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Toujours plus soucieuse du bien-être animal, la Région Wallonne, sous l’action de la ministre Céline Tellier, rend effectif le « permis de détention d’un animal de compagnie ». La mesure, qui semble surtout vouloir mettre des freins à la prolifération des « nouveaux animaux de compagnie » (NAC) et aux achats faits sous le coup de l’émotion, ne doit cependant pas être une barrière au développement du « petit élevage » promu, depuis plusieurs décennies déjà, par Nature & Progrès. Explications.

Synthèse d’une réflexion collective

Depuis le 1er juillet – avec une période d’adaptation courant jusqu’au 30 septembre -, la Wallonie impose la présentation d’un extrait du « fichier central de la délinquance environnementale et du bien-être animal » pour acquérir – c’est-à-dire acheter, adopter ou recevoir – un animal de compagnie. Commerces, refuges et élevages sont donc désormais tenus d’exiger ce document avant toute transaction. Faire cadeau d’un animal ne sera, par exemple, plus possible sans la présence du/de la bénéficiaire, un des objectifs de ce « permis de détention » étant notamment de laisser un délai de réflexion aux nouveaux adoptants ou acheteurs afin de limiter les risques ultérieurs de maltraitance. En ce qui concerne les chiens et les chats, un agrément en tant qu’éleveur occasionnel est également obligatoire dès qu’une gestation est en cours et une portée imminente. En tant qu’éleveur agréé, les personnes détenant ces animaux devront donc également solliciter le permis, en cas de vente…

Un document délivré par les communes

L’extrait du fichier central – le « permis de détention » – est délivré par les administrations communales, ou par le Service Public de Wallonie pour les personnes non-domiciliées en Wallonie. Ce document – qui n’est toutefois pas requis si l’acquisition de l’animal se fait à des fins économiques, l’acquéreur étant, par exemple, inscrit à la Banque Carrefour des Entreprises – établit que l’acquéreur n’est pas sous le coup d’une interdiction de détention, ou déchue de son permis de détenir un animal de compagnie, des peines qui peuvent être prononcées par un juge ou par un fonctionnaire sanctionnateur.
Notons ici que nombre de Wallons déjà condamnés pour avoir persécuté des animaux est très réduit ; il ne doit pas dépasser la septantaine de personnes, qui sont d’ailleurs autant des professionnels – dans des exploitations agricoles en déshérence, par exemple – que de simples amateurs. Vu ce nombre très restreint, une surveillance policière classique sera certainement plus efficace pour leur interdire tout contact avec des animaux, quels qu’ils soient, qu’une législation appelée à manipuler des réalités qui restent encore assez mal définies. De toutes façons, s’il existe de vrais pervers parmi eux, il sera, hélas, très difficile de les empêcher – sauf à les colloquer et à leur passer la camisole de force – d’arracher les ailes des mouches et les pattes des fourmis…
La sauvegarde des animaux et le bien-être animal semblent donc bien être les principaux objectifs de la mesure. Sont concernés : chiens, chats, chevaux, chèvres, oiseaux, hamsters, souris, poissons, poules, lapins, furets… Mais surtout l’ensemble des NAC, l’acronyme qui définit les « nouveaux animaux de compagnie » : rongeurs, lézards, reptiles, serpents, tortues, amphibiens, insectes… Et nous en passons, des plus bizarres et des plus hostiles… En France, une famille sur vingt en posséderait ! Si la définition de l’ »animal de compagnie » dont il faut s’assurer du bien-être reste particulièrement floue, la régulation de la détention de NAC – et leur commerce, par conséquent – semblent être ici en ligne de mire. Et c’est heureux…

L’importance du « petit élevage »

Détenir un animal est défini comme « le fait d’avoir en possession, quel qu’en soit le titre, un animal, et ce, de manière régulière ou provisoire ». Sont principalement visés, par la nouvelle obligation wallonne, la catégorie d’animaux voués à « tenir compagnie » et l’achat d’une poule, par un particulier, pour obtenir quelques œufs ne requerra pas d’extrait du fichier central. C’est du moins ce qu’indiquent les réponses aux questions, le FAQ publié sur le portail wallon du bien-être animal dont l’adresse figure ci-dessous. Et c’est une bonne nouvelle ! Redisons tout net que le « petit élevage » occupe une place très importante au sein de l’économie domestique, telle que la conçoit Nature & Progrès. La capacité à autoproduire la nourriture fait, pensons-nous, partie des meilleures solutions à la malbouffe. L’autonomie des mangeurs par rapport à l’agro-industrie est ainsi reconnue, chaque jour un peu plus, comme un impératif de santé publique. Les contraintes sanitaires lui ont cependant déjà porté de rudes coups et il eut été dommage que des obligations administratives récurrentes s’ajoutent à ces difficultés. Le « petit élevage » est bien plus qu’une simple activité de loisir car il améliore incontestablement la vie de ceux qui le pratiquent, tant du point de vue économique que de la qualité alimentaire. Relevant le plus souvent d’un savoir-faire traditionnel, il ne s’improvise pas et suppose sensibilisation et apprentissage, échanges nombreux et respect des spécificités propres à l’animal élevé. De nombreux documents furent édités, à ce sujet, par Nature & Progrès – et de nombreux articles publiés dans votre revue Valériane – afin de bien informer sur les conditions à respecter pour mener à bien ce type d’entreprise chez soi. Les espèces concernées ne semblent pas directement destinées à « tenir compagnie » mais rien ne permet toutefois d’affirmer que les deux objectifs ne puissent pas être remplis en même temps. Est-il encore utile de les présenter ? Quelques gallinacés et quelques gros oiseaux, bien sûr, l’un ou l’autre cochon peut-être, le lapin, quelques poissons de rivière… Les escargots aussi et les abeilles, cela va sans dire, même si on ne les mange pas…
Toutes ces espèces, en règle générale, n’entrent ordinairement pas dans la maison. Le chien non plus, direz-vous, tant qu’il était surtout caractérisé par sa fonction : chien de chasse, chien de berger ou simplement compagnon de « balades natures » qui retourne ensuite à la niche… Quant au chat, tant qu’il ne daigne pas montrer le bout de ses moustaches, il est difficile de dire s’il est vraiment là, ou pas… Nous avons ainsi pratiquement fait le tour du petit monde animal, tel qu’il exista, autour de nous, jusqu’il y a peu. Quand le « grand partage » entre homme et animal était toujours extrêmement affirmé…

Qu’est-ce qui a changé ?

Très paradoxalement, si l’homme sent qu’il doit absolument retrouver sa place au sein du vivant – et redéfinir un juste rapport avec le monde animal -, la consommation d’animal-bibelot n’a jamais été aussi forte, aussi irresponsable et éhontée. Le marketing animalier est le vrai problème. Et c’est bien lui qu’il faut impérativement modérer. On nous a tellement vanté le « petit compagnon » qui allait éduquer nos enfants à notre place – mais une telle charge est souvent trop lourde pour un enfant qui n’a pas un adulte dans son dos -, on nous a tellement vendu le thérapeute placide, le confident discret, le fidèle parmi les fidèles, celui qui est capable de ce qu’on n’oserait attendre d’aucun humain… Se profilait, là-derrière, le marchand d’animaux esclaves et de pet-food, même en bio. Mais que de « petits compagnons » en surpoids ne croise-t-on pas ? N’est-ce pas là une forme aiguë de maltraitance ? Que dire alors des humains ? « Les armes ne tuent pas, prétend-on, parce qu’elles n’appuient pas elles-mêmes sur la gâchette »… Et la bouffe ne tue pas tant qu’on n’en gave pas les individus. Mais qu’est-ce que gaver ?
Notre monde moderne ne s’interdit aucune forme de business. Aucune forme de morale ne peut être opposée au gogo qui a le désir d’acheter. Ainsi va le monde ! Tant qu’il y aura un amateur, il y aura toujours un fournisseur pour alimenter les fantasmes les plus délirants ! Vous aviez déjà un aquarium rempli d’espèces exotiques ? Offrez-vous maintenant un zoo à domicile ! C’est facile mais un ours ou une girafe, évidemment c’est un peu grand et ça peut faire du dégât. Un lionceau, c’est mignon mais cela grandit trop vite… Alors, il reste les NAC, ou même des races génétiquement créées pour qu’elles plaisent à l’homme, voire carrément des races volontairement handicapées afin qu’il soit plus encore plus flatteur de leur venir en aide…
Les NAC sont une création des années quatre-vingt, époque bénie où on s’est mis à vendre n’importe quoi, à n’importe qui, dans n’importe quelles conditions. Une séquelle, une de plus, de l’argent-roi ! Dans cette euphorie inarrêtable du grand marché mondialisé, personne ne se soucia évidemment des conséquences inéluctables. En termes d’ordre public, cela a plutôt alimenté les pires « légendes urbaines », comme les boas jetés à l’égout qui remontaient dans les toilettes des particuliers ! Passons… On s’inquiéta bien de piqûres ou de morsures très problématiques, puis de transmission de zoonoses – avec la Covid, évidemment, on comprend mieux – et d’interactions malheureuses avec la faune locale et avec l’environnement. Le bien-être animal, c’est encore une tout autre affaire… Si on le définit comme le respect de l’éthologie propre à l’espèce, on ne peut en déduire qu’une chose : l’écrasante majorité d’entre eux n’ont juste rien à faire là ! La reconnaissance croissante de la capacité animale à ressentir douleur, plaisir et émotions occupe toujours plus de place au sein de nos législations. Tout animal mérite ainsi une vie qui le satisfasse et a, par conséquent, droit au respect. De plus, la mise en évidence d’authentiques « cultures animales » suggère l’urgente nécessité de les préserver de toute perturbation à caractère anthropique. S’obstiner à individualiser l’animal dans une stricte fonction d’accompagnement n’en serait-elle, assurément, pas une ?

Alors, que faire ?

L’idée demeure profondément ancrée que la prohibition de l’alcool, aux Etats-Unis dans les années 1920, fut la meilleure façon de donner envie d’en boire. Cette idée – leitmotiv du libéralisme triomphant – est largement fausse. Limiter drastiquement le commerce des NAC sera probablement une nécessité en termes de sauvegarde de la biodiversité et de limitation des risques de pandémie. Le récent film de Marie-Monique Robin – accompagné d’un livre du même nom -, intitulé La fabrique des pandémies, ajoute une pierre – de taille ! – à l’édifice… Mais nous n’en sommes pas encore vraiment là. Pour l’heure, on n’interdit rien, on se borne à ajouter une étape qui contrariera – est-ce vraiment tout ce qu’il est permis d’espérer ? – l’achat impulsif, l’achat émotif : la petite boule de poil en guise de doudou ou le monstre velu, et tellement plein de pattes, qui fera de vous un punk authentique… Mais peut-être faudrait-il quand même réfléchir à ne plus vendre en « animaleries » ce qui est culturellement susceptible d’être mangé – les poules essentiellement ? La vente de ces animaux à même d’améliorer l’ordinaire de nos assiettes et de transiter par nos estomacs doit, nous semble-t-il, relever de la seule compétence d’éleveurs agréés.
Peut-être faudrait-il également chercher, un peu plus loin, à rééduquer notre rapport au monde animal et, singulièrement, à cette petite chose qui n’en est justement pas une : l’indéfinissable « animal de compagnie ». La présence animale est-elle appropriée à notre espace intime ? Cette place lui convient-elle vraiment ? Que dit-elle de nous ? Répondre catégoriquement à ces questions est difficile. Des animaux accompagnent des personnes dont la santé est défaillante, du purement physique à toute la gamme du psychologique et de la santé mentale La présence de poules et de lapins domestiqués font beaucoup de bien aux résidents d’établissements pour personnes âgées. C’est sans doute un mieux ? La vigilance reste toutefois de mise car, même là, des formes sournoises de maltraitance peuvent rapidement apparaître…
Au-delà de ces questionnements qui sans doute resteront ouverts longtemps encore, Nature & Progrès tient à rappeler avec fermeté que ces nouvelles mesures wallonnes, certainement très positives en ce qui concerne le bien-être animal en général, ne doivent pas s’appliquer au « petit élevage » nourricier. L’autoproduction alimentaire, sous toutes ses formes, doit au contraire être promue avec vigueur auprès de nos concitoyens, tant elle est susceptible d’améliorer leur quotidien.

Portail du bien-être animal en Wallonie :
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