nicotiniques ou muscariniques, selon le poison auquel ils sont sensibles. Tout comme la nicotine, les néonicotinoïdes agissent dans le même sens que l’acétylcholine, ils sont donc ce qu’on appelle des agonistes (s’ils agissaient en sens opposé, c’en serait des antagonistes).

Les néonicotinoïdes ont été appelés ainsi parce que ce sont des nouvelles molécules (« néo ») et qu’ils sont tout comme la nicotine des agonistes de l’acétylcholinestérase ; ils en bloquent les récepteurs, ce que perturbe le fonctionnement du système nerveux.

Ils n’appartiennent pas tous à la même famille chimique, mais partagent tous un même mode d’action. Ces insecticides peuvent être appliqués par pulvérisation ou en traitement de semences ou de sol ; systémiques, ils se propagent en effet dans la plante et la protègent pendant la germination et au cours de sa croissance.

Pourquoi les néonicotinoïdes sont-ils la cible de tant de critiques ?

Systémiques, les néonicotinoïdes envahissent toutes les parties des plantes traitées, y compris les fleurs, les fruits et les graines. Leur mise sur le marché a coïncidé dans le temps avec l’apparition de lourdes pertes au niveau des ruchers, dans les régions d’agriculture intensive. Mais ils ne portent pas atteinte qu’aux abeilles : tous les pollinisateurs sont concernés. Des études de plus en plus nombreuses, ainsi que les dossiers reprenant les études d’évaluation du risque dont ces molécules ont fait l’objet, montrent qu’ils sont dangereux, non seulement pour les abeilles et les pollinisateurs sauvages, mais aussi pour les milieux aquatiques ainsi que pour certains vertébrés terrestres, notamment les oiseaux et petits mammifères granivores.

Les néonicotinoïdes sont aussi critiqués d’un point de vue agronomique, surtout lorsqu’ils sont appliqués en traitement de semences. Il s’agit en effet alors d’un traitement systématique et préventif, ce qui a pour effet de multiplier leur usage et donc de provoquer des résistances et des effets non voulus, notamment les effets sur l’environnement.

Qu’est-ce que le Sulfoxaflor ?

Cette molécule insecticide appartenant à une nouvelle famille chimique (les sulfoximines) est destinée à combattre toutes sortes d’insectes susceptibles de porter atteinte au rendement de nombreuses cultures, dont certaines sont mellifères, comme les agrumes, les fruits à noyaux et à pépins, une grande variété de légumes etc.

L’application se fait par pulvérisation. Il doit son action insecticide très large au fait qu’il cible, chez les insectes, les récepteurs nicotiniques de l’acétylcholine dont il est un agoniste. Il correspond donc bien à la définition de ce qu’est un néonicotinoïde.

Le Sulfoxaflor est-il un néonicotinoïde ?

La question a fait l’objet d’une controverse entre les toxicologues de Syngenta qui prétendent que oui (Cutler P et al., 2012: Investigating the mode of action of Sulfoxaflor: a fourth-generation neonicotinoid, Pest Managment Science 69: 607-619) et ceux de Dow, le producteur, qui prétendent que non (Sparks TC et al. 2013: Sulfoxaflor and the sulfoximine insecticides: Chemistry, mode of action and basis for efficacy on resistant insects, mini-review, Pesticide Biochemistry and Physiology 107: 1–7).

Dow se fonde sur les éléments suivants : le Sulfoxaflor n’a pas les mêmes caractéristiques chimiques que les néonicotinoïdes & les sulfoximines n’ont pas le même site de liaison sur le récepteur que l’imidaclopride.

Ces arguments ne sont pas convaincants ! En effet, que le Sulfoxaflor ait une structure chimique distincte des néonicotinoïdes actuellement présents sur le marché n’est pas niable ; il appartient d’ailleurs à une autre classe de molécules, les sulfoximines. Mais les autres néonicotinoïdes appartiennent déjà à des familles chimiques différentes : Imidaclopride, clothianidine et thiamethoxam sont des N-nitroguanidines ; acétamipride et thiaclopride sont des N-cyanoamidines. Toutefois, ce qui désigne une substance comme étant un néonicotinoïde n’est pas sa structure chimique mais bien son mode d’action comme on l’a vu.

Le fait que les molécules agissent en se liant préférentiellement à un site plutôt qu’à un autre ne paraît pas influer sur la définition du néonicotinoïde, les substances aujourd’hui classifiées comme néonicotinoïdes ne possédant pas toutes le même site de fixation. Le Sulfoxaflor est donc bien un néonicotinoïde. Mais le débat est de forme ; ce qui compte, ce sont ses effets potentiels sur les abeilles, et l’évaluation qui a été faite des risques pour les abeilles.

Source : articles de Janine Kievits parus dans la revue de la FNOSAD « La Santé de l’Abeille » et dans la revue Abeilles et Fleurs, Novembre 2015, n°776

Effets potentiels du Sulfoxaflor sur les abeilles

Les effets sur les abeilles ont été minimisés par certains au motif que la demi-vie du Sulfoxaflor est brève. Il est exact que le Sulfoxaflor ne reste que pendant une courte période dans le sol (sa demi-vie en champ est d’un peu plus de 7 jours) ; mais le problème n’est pas là.

La demi-vie dans le sol est importante pour les substances utilisées en traitement de semences, car c’est à partir du sol que les plantes résorbent la substance. Mais le Sulfoxaflor est utilisé en pulvérisation foliaire. Les plantes le résorbent, non pas à partir du sol, mais à partir de la pellicule qui enveloppe les feuilles lors de la pulvérisation, ou à partir des micro-gouttelettes qui pénètrent les feuilles par les stomates lors de la pulvérisation.

Ce qui compte donc, ce n’est pas la persistance dans le sol, mais bien la persistance dans la plante, car c’est ce qui va donner lieu à des résidus dans les feuilles, les tiges, et éventuellement dans les fleurs, y compris le pollen et le nectar. Or, le Sulfoxaflor utilisé en pulvérisation laisse plus de résidus dans les plantes que dans le sol, comme on peut le lire dans le dossier d’autorisation de la molécule au niveau européen.

En outre, suite aux études de métabolisation dans les plantes, le seul résidu considéré comme pertinent pour la définition des limites maximum de résidus est le Sulfoxaflor lui-même; parce qu’il est le plus toxique, mais aussi parce qu’il est l’un des plus abondant. En effet, dans les plantes, le Sulfoxaflor ne se métabolise pas du tout aussi facilement que dans le sol; en outre, il se répand dans la plante car il est systémique, comme dit plus avant.

Résultat : si on pulvérise une culture en croissance avec un produit à base de Sulfoxaflor, on retrouve des résidus dans les récoltes, par exemple dans les gousses de pois mûres, dans les grains de riz traités, dans le raisin, les laitues, les tomates…, ce qui apparaît dans le dossier d’autorisation.

Il est donc impossible d’évaluer actuellement les risques du Sulfoxaflor pour les abeilles car les études de résidus n’ont pas été réalisées dans le pollen et le nectar des cultures traitées : si les fruits et les semences sont contaminés il est plus que probable que les fleurs le sont aussi.

L’EFSA, l’autorité européenne de sécurité alimentaire, a reconnu ce fait dans la conclusion qu’elle a rédigée dans le cadre de l’évaluation européenne. On peut lire en effet dans celle-ci : un risque élevé pour les abeilles a été conclu de ces données (celles du dossier, NDLR) (…). Pour gérer ce risque, l’État membre rapporteur a proposé des mesures d’atténuation pour les usages en champ.  Toutefois les experts n’ont pas considéré les données et évaluations disponibles comme suffisants pour démontrer un risque faible pour les abeilles dans les usages en champ même en appliquant ces mesures. Pour cette raison, il a été reconnu que les données étaient manquantes pour définir le risque pour les abeilles lors des usages en champ.

C’est donc en dépit de l’avis de son expert que la Commission européenne a donné le feu vert à la molécule.

Source : articles de Janine Kievits parus dans la revue de la FNOSAD « La Santé de l’Abeille » et dans la revue Abeilles et Fleurs, Novembre 2015, n°776

Publications scientifiques sur la toxicité du Sulfoxaflor

Veuillez trouver, ci-dessous, une mise à jour des nouvelles publications scientifiques sur la toxicité du Sulfoxaflor sur les abeilles, de ces dernières années, toutes ces publications travaillant avec des doses auxquelles les abeilles sont effectivement susceptibles d’être confrontées en plein champ :

• Troubles de la reproduction chez les bourdons [A, B, C]
• Augmentation du pouvoir pathogène de Nosema bombi sur les larves de bourdons [D]
• Induction d’un stress oxydatif et une apoptose chez les abeilles mellifères [E]
• Trouble du butinage chez les bourdons [C]
• Modifications de l’immunocompétence des bourdons [F]
• Réduction de l’activité de butinage de l’abeille solitaire Osmia bicornis [G]
• Impact négatif de cette substance sur les bourdons et les abeilles mellifères [H, I]
• Réduction de la survie et de la fécondité des bourdons [J]

 

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