Non au Sulfoxaflor !

Le Sulfoxaflor est un insecticide systémique qui agit en tant que neurotoxine. En 2015, Nature & Progrès a rédigé une lettre aux Ministres de l’Environnement, de l’Agriculture et de la Santé Publique pour demander de prendre les mesures nécessaires afin que le Sulfoxaflor ne soit pas autorisé en Belgique. Vous avez été près de 2.400 à signer cette lettre et nous vous en remercions !

Retrouvez les différents documents envoyés et reçus à cette occasion.

Marc Fichers, Secrétaire général de Nature & Progrès et Martin Dermine, de PAN Europe, ont remis vos signatures au cabinet du Ministre de l’Agriculture, Willy Borsus. Nous avions noté positivement l’attention que le Ministre a porté aux dossiers concernant les abeilles mais nous restions vigilants. En effet, s’il n’y avait à l’époque pas de demande d’autorisation pour le territoire belge d’un produit contenant le Sulfoxaflor, nous restions attentifs car le risque demeurait qu’une demande d’autorisation soit introduite pour un usage sous serre. Et nous avons eu raison d’avoir crainte…

En 2020, quelle est la situation ?

Sur le site Fytoweb, voici ce que l’on peut lire : “Une demande d’autorisation d’un produit phytopharmaceutique à base de cette substance a été introduite en Belgique pour des utilisations en plein champ et en serre. La demande a été évaluée par les autorités belges et une autorisation a été accordée. Dans un premier temps, elle était limitée aux traitements dans les serres parce qu’il n’avait pas été démontré de manière totalement convaincante que l’exposition des abeilles et autres pollinisateurs en cas d’application en plein champ soit suffisamment faible pour pouvoir conclure que le risque est acceptable. En janvier 2020, une extension de l’autorisation a été accordée pour l’application en pommes de terre en plein champ, uniquement après la floraison de la culture.

Qu’est-ce qu’un néonicotinoïde ?

Les néonicotinoïdes sont les substances qui ont la même action que la nicotine sur le système nerveux.

Que vient faire la nicotine là-dedans ?

Les insecticides tuent les insectes ou les rendent inopérants en agissant, dans l’immense majorité des cas, sur le système nerveux. Chez les insectes comme chez nous, le système nerveux est régulé par d’importantes substances, les neurotransmetteurs, qui assurent la transmission de l’influx nerveux en se fixant sur des récepteurs.

L’un des neurotransmetteurs les plus importants est l’acétylcholine. Celle-ci a deux types de récepteurs, qu’on dit nicotiniques ou muscariniques, selon le poison auquel ils sont sensibles. Tout comme la nicotine, les néonicotinoïdes agissent dans le même sens que l’acétylcholine, ils sont donc ce qu’on appelle des agonistes (s’ils agissaient en sens opposé, c’en serait des antagonistes).

Les néonicotinoïdes ont été appelés ainsi parce que ce sont des nouvelles molécules (« néo ») et qu’ils sont tout comme la nicotine des agonistes de l’acétylcholinestérase ; ils en bloquent les récepteurs, ce que perturbe le fonctionnement du système nerveux.

Ils n’appartiennent pas tous à la même famille chimique, mais partagent tous un même mode d’action. Ces insecticides peuvent être appliqués par pulvérisation ou en traitement de semences ou de sol ; systémiques, ils se propagent en effet dans la plante et la protègent pendant la germination et au cours de sa croissance.

Pourquoi les néonicotinoïdes sont-ils la cible de tant de critiques ?

Systémiques, les néonicotinoïdes envahissent toutes les parties des plantes traitées, y compris les fleurs, les fruits et les graines. Leur mise sur le marché a coïncidé dans le temps avec l’apparition de lourdes pertes au niveau des ruchers, dans les régions d’agriculture intensive. Mais ils ne portent pas atteinte qu’aux abeilles : tous les pollinisateurs sont concernés. Des études de plus en plus nombreuses, ainsi que les dossiers reprenant les études d’évaluation du risque dont ces molécules ont fait l’objet, montrent qu’ils sont dangereux, non seulement pour les abeilles et les pollinisateurs sauvages, mais aussi pour les milieux aquatiques ainsi que pour certains vertébrés terrestres, notamment les oiseaux et petits mammifères granivores.

Les néonicotinoïdes sont aussi critiqués d’un point de vue agronomique, surtout lorsqu’ils sont appliqués en traitement de semences. Il s’agit en effet alors d’un traitement systématique et préventif, ce qui a pour effet de multiplier leur usage et donc de provoquer des résistances et des effets non voulus, notamment les effets sur l’environnement.

Qu’est-ce que le Sulfoxaflor ?

Cette molécule insecticide appartenant à une nouvelle famille chimique (les sulfoximines) est destinée à combattre toutes sortes d’insectes susceptibles de porter atteinte au rendement de nombreuses cultures, dont certaines sont mellifères, comme les agrumes, les fruits à noyaux et à pépins, une grande variété de légumes etc.

L’application se fait par pulvérisation. Il doit son action insecticide très large au fait qu’il cible, chez les insectes, les récepteurs nicotiniques de l’acétylcholine dont il est un agoniste. Il correspond donc bien à la définition de ce qu’est un néonicotinoïde.

Le Sulfoxaflor est-il un néonicotinoïde ?

La question a fait l’objet d’une controverse entre les toxicologues de Syngenta qui prétendent que oui (Cutler P et al., 2012: Investigating the mode of action of Sulfoxaflor: a fourth-generation neonicotinoid, Pest Managment Science 69: 607-619) et ceux de Dow, le producteur, qui prétendent que non (Sparks TC et al. 2013: Sulfoxaflor and the sulfoximine insecticides: Chemistry, mode of action and basis for efficacy on resistant insects, mini-review, Pesticide Biochemistry and Physiology 107: 1–7).

Dow se fonde sur les éléments suivants : le Sulfoxaflor n’a pas les mêmes caractéristiques chimiques que les néonicotinoïdes & les sulfoximines n’ont pas le même site de liaison sur le récepteur que l’imidaclopride.

Ces arguments ne sont pas convaincants ! En effet, que le Sulfoxaflor ait une structure chimique distincte des néonicotinoïdes actuellement présents sur le marché n’est pas niable ; il appartient d’ailleurs à une autre classe de molécules, les sulfoximines. Mais les autres néonicotinoïdes appartiennent déjà à des familles chimiques différentes : Imidaclopride, clothianidine et thiamethoxam sont des N-nitroguanidines ; acétamipride et thiaclopride sont des N-cyanoamidines. Toutefois, ce qui désigne une substance comme étant un néonicotinoïde n’est pas sa structure chimique mais bien son mode d’action comme on l’a vu.

Le fait que les molécules agissent en se liant préférentiellement à un site plutôt qu’à un autre ne paraît pas influer sur la définition du néonicotinoïde, les substances aujourd’hui classifiées comme néonicotinoïdes ne possédant pas toutes le même site de fixation. Le Sulfoxaflor est donc bien un néonicotinoïde. Mais le débat est de forme ; ce qui compte, ce sont ses effets potentiels sur les abeilles, et l’évaluation qui a été faite des risques pour les abeilles.

Source : articles de Janine Kievits parus dans la revue de la FNOSAD “La Santé de l’Abeille” et dans la revue Abeilles et Fleurs, Novembre 2015, n°776

Effets potentiels du Sulfoxaflor sur les abeilles

Les effets sur les abeilles ont été minimisés par certains au motif que la demi-vie du Sulfoxaflor est brève. Il est exact que le Sulfoxaflor ne reste que pendant une courte période dans le sol (sa demi-vie en champ est d’un peu plus de 7 jours) ; mais le problème n’est pas là.

La demi-vie dans le sol est importante pour les substances utilisées en traitement de semences, car c’est à partir du sol que les plantes résorbent la substance. Mais le Sulfoxaflor est utilisé en pulvérisation foliaire. Les plantes le résorbent, non pas à partir du sol, mais à partir de la pellicule qui enveloppe les feuilles lors de la pulvérisation, ou à partir des micro-gouttelettes qui pénètrent les feuilles par les stomates lors de la pulvérisation.

Ce qui compte donc, ce n’est pas la persistance dans le sol, mais bien la persistance dans la plante, car c’est ce qui va donner lieu à des résidus dans les feuilles, les tiges, et éventuellement dans les fleurs, y compris le pollen et le nectar. Or, le Sulfoxaflor utilisé en pulvérisation laisse plus de résidus dans les plantes que dans le sol, comme on peut le lire dans le dossier d’autorisation de la molécule au niveau européen.

En outre, suite aux études de métabolisation dans les plantes, le seul résidu considéré comme pertinent pour la définition des limites maximum de résidus est le Sulfoxaflor lui-même; parce qu’il est le plus toxique, mais aussi parce qu’il est l’un des plus abondant. En effet, dans les plantes, le Sulfoxaflor ne se métabolise pas du tout aussi facilement que dans le sol; en outre, il se répand dans la plante car il est systémique, comme dit plus avant.

Résultat : si on pulvérise une culture en croissance avec un produit à base de Sulfoxaflor, on retrouve des résidus dans les récoltes, par exemple dans les gousses de pois mûres, dans les grains de riz traités, dans le raisin, les laitues, les tomates…, ce qui apparaît dans le dossier d’autorisation.

Il est donc impossible d’évaluer actuellement les risques du Sulfoxaflor pour les abeilles car les études de résidus n’ont pas été réalisées dans le pollen et le nectar des cultures traitées : si les fruits et les semences sont contaminés il est plus que probable que les fleurs le sont aussi.

L’EFSA, l’autorité européenne de sécurité alimentaire, a reconnu ce fait dans la conclusion qu’elle a rédigée dans le cadre de l’évaluation européenne (www.efsa.europa.eu/fr/efsajournal/pub/3692). On peut lire en effet dans celle-ci : un risque élevé pour les abeilles a été conclu de ces données (celles du dossier, NDLR) (…). Pour gérer ce risque, l’État membre rapporteur a proposé des mesures d’atténuation pour les usages en champ.  Toutefois les experts n’ont pas considéré les données et évaluations disponibles comme suffisants pour démontrer un risque faible pour les abeilles dans les usages en champ même en appliquant ces mesures. Pour cette raison, il a été reconnu que les données étaient manquantes pour définir le risque pour les abeilles lors des usages en champ.

C’est donc en dépit de l’avis de son expert que la Commission européenne a donné le feu vert à la molécule.

Source : articles de Janine Kievits parus dans la revue de la FNOSAD “La Santé de l’Abeille” et dans la revue Abeilles et Fleurs, Novembre 2015, n°776

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