fbpx

Le principe est le même qu’il s’agisse de notre habitat, de notre mobilité, de notre alimentation, ou de notre énergie ! Ne nous laissons pas désapproprier de ce que nous sommes toujours capables de faire nous-mêmes. Ne laissons pas les tiers, les intermédiaires de tous poils nous vendre des « services » dont nous n’avons aucun besoin. Exerçons sans hésiter le contrôle que nous sommes en mesure d’exercer. Exigeons les régulations que nous estimons devoir exiger. Pesons du poids que nous pesons vraiment ! Ce sera déjà pas mal pour vivre mieux les crises qui s’installent…

Par Dominique Parizel

Nous saurons surtout, ce faisant, ce que coûte vraiment ce dont nous avons prioritairement besoin – ni peu de choses, ni les yeux de la tête… – et nous verrons aussi beaucoup mieux les choix que sommes réellement en mesure de faire, en tant que citoyens actifs. Nous comprendrons mieux où et comment nous investir, nous discernerons mieux en qui nous pouvons réellement placer notre confiance. Des choix nouveaux s’imposent au seuil d’un hiver où sobriété rimera plus que probablement avec solidarité. Ils nous diront ce que vaut vraiment l’énergie dont nous avons besoin, et comment y avoir accès… A l’impérieuse condition qu’elle soit citoyenne. Car la proximité et le circuit-court, cela concerne tout autant votre énergie que votre alimentation, votre habitat ou votre mobilité… En doutiez-vous encore ?

Acheter son électricité en circuit court, c’est possible ?

Aller chercher ses œufs à la ferme ou ses légumes à la coopérative maraichère voisine, voilà l’image qu’on a généralement du circuit court. Mais le circuit court, ce n’est pas que des salades ! Le principe s’applique aussi, notamment, à l’énergie. Produire ensemble son électricité sur le modèle coopératif, vendre et consommer soi-même cette électricité, voilà la boucle du circuit court de l’électricité. C’est ce que font quinze coopératives citoyennes wallonnes productrices d’électricité verte, qui se sont associées pour créer le fournisseur citoyen baptisé COCITER, auquel elles vendent leur production.
Les coopérateurs de ces coopératives sont non seulement copropriétaires des outils de production de leur coopérative – éoliennes, centrales hydro ou photovoltaïque, unité de biométhanisation – mais, en plus, ils sont copropriétaires de leur fournisseur d’électricité. C’est un modèle économique unique dans le secteur de l’énergie en Wallonie. Le client de COCITER consomme l’électricité qu’il a contribué à produire grâce à son investissement dans sa coopérative.
Avec sa coopérative, le consommateur a ainsi le contrôle sur son électricité. Il sait d’où elle provient, comment elle a été produite, dans quelles conditions, à quel prix. Bref, voilà une électricité d’origine contrôlée. Il peut aussi, au travers de sa coopérative, participer aux décisions, influencer les choix et les orientations de son fournisseur. C’est la démocratie en action.
Le circuit court permet aussi de mieux maîtriser les prix, et dans le contexte actuel, c’est un atout indéniable. Quand les coopératives associées décident de vendre leur électricité à COCITER, en dessous des prix du marché, COCITER peut répercuter cette baisse dans ses tarifs et faire bénéficier le consommateur d’un prix plus raisonnable. C’est la magie du circuit court : puisque le consommateur final est aussi le coopérateur qui produit, leurs intérêts se rejoignent. Bien sûr, le marché de l’énergie est très régulé ; on ne peut pas faire ce qu’on veut. Et COCITER, comme toute autre entreprise, doit s’assurer une solidité financière suffisante pour pouvoir affronter les tempêtes présentes et futures. Mais comment ne pas être en colère quand on voit certaines grandes entreprises énergétiques se réjouir de l’envolée actuelle des prix et engranger de plantureux surprofits, sans que ce mécanisme pervers soit remis en question ?
Au-delà de la question du prix, c’est le modèle novateur des coopératives d’énergie qu’il faut retenir. Un modèle qui place le citoyen au centre des attentions, qui lui donne de la responsabilité et du pouvoir. Un modèle qui privilégie l’autonomie et la solidarité. Ce modèle vertueux pourrait se développer et se renforcer. Encore faudrait-il que le politique en prenne conscience et prenne les bonnes décisions. Toute crise offre des opportunités de progrès. Il faut s’en saisir.

—-

Construire l’Europe des citoyens autour des énergies renouvelables !

Electrotechnicien et économiste, Gérard Magnin avait rejoint l’ADEME – Agence Française pour la Maîtrise de l’Energie – en 1985, comme délégué régional de Franche-Comté. Il anima ensuite, pendant plus de vingt ans, l’association de villes européennes, Energy Cities. Nommé au Conseil d’Administration d’EDF (Electricité de France) en 2014, il en démissionna, dès juillet 2016, afin de manifester son désaccord avec l’investissement dans deux réacteurs nucléaires, à Hinkley Point en Angleterre, et plus généralement à propos d’une stratégie qui déplace toujours plus le curseur de l’entreprise dans la direction unique du nucléaire…
Depuis septembre 2016, Gérard Magnin préside Jurascic, une coopérative de financement citoyen d’énergies renouvelables, en Bourgogne Franche-Comté. Invité du Colloque interrégional sur le renouvelable, qui s’est tenu à Eupen, le 17 janvier 2017, les éclairages qu’il y prodigua demeurent particulièrement précieux dans le contexte actuel. En voici un bref aperçu…

La dimension culturelle de l’énergie

Question universelle, l’énergie nous concerne tous, dans toutes les fonctions de nos vies, personnelles, familiales, professionnelles ou associatives. Son organisation révèle des modèles civilisationnels très différents, voire opposés, tiraillés entre les pôles de l’appropriation et du partage. La question du renouvelable est souvent traitée sous un angle exclusivement technologique, opposant des technologies à d’autres technologies. Ses promoteurs surestiment généralement la portée réductionniste d’un tel argumentaire qui privilégie le technique, l’économique ou le financier. Les décideurs locaux sont ainsi les spectateurs passifs d’échanges dont les règles ne seraient connues que des spécialistes…
Les fausses cartes qui tentèrent de faire croire, à Noël 2016, que la pollution à Paris était le fait des centrales à charbon allemandes – et l’effet de l’abandon du nucléaire dans ce pays – nous font entrer dans l’ère des fake news. Aucun vent ne venait, en effet, de l’est…
Pour mieux s’y retrouver entre rationalité pure et subjectivité totale, le promoteur d’énergies renouvelables ne peut se dispenser d’analyser les aspects techniques, économiques et financiers de la question énergétique. Mais ce n’est pas suffisant car le monde de la rationalité pure n’existe pas. Sous-estimer la dimension culturelle – c’est à dire la représentation qu’on peut se faire de ces énergies – le handicape lorsqu’il est confronté à l’incrédulité de la population et des décideurs. Il se prive ainsi d’arguments percutants qui transcendent le sujet technique, en s’adressant à la pensée, voire à l’intimité du citoyen.
La question du sens est fondamentale ! Elle permet de s’interroger sur les raisons de faire ceci plutôt que cela, de savoir pourquoi il ne nous est pas indifférent de faire ceci plutôt que cela. Voici donc quelques exemples, à différents niveaux de notre société, de ce que les énergies renouvelables peuvent apporter de plus.

Nos choix énergétiques à l’épreuve de valeurs universelles

Nous sommes attachés à des valeurs, souvent universelles, qui motivent nos engagements. Il est généralement admis, par exemple, que ce qui provient de la nature fait partie des biens communs de l’Humanité et ne devrait donc pas pouvoir être approprié de façon privée. De plus, nous aspirons tous à la paix plutôt qu’à la guerre, nous attachons de l’importance à notre souveraineté afin de pouvoir maîtriser ce qui concerne notre quotidien et notre avenir. La demande de démocratie, d’équité et de justice, ou encore l’accessibilité pour tous aux commodités essentielles à la vie, nous semblent primordiales, tout comme l’avenir de nos enfants et la solidarité intergénérationnelle. Nous sommes attentifs à la responsabilisation dans nos prises de décisions ; sûreté et sécurité font partie de nos préoccupations de façon croissante, prévisibilité et stabilité nous semblent des nécessités dans un monde aussi incertain. Nous sommes très soucieux du développement économique, en tant que facteur de cohésion sociale, ainsi qu’à notre capacité à inventer le monde qui vient… Voyons dès lors, à la lumière de ces différents critères, ce que promettent les différentes formes d’énergie.

1. Vie sur terre

La combustion des énergies fossiles est largement responsable du dérèglement climatique qui remet en cause la vie telle que l’Humanité l’a organisée sur notre planète. Des centaines de millions de personnes seront ainsi contraintes de quitter leurs lieux de vie et d’abandonner une partie de leur histoire.
En ne ponctionnant pas de ressources carbonées au-delà de ce qui est nécessaire à la production des équipements, les énergies renouvelables sont quasi neutres en carbone. C’est une de leurs vertus les plus connues. Elles ne portent pas atteinte à la vie sur terre.

2. Biens communs

Les réserves en énergies fossiles et fissiles sont très concentrées dans le monde : 50% des ressources en pétrole viennent de quatre pays – et 80% de huit. Il en va de même pour le gaz. Les trois quarts de la production d’uranium proviennent de cinq pays, dont un seul – le Kazakhstan – en produit plus de 40% ! En théorie, ces ressources sont des biens communs de l’Humanité mais, dans les faits, elles sont la propriété des pays en-dessous desquels se situent les gisements ou confisquées par les compagnies qui les exploitent.
Le vent et le soleil sont disponibles librement partout. L’eau souvent. La chaleur du sol toujours. Ce sont, pour l’essentiel, des biens communs qui ne sont pas appropriables de façon privée, en tant que ressources.

3. Paix

Le contrôle de ces ressources est l’objet de tensions géopolitiques intenses souvent causes de guerres, de conflits larvés ou de rapports de domination. La prolifération des matières radioactives et leur utilisation militaire menace gravement la paix.
La dispersion des ressources renouvelables est un facteur de paix. Utiliser localement du vent ou du soleil ne se fait pas au détriment de leur utilisation en un autre endroit du globe. Elles sont disponibles. La prolifération des technologies renouvelables ne porte pas atteinte à la sécurité du monde.

4. Souveraineté

Les énergies fossiles et fissiles ont concentré le pouvoir dans un très petit nombre de compagnies multinationales dont les chiffres d’affaires dépassent, de loin, le PIB de nombreux pays. Leurs stratégies asservissent à leurs intérêts une grande partie de l’Humanité, et même des pays. Elles remettent en cause leur souveraineté, comme c’est le cas en Ukraine !
Contrôler ses sources d’approvisionnement énergétique est une des bases fondamentales de la souveraineté d’un pays ou d’un groupe de pays ; les énergies renouvelables – productibles, transformables et utilisables sur place – sont un facteur important de souveraineté énergétique, surtout pour un pays non-détenteur de ressources fossiles.

5. Démocratie

L’approvisionnement en énergie est une question stratégique pour un pays ou un groupe de pays consommateurs – l’Union européenne, par exemple -, au point que ceux-ci peuvent devenir moins exigeants quant au respect de valeurs universelles dans les pays producteurs. Il en va de même pour les compagnies multinationales dont la compromission avec des dictatures est consubstantielle de leur modèle ; elles sont une source de corruption à tous niveaux. La production nucléaire, centralisée par nature, requiert un sévère contrôle social et politique pour limiter les risques qu’elle génère.
Les énergies renouvelables ne permettent pas à fournisseur incontournable – russe par exemple – de « confisquer » un modèle démocratique. Sécurité énergétique et sécurité démocratique sont ainsi étroitement liées.

6. Equité, justice, accessibilité

La consommation – et surtout la surconsommation – d’énergies fossiles par ceux qui sont capables de payer, induit des augmentations de prix qui s’imposent à tous. Chaque choc pétrolier est d’abord un choc pour les pays émergents, non-producteurs. Pour la première fois dans l’Histoire, une activité industrielle – le nucléaire – se développe à coûts croissants : cent vingt euros le MWh nucléaire, à Hinkley Point à partir de 2025-2027 et jusqu’en 2060, soit plus du double du nucléaire existant. Les énergies fossiles et fissiles nécessitent des réseaux de transport inadaptés, trop coûteux pour desservir des pays à faible densité. Plus de deux milliards d’êtres humains ne disposent pas d’électricité, sans que des solutions alternatives viables soient proposées.
Plus on construit d’installations en énergies renouvelables, plus les progrès techniques et les effets d’échelle réduisent les coûts de production : vingt-six euros le MWh solaire au Chili, soixante euros le MWh pour l’éolien off-shore en Mer du Nord. Et cela va continuer… L’accessibilité à l’électricité renouvelable en fait la solution la plus économique ; l’électricité pour tous est à portée de main, ce qui lui confère une portée universelle. L’électricité renouvelable décentralisée ne nécessitera que de petits réseaux de distribution permettant optimisations et mutualisations locales.

7. Solidarité intergénérationnelle et responsabilité

Les activités industrielles pétrolières, charbonnières et surtout nucléaires laissent aux générations futures des factures énormes pour réparer leurs nuisances ou se prémunir contre leur dangerosité. Les énergies fossiles ne provisionnent pas pour leur renouvellement, comme si on exploitait une forêt sans la régénérer, comme si une entreprise ne provisionnait pas pour maintenir à niveau ses équipements et les renouveler. Se présentant souvent comme une économie de marché, les énergies fossiles sont une économie de prédation sur un stock produit par la nature. C’est pourquoi on les nomme « énergies de stock ».
Les énergies renouvelables ont un impact sur l’environnement, comme toute activité industrielle, mais il est connu, prévisible et limité. Elles ne produisent pas de déchets dangereux et les installations sont réversibles, à un coût modéré ; elles paient pour capter le vent et le soleil, les transformer en électricité, pour renouveler leurs équipements et financer la gestion de leurs déchets ; elles paient pour l’ensemble du cycle. « Énergies de flux », elles se nourrissent de ressources qui se renouvellent sans épuiser le stock, à l’exception de quelques métaux rares.

8. Sûreté et sécurité

Les technologies de grandes tailles ont souvent montré leurs avantages dans un monde révolu. Aujourd’hui, c’est le contraire qui est vrai : ce qui est gros et concentré est vulnérable et peut devenir une cible, y compris terroriste. La dangerosité intrinsèque des grosses installations énergétiques centralisées – et notamment nucléaires – renchérit leurs coûts de production afin de prévenir les accidents ou de réparer les dégâts d’accidents.
La dispersion des installations, leur taille ou leur concept rend les énergies renouvelables plus sûres, exemptes de risques majeurs. La mutualisation des petits risques est plus sûre qu’une concentration de gros risques. Le risque terroriste ne peut alors avoir qu’un impact limité, du fait même de la dispersion des installations et de leur nombre.

9. Prévisibilité

Les prix des énergies fossiles – en particulier pétrolières – surdéterminent notre développement. Erratiques, leurs variations chahutent nos économies depuis un demi-siècle. Ils ne sont pas prévisibles. Prévisible en principe, la production d’origine nucléaire peut s’avérer fragile quand survient un incident générique qui oblige de cesser immédiatement la production.
L’évolution des prix des énergies renouvelables est prévisible et orientée à la baisse, à l’abri des aléas géopolitiques. La production est soumise aux variations climatiques – et c’est un inconvénient – mais elle est prédictible d’un jour à l’autre. La multiplication et la dispersion des lieux de production mutualisent les risques ; la combinaison des formes de production renouvelable, la gestion de la demande, les synergies entre réseaux, le tout associé au stockage sous ses différentes formes, permettra de dépasser les inconvénients.

10. Développement

Une grande partie des pays producteurs d’énergie fossile vivent de leur rente de production et ne se développent pas ou peu. C’est le cas des producteurs du Moyen-Orient, du Venezuela, de la Russie ou de l’Algérie. L’existence d’une rente énergétique dissuade généralement d’investir dans le reste de l’économie.
Les énergies renouvelables sont produites de façon dispersée ; elles génèrent des travaux de construction et de maintenance. Fournissant de l’électricité là où l’on ne voyait pas de solution proche, elles permettent l’éducation des enfants, la satisfaction des besoins du quotidien, ainsi que l’émergence d’activités économiques nouvelles.

11. Innovation

Les choix énergétiques surdéterminent souvent l’organisation politique des pays, et réciproquement. Les pays les plus nucléarisés – comme la France – sont souvent les plus centralisés, ce qui handicape l’adaptabilité des initiatives locales et les expérimentations qui ouvrent des voies d’avenir. Les moyens mis en œuvre pour préserver un monde ancien ralentissent l’émergence du monde qui vient.
Les pays fédéraux et décentralisés offrent des espaces de liberté et de création à la société, aux autorités locales et aux citoyens. Les innovations essentielles de ces dernières décennies – renouvelables, adaptation des bâtiments, etc. – viennent de ces pays, notamment d’Allemagne. Il en va de même pour l’éclosion des communautés énergétiques locales.

Les énergies renouvelables n’échappent malheureusement pas à l’appropriation – par des grands groupes ou fonds d’investissement – du profit généré par la production et la vente d’électricité renouvelable. Toutefois, les volumes d’investissement nécessaires à la transition des « énergies de stock » vers les « énergies de flux » seront colossaux. Les avantages qui viennent d’être décrits ne doivent donc pas pâtir d’une appropriation des profits qui serait considérée, à tort ou à raison, comme non-éthique ou non-équitable : quels que soient les modes d’investissement et d’exploitation, les énergies renouvelables conservent leurs vertus intrinsèques. Quelques chiffres permettent de mieux cerner la situation :
– selon l’Agence Internationale de l’Energie, les investissements mondiaux dans le solaire et l’éolien dépasseront les trente-deux mille milliards de dollars, d’ici 2040. Les seuls investissements coopératifs ne suffiront donc pas – c’est un euphémisme ! – à faire face dans les délais impartis, mais ils seront invités à prendre leur place ;
– d’ici 2025, une puissance éolienne équivalente à celle de cent vingt réacteurs nucléaires sera installée en Europe. Une grande partie sera installée par des investisseurs et des opérateurs traditionnels mais les citoyens devront y prendre leur part ;
– le désinvestissement des énergies fossiles, de la part des grands fonds d’investissement, au bénéfice des énergies renouvelables est une des conséquences majeures de la COP21. Même si ce changement est encore beaucoup trop lent, il doit être encouragé…
Enfin, une étude – réalisée à la demande de Greenpeace, Friends of the Earth et RESCOOP – montre que la moitié des Européens pourraient produire, de façon individuelle ou collective, tout ou partie de l’électricité dont ils ont besoin pour atteindre 45% de la demande totale ! La production se rapprochera ainsi des lieux de consommation. Cette réalité est proche. Elle nous appartiendra, si nous le voulons.

Ce qui a du sens au quotidien dictera nos choix énergétiques !

Une partie croissante de la population affiche clairement ses préférences : prendre son destin en mains, construire de nouvelles formes de démocratie, mobiliser des communautés territoriales autour de projets concrets, garantir la traçabilité de ce qui est produit, tirer parti des ressources locales, gagner en autonomie… Or les énergies renouvelables offrent l’opportunité unique d’ouvrir un espace d’action pour des communautés énergétiques.

1. Reprendre son destin en mains

Les moyens de produire de l’électricité renouvelable sont d’une taille appropriable par des citoyens. Alors que le monde énergétique du passé était le fait d’acteurs spécialistes dans leurs domaines, la transition énergétique met chacun en situation d’être acteur. Même ceux qui ne connaissent rien à l’énergie peuvent intervenir, dans les économies d’énergie bien sûr, mais aussi dans la production décentralisée.

2. Démocratie pratique

Les démocraties occidentales sont en crise, contestées parce qu’une démocratie formelle – qui se borne au respect de critères juridiques – perd de vue la démocratie réelle – celle qui compte pour les citoyens. Or être partie prenante d’un projet collectif d’énergies renouvelables, c’est justement entrer dans un processus démocratique de discussion, de conviction, de décision, de confrontation aux contraintes et à la complexité, de construction avec d’autres… En résumé, c’est ce qui permet de « faire communauté » autour d’un projet, avec la certitude de voir le résultat d’une action dont on peut être fier.

3. Traçabilité

Les relations marchandes, dans un monde globalisé, rendent les circuits économiques anonymes et de moins en moins lisibles, ce qui crée du doute, voire de l’angoisse. D’où l’émergence de circuits courts alimentaires, de réparation d’équipements, d’épargne et de monnaies locales. Les circuits courts des énergies renouvelables sont donc une nouvelle étape à franchir, avec des liens directs entre producteurs et consommateurs, avec la possibilité d’investir soi-même dans des installations d’approvisionnement. Eux seuls permettent de rendre traçables les circuits énergétiques…

4. Tirer parti des ressources du territoire

Notre économie s’est largement déterritorialisée, les entreprises sont de plus en plus mobiles, détachées de leurs territoires originels. Mais une partie de l’économie, apte à satisfaire des besoins de la vie quotidienne, peut se relocaliser, avec l’intention de maîtriser à nouveau ce qui est à la portée de nos mains. Si les technologies renouvelables permettent une réappropriation territoriale, la crainte émerge cependant de se la voir confisquer par des fonds d’investissement. Des communautés énergétiques – qui affectent leur épargne à des projets d’énergies renouvelables – se forment donc afin de limiter ce risque.

5. Un meilleur équilibre rural-urbain

La fracture entre l’urbain et le rural s’élargit. Le rural se sent floué par l’urbain et l’urbain est souvent arrogant avec le rural. La faible densité de population rurale compromet la viabilité de services à la population mais lui permet aussi d’accueillir des installations d’énergies renouvelables. C’est alors le rural qui fournit l’urbain et l’urbain qui paie le rural, ce qui est de nature à rééquilibrer un peu les relations, ceci n’excluant évidemment pas que des citoyens, entrepreneurs, et autorités locales du milieu urbain viennent investir dans des projets développés en milieu rural…

6. Autonomie

Le numérique renforce la tendance culturelle à l’autonomie, qui devient un marqueur de nos sociétés. La recherche de l’autonomie énergétique s’inscrit donc dans cette tendance. Si ce mot peut connoter du « repli sur soi », il peut surtout être pensé comme un moyen de se responsabiliser à nouveau, de façon individuelle mais aussi collective, quant à l’approvisionnement énergétique, à l’impact écologique du développement local. Les réseaux toutefois sont synonymes de solidarité, de mutualisation des risques, d’ouverture aux autres, à l’inverse d’une attitude voulue comme autarcique qui ressemblerait à une fermeture vis-à-vis d’autrui. Les échanges d’électricité déterminent aussi la base fiscale qui fournit des services à la population. Si cette base devait se réduire et être remplacée par une autre, encore faudrait-il déterminer laquelle…

En route vers une Europe de l’énergie citoyenne ?

Il est indispensable de donner toute sa place à la dimension culturelle de l’énergie, celle qui forge les représentations de sa réalité. Ce sont elles, en définitive, qui déterminent la plupart de nos choix. Toute transition génère des angoisses car on préfère toujours ce qui est connu à ce qu’il faut encore imaginer. Or l’avenir de notre siècle nous est largement inconnu, sauf sur un point au moins : il sera très différent de celui que nous avons quitté !
Mais si l’on part des réalités quotidiennes, des besoins à satisfaire, des potentiels à exploiter, toutes les villes unanimes. Et pas seulement les villes. Les convergences sont presque totales, et pas seulement entre les villes françaises et les villes allemandes, mais dans l’ensemble de l’Europe et bien au-delà. La prééminence des approches « étatico-industrielles » cependant, qui tentent de préserver le monde ancien, handicapent lourdement la recherche de solutions communes.
La capacité des acteurs de terrain, des citoyens – des gens qui ne se connaissent pas et pourtant aspirent aux mêmes choses – est une grande source d’espoir. Le développement de communautés énergétiques locales, ainsi que le mentionne le Energy Package proposé par la Commission européenne, le 30 novembre 2016, et intitulé Clean Energy for Europeans, offre une opportunité unique de construire une véritable Europe des citoyens autour d’objectifs énergétiques communs.