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La 41ème édition de Festi’Valériane s’est tenue début septembre offrant l’occasion à Dominique Clerbois, présidente de Nature & Progrès (ASBL organisatrice du salon) de prononcer un discours sur les enjeux de la bio et le futur de Nature & Progrès.

Nous célébrons la 41e édition du Salon Valériane, et surtout, les 50 ans de Nature & Progrès. Cinquante ans à défendre une conviction : notre agriculture, notre alimentation, notre santé et notre environnement sont indissociables.

Il y a cinquante ans, cela pouvait sembler militant, aujourd’hui, c’est une évidence. Et pourtant… Nous savons. Mais nous n’agissons pas à la hauteur de ce que nous savons. Nous connaissons les effets des pesticides, nous connaissons les PFAS et les perturbateurs endocriniens, nous constatons l’effondrement de la biodiversité, nous voyons les effets du changement climatique sur nos agriculteurs. Les études sont là, les rapports sont là, les constats sont là. Alors, qu’attendons-nous ?

Le problème n’est plus seulement scientifique. Il est politique. Quelle agriculture voulons-nous ? Une agriculture qui produit aujourd’hui et dont la société paiera demain les dégâts ? Ou une agriculture qui protège la santé, les sols, l’eau et la biodiversité ? Et qui rémunère correctement ceux qui nous nourrissent ? Nature & Progrès a choisi. Nous voulons réduire les risques à la source, car pesticides, nouveaux OGM, PFAS, perturbateurs endocriniens nous ramènent toujours à la même question : combien sommes-nous prêts à payer demain pour ne pas décider aujourd’hui ?

Et oui : une agriculture sans pesticides est possible. Mais cessons de faire croire que cette transformation peut reposer sur les seules épaules des agriculteurs. Elle exige des choix politiques, une PAC cohérente, des politiques locales ambitieuses, un rééquilibrage face aux intérêts industriels et des citoyens conscients que leur alimentation a un prix, mais surtout une valeur.

Nature & Progrès doit, elle aussi, franchir une nouvelle étape. Pendant cinquante ans, nous avons été pionniers de la bio. Aujourd’hui, nous devons aller plus loin. Nous devons contribuer à réduire les risques agricoles, alimentaires et sanitaires à la source, et veiller à ce que les décisions qui concernent notre santé et notre alimentation ne soient pas confisquées par quelques intérêts particuliers. Ces décisions concernent les agriculteurs, les citoyens, les scientifiques et les générations futures. Notre rôle est donc clair : être un contre-pouvoir citoyen, scientifique et indépendant.

Nous ne représentons ni un parti politique, ni une administration, ni un intérêt économique. Cette liberté est précieuse, mais elle a un prix. Cette indépendance a évidemment une condition : notre autonomie financière. Le modèle économique historique de Nature & Progrès est fragilisé. Nous avons pris nos responsabilités : nous réduisons nos coûts, nous transformons nos services, nous développons de nouveaux partenariats. Mais soyons lucides : on ne construit pas un projet de société en réduisant des coûts. Nous devons aussi reconstruire notre capacité d’action. Imaginez : 5 000 personnes et organisations. 50 euros par an. Pendant deux ans. Ce n’est pas inaccessible. Mais pour Nature & Progrès, cela changerait tout, cela nous permettrait d’alerter, de proposer, d’agir et surtout, de rester autonome.

Alors aujourd’hui, nous lançons trois appels.
Aux responsables politiques : ayez le courage de transformer les constats scientifiques en décisions politiques.
Aux journalistes : continuez à poser les questions qui dérangent et à rendre visibles les contradictions entre les discours et les actes.
Et aux citoyens, mécènes, fondations et entreprises responsables : ne financez pas simplement une association. Financez sa capacité à agir et à rester libre.

Nature & Progrès doit aussi préparer ses cinquante prochaines années. Début 2027, nous organiserons nos États Généraux. Nous y redéfinirons nos missions, nos priorités et notre modèle économique.

Lors de la conférence « Manifeste pour une Souveraineté bio ». Agriculteurs bio, professionnels de la santé, chercheurs et acteurs des filières étaient autour de la table pour revenir sur le bilan du Plan Bio 2030 et poser les jalons nécessaires pour atteindre les objectifs annoncés. Donc, pas pour refaire une fois encore les constats, mais pour identifier les blocages, et surtout, pour construire les solutions. Car nous n’avons plus besoin d’un rapport supplémentaire pour savoir qu’il faut agir. Nous savons.

La vraie question est désormais : qu’allons-nous faire de ce que nous savons ? À Nature & Progrès, notre choix est fait. Nous voulons une agriculture qui protège plutôt qu’elle ne répare. Une économie qui rémunère ceux qui prennent soin du vivant. Des politiques publiques qui préviennent les risques plutôt que d’en payer les conséquences. Et une société qui protège l’indépendance de ceux qui osent l’interpeller. Parce que l’environnement n’est pas une question parmi d’autres. La nature n’est pas le décor de nos sociétés. Elle en est la condition d’existence. Protéger les sols, les écosystèmes et notre santé n’est pas un luxe, ce n’est pas du romantisme, c’est un choix de société et ce choix ne peut plus attendre.

Nature & Progrès prendra toute sa part.
À vous, de prendre la vôtre.
Merci.

Discours prononcé par Dominique Clerbois – Réécriture par Elsa Lefort