Cet article est paru dans la revue Valériane n°180

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Par le groupe P.A.N.I.E.R.S
du Réseau des GASAP,
avec le soutien de Mireille De Graeuwe,
animatrice chez Nature & Progrès

Dans les quartiers populaires comme ailleurs, bien manger devient de plus en plus difficile. Les prix augmentent, les revenus stagnent et beaucoup de familles doivent faire des choix impossibles entre se nourrir correctement, payer leur logement ou leurs factures. Pourtant, une alimentation saine, locale et biologique ne devrait pas être réservée à une minorité. C’est une question de santé, de dignité et de justice sociale.

 

Lors d’une rencontre organisée autour de la préparation de cet article, les participantes partagent leurs réalités quotidiennes. Toutes rappellent à quel point l’accès à une alimentation de qualité est devenu compliqué pour les personnes en situation de précarité. Dans les Marolles à Bruxelles, par exemple, les produits bio deviennent inaccessibles, alors même que ce sont souvent les quartiers où les problèmes de santé liés à l’alimentation sont les plus importants. Une simple boîte de sardines à 5,9 euros devient hors de prix comme d’autres produits de base.

 

Bien manger, c’est prévenir plutôt que guérir

L’un des constats les plus forts de cette rencontre est simple : une bonne alimentation est un investissement pour la santé. Il faudrait investir davantage dans l’alimentation de qualité plutôt que devoir ensuite prendre en charge les soins de santé. Une alimentation trop transformée, chargée en sucres, conservateurs ou pesticides, peut favoriser le diabète, certaines allergies ou d’autres maladies chroniques. À l’inverse, manger des produits frais, locaux et peu transformés permettrait de prévenir de nombreux problèmes de santé avant qu’ils n’apparaissent. Comme le résume Valeria :

« Guérir les maladies à la source avant d’être malade. »

Le groupe évoque également les pollutions invisibles présentes dans notre alimentation, comme le cadmium retrouvé dans certains blés, légumes racines ou chocolats (lire page 35). Cela montre que la question alimentaire ne concerne pas uniquement le prix, mais aussi la qualité des modes de production.

 

Une alimentation de qualité est une question de dignité

Les échanges mettent aussi en lumière une réalité souvent oubliée : l’aide alimentaire ne garantit pas toujours une alimentation digne et de qualité. Certaines associations de terrain récupèrent des invendus bio pour les redistribuer aux personnes les plus précarisées. Des structures comme les épiceries sociales permettent parfois d’acheter des produits à moitié prix ou moins cher. Des initiatives solidaires récupèrent également des invendus afin d’éviter le gaspillage alimentaire. Mais il ne suffit pas de donner des produits proches de la date de péremption ou uniquement des aliments industriels. Les personnes en difficulté ont elles aussi droit à une alimentation saine, variée et respectueuse de leur santé. Marie-Hélène rappelle que certaines structures d’aide ne sont accessibles qu’aux personnes vivant une précarité extrême. Recevoir l’aide du CPAS n’est plus une garantie d’accès. Cela montre l’ampleur des difficultés actuelles.

 

Soutenir les agriculteurs et les circuits courts

L’accessibilité de l’alimentation ne peut pas être séparée des conditions de vie des agriculteurs. Beaucoup travaillent aujourd’hui à perte et peinent à vivre de leur métier. Pour Faty et Rhimou, soutenir les circuits courts est une piste essentielle : moins d’intermédiaires, une meilleure rémunération des producteurs, des prix plus justes et une alimentation plus locale. Cette réflexion rejoint aussi les enjeux de souveraineté alimentaire et de sécurité alimentaire. Produire localement avec des pratiques durables permet mieux résister aux crises internationales, guerres ou fluctuations du marché mondial. Les coûts environnementaux et sanitaires de l’agriculture industrielle ne sont pas réellement pris en compte. Pour Aïcha,

« Si l’agriculture conventionnelle devait payer le véritable coût de ses impacts sur la santé, l’environnement ou la pollution, le label bio ne semblerait peut-être plus aussi cher. »

 

L’entraide comme réponse collective

Face à ces difficultés, de nombreux membres du groupe insistent sur l’importance du soutien social et de l’entraide. Derrière l’alimentation, il y a aussi l’isolement, le stress, le manque de temps, la fatigue ou encore la perte de repères alimentaires. Certaines idées émergent : créer une charte collective pour une meilleure alimentation, réapprendre à cuisiner simplement, renforcer les liens entre consommateurs et producteurs, ou encore permettre à des associations d’organiser des rencontres dans les fermes. Cela pourrait permettre de se reconnecter à la terre. Ces initiatives peuvent sembler modestes, mais elles participent à recréer du lien et à redonner du pouvoir d’agir. Car au fond, la question posée est simple : dans quelle société voulons-nous vivre ? Une société où bien manger devient un privilège, ou une société où chacune et chacun peut accéder à une alimentation saine, locale et respectueuse des personnes comme de l’environnement ? L’accès à une alimentation de qualité ne devrait jamais être un luxe. C’est un droit fondamental.