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Eclairage

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Il aura fallu quelques semaines à l’expression “Ok boomer” pour passer du monde anglo-saxon au monde francophone. Ces deux mots, lancés à un interlocuteur né au moment du baby-boom (1945-1965), signifient en quelque sorte “cause toujours”. On peut trouver cette expression géniale, ironique, bien envoyée ou, au contraire, offensante, inappropriée, injuste. Je pense qu’elle est la condensation parfaite d’une fracture générationnelle plus lourde qu’on veut bien le croire. Analysé ici depuis l’angle des enjeux écologiques et de façon provocatrice, ce “ok boomer” sonne le glas d’une vision du monde illusoire et aussi d’une certaine écologie “à la papa”.

Auteur:
Par Guillaume Lohest
Numéro de revue:
141
Page:
44
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Chapeau de l'article:

Aux XVe et XVIe siècles, nos ancêtres savants, poètes ou paysans n’avaient qu’une conscience confuse et partielle de se situer à une époque-charnière que les historiens finirent par nommer, bien plus tard, la Renaissance. Dans l’échelle du temps long, la période que nous vivons est tout aussi décisive, et même davantage. Parmi les géologues, le consensus grandit autour de l’idée que nous changeons carrément d’ère géologique. Du point de vue de l’Histoire, cela correspond à un bouleversement équivalent à la révolution du Néolithique, la naissance de civilisations sédentaires pratiquant l’agriculture.
En partageant autour de moi le projet de cet article, je me suis trouvé confronté à la perplexité de certains interlocuteurs. Ceux-ci m’ont fait comprendre que le mot que je venais d’articuler – oui, celui-là, an-thro-po-cène, ce vocable qui fait un peu grec et qui semble planer à mille kilomètres au-dessus de nos journées qui se suivent et se ressemblent, dites-le à la fin, ce truc qui a l’air franchement « intello » –, que ce mot ne leur disait rien. S’il n’avait pas existé, leurs semis de courgettes ne s’en seraient pas plus mal portés, le Sud serait resté le Sud et la terre continuerait de tourner. Sauf que, précisément, ce que ce mot nous raconte est l’histoire d’une mutation sans précédent de la relation entre l’Homme et la planète. Un mot pourtant issu d’une Science peu médiatisée et très spécifique : la géologie.

Auteur:
Guillaume Lohest
Numéro de revue:
113
Page:
46
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Chapeau de l'article:

“Si le monde était clair, l’art ne serait pas” a écrit Albert Camus. Cette rubrique se propose de parcourir des œuvres de fiction dans le but d’éclairer quelques grands enjeux de notre époque : engagements écologiques, perspectives d’effondrement, idéaux de transitions à opérer. Pour cette fois, Écotopia, d’Ernest Callenbach. Ce best-seller américain, récemment retraduit en français, imagine la sécession de trois États de l’Ouest des USA, qui utilisent leur indépendance pour se transformer radicalement. Vingt ans plus tard, on découvre le résultat par le regard extérieur d’un journaliste. Après les dystopies, une utopie !

 

 

 

Auteur:
Guillaume Lohest
Numéro de revue:
145
Page:
50
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Chapeau de l'article:

« Il existe une manière aimante, sensée et saine de vivre »

Le monde est en train de basculer. Pour ceux qui partagent cette évidence, il est indispensable d’échanger des vécus, des horizons, des pratiques, des idées, des récits et même des émotions. Les regards portés sur les grandes ruptures en cours peuvent être variés, voire contradictoires, car l’avenir est plus que jamais incertain. Cette rubrique explore comment les choses sont en train de changer.

Troisième volet : qu’est-ce que l’écoféminisme ? Sur base de deux entretiens, avec Sophie Hustinx et Anaïs Trigalet.

Greta Thunberg, Anuna De Wever, Adélaïde Charlier… Cela n’aura échappé à personne : en première ligne des mobilisations pour le climat, on voit énormément de jeunes femmes. Autre combat : le 8 mars, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, des manifestations et des grèves ont eu lieu dans le monde entier, particulièrement impressionnantes en Espagne et en Amérique du Sud.

Autre combat, vraiment ? De plus en plus de voix mettent en évidence les liens historiques et philosophiques existant entre les oppressions subies par les femmes et les détériorations infligées à la planète, à l’environnement. À la racine de tout cela, le patriarcat et le capitalisme, qui imprègnent notre culture occidentale et provoquent des ravages conjoints. L’écoféminisme, dont on parle de plus en plus ces dernières années, est un mouvement pluriel et mondial, multiforme, à la fois militant et spirituel, qui met en mots et en récits cette articulation pour y réagir en retissant des liens détruits.

Mais puis-je en parler, moi qui suis un homme ? Sans doute. N’étant toutefois pas impliqué dans des collectifs écoféministes ou militants, j’ai préféré donner la parole à des femmes qui se reconnaissent dans ce mouvement ou s’y intéressent de près. J’ai donc interviewé Sophie, écoféministe active notamment au sein du groupe « Les so.u.rcières pour le climat », et Anaïs, chargée d’études dans le domaine de l’éducation permanente, qui est touchée et interpellée par de nombreuses écoféministes, sans pour autant se revendiquer comme telle. Entre leurs témoignages, je glisserai des extraits glanés au fil des lectures qu’elles m’ont conseillées.

Auteur:
Par Guillaume Lohest
Numéro de revue:
137
Page:
46
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Chapeau de l'article:

Le monde est en train de basculer. Pour ceux qui partagent cette évidence, il est indispensable d’échanger des vécus, des horizons, des pratiques, des idées, des récits et même des émotions. Les regards portés sur les grandes ruptures en cours peuvent être variés, voire contradictoires, car l’avenir est plus que jamais incertain. Cette rubrique explore comment les choses sont en train de changer.

Quatrième volet : analyse critique du mouvement zéro déchet, très tendance…

Il y a quelques années, un ami m’a fait découvrir un petit film amateur tourné, en 2004, à Buis-les-Baronnies dans la Drôme provençale. La caméra suit un homme exceptionnel, espiègle, rieur et simple. Un improbable héros obsédé par les objets jetés. Incapable d’accepter le sort qui leur est réservé, il les sauve et les collectionne. Tout : des vieux journaux, des livres, des hamburgers pourris, des roues de vélo, des téléviseurs, des frigos, des chaussures, par centaines, par milliers. Partout dans sa maison, à l’extérieur et même sur des terrains publics. Cette accumulation compulsive, aussi appelée syllogomanie, est considérée par les psychologues comme un trouble du comportement, parfois associé à une maladie plus large appelée “syndrome de Diogène”.

Folie ? Peut-être. Mais comme le préconisent certains anthropologues : pour comprendre une société, il faut s’intéresser à ce qu’elle rejette dans ses marges, à ce qu’elle laisse derrière elle, à ce qu’elle ne veut pas voir. Et si les syllogomanes, ces rassembleurs de “déchets”, nous parlaient de notre folie collective ?

Auteur:
Par Guillaume Lohest
Numéro de revue:
138
Page:
44
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Chapeau de l'article:

Le monde est en train de basculer. Pour ceux qui partagent cette évidence, il est indispensable d’échanger des vécus, des horizons, des pratiques, des idées, des récits et même des émotions. Les regards portés sur les grandes ruptures en cours peuvent être variés voire contradictoires, car l’avenir est plus que jamais incertain. Cette rubrique explore comment les choses sont en train de changer.

Cinquième volet : n’assiste-t-on pas à une déprime généralisée, parmi les climatologues et les citoyens ? Que retirer de l’accusation qui est faite aux militants écologistes de prêcher l’apocalypse ?

Les climatologues sont déprimés et le disent. “Parfois, je me suis sentie seule, comme abandonnée de tous. Ça m’est arrivé d’en pleurer : après une mission de plusieurs mois en Antarctique – où les conditions sont très dures, où on a cumulé les problèmes techniques, où on est loin de ses proches -, je suis rentrée et j’ai croisé quelqu’un qui m’a dit ‘Ah ces histoires de changements climatiques, ça me fatigue’. Ça nous blesse, personnellement. C’est comme si tout notre investissement ne servait à rien. (1)”

Célia Sapart, chercheuse au FNRS, n’est pas la seule climatologue à être émotionnellement touchée. Dans une vidéo de France Info, plusieurs chercheurs confessent un même ressenti de découragement et d’impuissance. C’est le cas par exemple de Benjamin Sultan, qui reconnaît presque qu’il est trop tard : “Là je parle en tant que citoyen. J’y crois plus trop en fait. Je ne crois plus au fait qu’on va réussir à lutter contre le changement climatique et à éviter ce qu’on prédit. (2)” Et même Jean-Pascal Van Ypersele, qui nous avait habitués à la modération et au sang-froid, montre des signes d’inquiétude : “Ce n’est pas facile, mais on n’a pas le choix. On est sur une barque qui est en train de couler et j’ai l’impression d’être là avec ma petite cuillère pour écoper l’eau, alors qu’il faudrait une pompe rapide…”

Auteur:
Par Guillaume Lohest
Numéro de revue:
139
Page:
50
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Chapeau de l'article:

Le monde est en train de basculer. Pour ceux qui partagent cette évidence, il est indispensable d’échanger des vécus, des horizons, des pratiques, des idées, des récits et même des émotions. Les regards portés sur les grandes ruptures en cours peuvent être variés voire contradictoires, car l’avenir est plus que jamais incertain. Cette rubrique explore comment les choses sont en train de changer.

Sixième volet : Faut-il sortir du système capitaliste pour lutter, entre autres, contre le réchauffement climatique ? La réponse à cette question ne donne pas de mode d’emploi pour ce qu’elle implique comme action.

On l’entend depuis toujours dans les milieux militants mais c’est assez récent dans le grand public et dans les médias : sortir du capitalisme semble revenu à l’ordre du jour. Au printemps dernier, la blogueuse Emma, qu’on avait découverte grâce à sa mise en BD du concept de charge mentale, a publié un petit livre stimulant, intitulé Un autre regard sur le climat. Elle y défend l’idée, avec pédagogie et humour, qu’on ne peut rien attendre des capitalistes et des États à leur solde, qu’il faut donc uniquement compter sur l’intelligence et les luttes collectives. Plus récemment, c’est Félicien Boogaerts, créateur de la chaîne Youtube Le Biais Vert, qui interrogeait la figure de Greta Thunberg dans son court-métrage Anita. Il y insinue, avec subtilité mais ambiguïté, la suspicion sur la récupération par le “système” du personnage d’Anita. Et même Nicolas Hulot, qui est loin d’être marxiste, l’affirmait lors de sa démission surprise : “On entretient un modèle économique responsable de tous ces désordres climatiques”…

Auteur:
Par Guillaume Lohest
Numéro de revue:
140
Page:
38
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Chapeau de l'article:

Trump, les gilets jaunes, Antigone et l’effondrement

Le monde est en train de basculer. Pour ceux qui partagent cette évidence, il est indispensable d’échanger des vécus, des horizons, des pratiques, des idées, des récits et même des émotions. Les regards portés sur tout ce qui est en train de changer peuvent être variés voire contradictoires, car l’avenir est plus que jamais incertain. Cette rubrique explore l’envers des ruptures et navigue dans les incertitudes.

Premier volet : une esquisse de quelques phénomènes dans ce qu’ils ont de nouveau…

Il y a trois ans, une intuition a pris dans ces colonnes la forme d’un questionnement. “Pourquoi les gens ne changent-ils pas ?”, nous demandions-nous. Proposer un petit tour de cette interrogation a été, à la fois, passionnant et frustrant. Passionnant, parce que chaque angle d’approche amenait son lot de réponses et pouvait nous aider à comprendre plutôt qu’à condamner. Comprendre les individus que nous sommes, nous qui avons du mal à accepter de déranger nos certitudes, nos habitudes qui sont parfois serties dans nos identités les plus profondes. Certitude qu’on trouvera toujours bien une solution technologique, habitude de prendre sa voiture par exemple. Comprendre aussi les récits qui fondent nos sociétés et les croyances qui alimentent la confiance collective. Progrès, croissance, développement durable. Comprendre les verrous sociaux et techniques qui paralysent nos institutions. Comprendre, en un mot, que l’inertie de nos sociétés est systémique et complexe. Et ce fut très frustrant parce que chacun est resté sur sa fin. De nombreuses personnes m’ont interpellé suite à cette série d’articles – cf. Valériane n° 117 à 122. Passionnées mais frustrées. Comme moi. C’est bien beau de décrypter les mécanismes, mais comment faire en sorte que ça change quand même ?

Trois ans ont passé, et la longue période du statu quo semble aujourd’hui s’être achevée. C’est en train de changer. Le monde bascule dans une nouvelle ère avec une telle évidence que seuls quelques irréductibles ou quelques fous peuvent encore l’ignorer. Mais si l’inertie était un phénomène complexe à analyser, le basculement en cours l’est tout autant. Les gens changent peut-être rarement d’eux-mêmes, mais “ça” change. Qu’est-ce que “ça” ? L’ambition de cette nouvelle série de réflexions est de tenter d’y voir un peu plus clair.

Auteur:
Guillaume Lohest
Numéro de revue:
135
Page:
38
Catégorie de l'article:
Chapeau de l'article:

Le monde est en train de basculer. Pour ceux qui partagent cette évidence, il est indispensable d’échanger des vécus, des horizons, des pratiques, des idées, des récits et même des émotions. Les regards portés sur les grandes ruptures en cours peuvent être variés, voire contradictoires, car l’avenir est plus que jamais incertain. Cette rubrique explore comment les choses sont en train de changer.

Deuxième volet : “Les océans s’élèvent, nous aussi”, indique une pancarte aperçue lors des manifestations d’élèves pour le climat. Les générations futures prennent les choses en main !

C’était presque devenu une expression vide. Tous l’utilisaient : les vrais écologistes mais aussi les faux, les entreprises, les politiciens, les professeurs ; on l’entendait partout : à la radio, à la TV, en conférence ; tout le monde était d’accord : il fallait penser aux générations futures. C’était pratique. Personne ne savait à quoi elles allaient ressembler. Elles n’étaient pas nées. C’était plus ou moins proche ou, mieux, vaguement lointain. Mais un jour, à force de laisser passer le temps, tandis qu’on inventait des éco-gestes et des petites solutions techniques individuelles à l’ombre de nos revenus assurés et de nos standards de vie légèrement verdis, tandis que le CO2 continuait d’être émis chaque année un peu davantage, tandis que les espèces disparaissaient de plus en plus vite, un jour donc, alors qu’on n’arrêtait pas de parler à leur place sans agir à la mesure des menaces, les générations futures sont arrivées. Elles parlaient déjà ! Elles se sont mises à brosser l’école pour manifester. Elles nous ont regardés avec ahurissement. C’est qu’elles avaient démasqué nos petits efforts ridicules. Nous la génération “développement durable”, nous les installés qui avions pu réfléchir sereinement à la qualité de notre isolation thermique en dégustant des bières bio dans une ambiance hyper-sympa, nous étions grillés. Nous avions l’air de quoi, en 2018, quand le dernier rapport du GIEC prévenait que pour maintenir le réchauffement climatique sous le seuil des 1,5°C, “il faudrait modifier rapidement, radicalement et de manière inédite tous les aspects de la société” ? Nous avions l’air de quoi avec nos écopacks, nos tomates-cerises du potager et nos moteurs hybrides ?  Les générations futures, quant à elles, avaient eu le temps de comprendre l’ampleur des bouleversements et combien dérisoires étaient nos verdissements. Oui, nous avions l’air con.

Auteur:
Par Guillaume Lohest
Numéro de revue:
136
Page:
28
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Chapeau de l'article:

Nous vous en parlions dans notre précédente Petite Gazette. Nous demandions, avec insistance qu’au vu des incohérences dans le fonctionnement du Conseil consultatif de Biosécurité (CCB), la nouvelle demande d’essai de peupliers OGM introduite par le Vlaamse Instituut voor Biotechnologie (VIB) soit purement et simplement refusée. Rien n’y fit ! L’autorisation octroyée, le 6 décembre 2012, par Laurette Onkelinx, Ministre de la Santé publique, et Melchior Wathelet, Secrétaire d’Etat à l’Environnement, nous force à revenir sur un détestable simulacre de démocratie…

Auteur:
Marc Fichers
Numéro de revue:
106
Page:
42
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Le “monde d’après”, beaucoup en rêvent. Un monde plus juste, respectueux des écosystèmes, moins compétitif, relocalisé, démocratique, soutenable…Une utopie, quoi! Nous sommes habitués à penser qu’il est essentiel de visualiser un autre monde pour qu’il nous attire à lui comme un aimant. Ici, on proposera l’inverse. Autrement dit, partir du monde présent, questionner sa paralysie, s’interroger non pas sur une destination fantasmée mais sur le premier pas à faire, sur la condition de toute avancée collective. Explorons d’abord cette hypothèse générale: sans réduction des inégalités, aucun projet commun n’est possible.

 

Auteur:
Guillaume Lohest
Numéro de revue:
147
Page:
50
Catégorie de l'article:
Chapeau de l'article:

“Si le monde était clair, l’art ne serait pas”, a écrit Albert Camus. Cette rubrique se propose de parcourir des œuvres de fiction, dans le but d’éclairer quelques grands enjeux de notre époque : engagements écologiques, perspectives d’effondrement, idéaux de transitions à opérer. Cette fois, on se laisse déranger par un roman qui ne nous projette pas dans un univers d’effondrement mais dans une société qui serait parvenue à maîtriser le réchauffement climatique. À quel prix ? Il y a de quoi polémiquer !

 

 

 

Auteur:
Guillaume Lohest
Numéro de revue:
146
Page:
50
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Chapeau de l'article:

Le jardin, c’est le paradis !

L’attrait pour le jardinage, aujourd’hui, n’est pas anodin. S’il concerne souvent une volonté de se réapproprier une alimentation biologique et locale, il ne se réduit pas à cette dimension utilitaire. Le jardin nourrit, mais encore : il rassemble, fait rêver, épanouit, guérit, mobilise. On le voit en ville comme à la campagne. Il est l’ami de l’économe et du poète, du militant et du solitaire, du survivaliste, du pédagogue et du designer. C’est tout cela que cette rubrique se propose d’explorer.
Troisième volet : le jardin dans la culture et dans les arts… et l’art des jardins !
Impossible de passer à côté : le jardin est partout dans notre culture. Dans les textes littéraires, sur les toiles des peintres, au cinéma, dans les récits mythologiques et religieux. En premier lieu, on pense bien sûr au jardin d’Eden, qui abrite l’arbre de vie, l’arbre de la connaissance du bien et du mal auquel goûteront Adam et Ève. Cela leur vaudra d’être chassés de ce paradis originel, condamnés à cultiver la terre pour en tirer leur nourriture “à force de peine”.
On connaît la suite. Naîtront Caïn et Abel, le laboureur et le berger. L’histoire tourne mal, le premier tue le second, et ainsi de suite jusqu’au déluge. Nous n’allons bien sûr pas ici nous lancer dans l’exégèse de ces récits inépuisables. Mais reconnaissons que leur portée n’est pas seulement religieuse. Elle est symbolique, au sens large. À ce titre, donner un aperçu du jardin dans notre histoire culturelle est indispensable, car cela fournit du sens. Sans mots, sans récits, sans culture, sans agriculture, les êtres humains ne seraient pas ce qu’ils sont devenus.
Or il semble que le thème du jardin soit un motif important de nos grands récits et de notre histoire culturelle. Sans s’alourdir sur l’étymologie, qui n’a pas vocation à tout expliquer, pensons néanmoins à la racine commune des deux significations actuelles du mot “culture”, que Cicéron a été le premier à appliquer en-dehors de l’activité agricole : « Un champ, si fertile soit-il, ne peut être productif sans culture, et c’est la même chose pour l’humain sans enseignement. » Le jardin est donc inséparable des civilisations humaines agricoles et sédentaires.

Auteur:
Guillaume Lohest
Numéro de revue:
132
Page:
38
Catégorie de l'article:
Chapeau de l'article:

“Le plus précieux, le plus beau, le plus utile et le plus équilibrant”

L’attrait pour le jardinage aujourd’hui n’est pas anodin. S’il concerne souvent une volonté de se réapproprier une alimentation biologique et locale, il ne se réduit pas à cette dimension utilitaire. Le jardin nourrit, mais encore : il rassemble, fait rêver, épanouit, guérit, mobilise. On le voit en ville comme à la campagne. Il est l’ami de l’économe et du poète, du militant et du solitaire, du survivaliste, du pédagogue et du designer. C’est tout cela que cette rubrique se propose d’explorer.
Premier volet : le jardin philosophe.
Longtemps, j’ai cru que le jardinage ne me concernait pas. C’était l’affaire de mon père, de mes grands-parents. Je les avais bien aidés un peu, enfant, puis adolescent, à bêcher et à semer. Mais rien qu’un peu. Je trouvais ça beau, le potager, mais beau comme un paysage de vacances, autrement dit ça m’arrangeait bien de ne pas y mettre trop souvent les pieds. “Les bons légumes du jardin”…, j’étais vaguement influencé par cette douce propagande familiale, mais pas outre-mesure : s’il fallait choisir entre une salade d’endives crues et une pizza surgelée, entre un navet croquant et un Twix… Bon. Ne me forcez pas aux aveux. Je sais ce qu’il serait de bon goût d’affirmer entre ces pages, mais je vous dois d’être honnête.

Auteur:
Guillaume Lohest
Numéro de revue:
130
Page:
26
Catégorie de l'article:
Chapeau de l'article:

Mes récoltes, de vraies richesses ?

L’attrait pour le jardinage, aujourd’hui, n’est pas anodin. S’il concerne souvent une volonté de se réapproprier une alimentation biologique et locale, il ne se réduit pas à cette dimension utilitaire. Le jardin nourrit mais encore : il rassemble, fait rêver, épanouit, guérit, mobilise. On le voit, en ville comme à la campagne. Il est l’ami de l’économe et du poète, du militant et du solitaire, du survivaliste, du pédagogue et du designer. C’est tout cela que cette rubrique se propose d’explorer.
Deuxième volet : quelle est la valeur d’un potager ?
“Vous n’êtes pas obligés, vous autres, de passer par l’argent”, écrit Jean Giono, en 1938, dans sa Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix. Et il poursuit, détaillant son idée : “Vous pouvez, du jour au lendemain, sans efforts, être libres et autonomes. Sans aucun argent, votre table peut être toujours abondamment chargée des meilleures nourritures. Il vous est impossible de mourir de faim. Il s’agit de savoir si vous considérez toujours qu’être riche c’est avoir beaucoup de ces petits morceaux de papier sur lesquels on imprime des chiffres ; et si vous continuez à dire qu’il est pauvre celui qui, sans argent, a une cave pleine de bon vin, un grenier plein de blé, une resserre pleine de légumes, une étable pleine de moutons, une basse-cour pleine de poules, un clapier plein de lapins, le monde autour de lui et le temps libre dans ses deux mains (1).”

Auteur:
Guillaume Lohest
Numéro de revue:
131
Page:
26