L’agriculture peut être aussi une source d’énergie

Visiter des fermes est, plus que jamais, une nécessité essentielle afin de comprendre toujours plus finement le fonctionnement de notre agriculture. Ainsi, si l’on ne tarira pas d’éloges au sujet du lait et du beurre de la ferme Champignol, si l’on se réjouira de la magnifique diversité de son maraîchage, la plus grande surprise qu’elle réserve reste, sans nul doute, son étonnant équipement de biométhanisation ! Une vraie découverte…

Par Francis Giot

La ferme Champignol, située à Surice près de Philippeville

Elle est occupée par la famille Burniaux depuis huit générations, chacune d’elle l’ayant à tour de rôle améliorée et agrandie. Nous nous trouvons aujourd’hui face à une ferme biologique d’importance et surtout tournée vers l’avenir. Dimitri et Marie ont repris la ferme des parents de Dimitri en 1996 ; ils passèrent en reconversion bio en 2011 et reçurent le label en 2013. La ferme est depuis toujours en polyculture – élevage et principalement orientée vers la production laitière, et plus particulièrement le beurre et la boulette traditionnelle vendus en vente directe. Sans renier le passé, nous verrons que nos amis ne comptent pas en rester là…

Le beurre le moins cher de la région

La production laitière est assurée par des vaches de race Holstein, ce qui ne manque pas d’étonner en bio mais, comme l’explique Dimitri, cette race fait partie de la tradition familiale et changer tout un troupeau n’est ni simple, ni actuellement une priorité… Mais, s’ils devaient en changer, ils s’orienteraient probablement vers la Montbéliarde ou vers la Jersiaise, originaire de l’île anglo-normande de Jersey. Ils ont d’ailleurs introduit quatre de ces petites vaches au sein de leur troupeau. Le lait est écrémé et la matière grasse est transformée en beurre tandis qu’une partie du lait écrémé l’est en boulette traditionnelle ; une autre est vendue à laiterie, mais pas dans la filière bio, et le reste sert à l’alimentation des veaux.

La crise du beurre, on ne connaît pas à la ferme Champignol et, sans l’appel d’une journaliste, il est possible que Dimitri et Marie ne seraient même pas au courant que la France voisine manque de cette précieuse matière. Si quelques Français sont bien venu en acheter au magasin de la ferme, il n’est pas question pour autant d’augmenter le prix, ce qui fait maintenant du beurre de Champignol le moins cher de tous les magasins du coin.

La ferme est constituée de trente hectares de prairies permanentes, vingt hectares de prairies temporaires et trente hectares de céréales – triticale, avoine, pois en mélange et épeautre – ; deux tiers de la production de céréales alimentent la filière bio, tandis que le dernier tiers est destiné à l’alimentation des vaches de la ferme. 90 à 95 % de la ration est constituée d’herbe produite à la ferme, elle est complétée par les céréales aussi produites à la ferme et par l’achat d’un peu de maïs et de pois.

L’apport de la dernière génération

Dimitri et Marie Burniaux ont des idées plein la tête et ils n’hésitent pas à les concrétiser. Si la vente directe les intéresse très fortement, Marie a vite remarqué que son étal de beurre et de boulette manquait de diversité, et que la présence de légumes serait un plus… C’est ainsi que le maraîchage est arrivé à Champignol. Quarante ares lui sont consacrés et trois serres jouxtent maintenant les installations de la ferme. La biodiversité y est de mise : les potagers sont entourés de haies de plantes indigènes et des petits parterres de fleurs et d’aromatiques – origan, fenouil, agastache, thym… – séparent les parcelles, tandis que la culture des légumes sur buttes est aussi agrémentée de fleurs. La diversité des légumes est remarquable et la présence d’hybride anecdotique. Marie avoue qu’il est plus difficile de convaincre le consommateur de redécouvrir les légumes oubliés que de les cultiver. Elle ne compte cependant pas baisser les bras mais a, tout au contraire, des projets plein la tête pour en faciliter la découverte et l’utilisation. A Champignol, les jardiniers ne sont pas oubliés et la production de plans à repiquer devient, peu à peu, une spécialité de la ferme. Deux serres chauffées, dont une avec des tables de semis également chauffées, facilitent la production de plans et permettent un allongement de la saison de culture. Pourtant, pas de dépenses d’énergie fossiles supplémentaires à la ferme Champignol. Nous verrons pourquoi. En attendant, les légumes produits à la ferme ne suffisent pas à fournir l’étal et le magasin, comme le rêve Marie ; la revente de fromages produits par des confrères, alors que sa propre ferme produit beaucoup de lait, contribue aussi à exacerber sa frustration…

Marie ne peut pourtant pas tout faire : la vente à la ferme, les marchés, les livraisons aux magasins et aux groupements d’achats, le ménage et les six garçons à élever, tout cela suffit amplement à occuper son temps. Déjà, la ferme fonctionne avec quatre temps plein : Dimitri et Marie, bien sûr, les parents de Dimitri pour un troisième temps plein, et un maraîcher pour le dernier… Aussi Dimitri et Marie ont-ils trouvé un nouveau partenaire : Tristan transforme maintenant le lait de la ferme sous le nom Champignol. Ainsi le Louché de Champignol – un fromage frais -, le Petit Fleuri – un fromage type crottin affiné quelques jours -, le Guiottin – une pâte pressée – et l’Ami des salades – de type fêta – sont-ils venus enrichir une gamme qui n’a pas fini de grandir…

En plus de la ferme, le souci majeur de l’énergie

L’énergie est une préoccupation essentielle pour nos producteurs et jamais il ne leur serait venu à l’idée d’acquérir deux serres et une grande table de semis chauffante s’ils n’avaient eux-mêmes produit… de l’électricité et de la chaleur, sous forme d’eau chaude ! Deux imposants dômes, que l’on aperçoit à l’arrière des bâtiments de la ferme, servent en effet à la bio-méthanisation, et le gaz produit fait tourner un moteur qui chauffe l’eau… Pour une petite part, ce gaz est produit par les déchets de la ferme, mais surtout par des déchets de céréales, des sous-produits de la betterave et de pommes de terre et par des tontes de pelouses. Ces produits sont apportés par les professionnels des céréales, par les sucreries, par les agriculteurs qui produisent des pommes de terre, par les professionnels des parcs et jardins et par la commune. L’eau chaude produite sert, bien sûr, à alimenter les deux serres et la table de semis ; mais aussi seize logements – sept maisons et neuf appartements – aux alentours de la ferme. Si on ajoute que le logement de nos amis a été rénové en écobioconstruction, on peut conclure que la boucle est bouclée et qu’ils possèdent une ferme qui correspond bien à l’esprit de Nature & Progrès

D’ailleurs, Marie et Dimitri considèrent que faire partie de notre grande famille coule de source et, s’ils ne peuvent pas s’investir plus au sein de l’association, ils jugent indispensable d’être représentés et entendus au sein des instances qui décident. Ainsi, si l’accès à la terre ne les concerne plus directement puisqu’ils possèdent les trois quarts des terres qu’ils cultivent et l’entièreté des bâtiments, ils sont bien conscients d’être sans doute la dernière génération qui a pu tout acheter. La révision du bail à ferme est donc d’une grande importance à leurs yeux, au cas où un ou plusieurs de leurs garçons envisageraient d’offrir une neuvième génération de Burniaux à cette ferme si bien cultivée… Puis il y a, bien sûr, la réforme du cahier des charges bio européen qui ne laisse pas d’inquiéter : on n’aime pas ici l’idée qu’il soit toujours plus laxiste même si, à Champignol, fort d’une clientèle fidèle en vente directe, on pourrait quasiment aller jusqu’à se passer de toute certification.

Des projets en grand nombre

Déjà plus qu’un projet – même s’il n’y a pas encore vraiment de production -, la fruiticulture fera bientôt partie des productions de la ferme Champignol. Septante arbres fruitiers à hautes tiges d’anciennes variétés de prunes, de pommes, de poires et de noix ont été plantés le long des clôtures… en un début prometteur d’agroforesterie ! Bientôt donc, les beaux fruits de Champignol orneront l’étal et le magasin de Marie… De plus, une nouvelle coopérative est en train de naître, regroupant une quinzaine de producteurs – dont, bien sûr, Dimitri et Marie -, ainsi qu’une quinzaine de consommateurs. Elle fonctionne sur le mode de Paysan/artisan, avec commandes en ligne. Pour le printemps prochain, Dimitri et Marie transformeront et équiperont une ancienne étable afin de pouvoir y organiser des cours de cuisine, de faire découvrir – entres-autres – les légumes oubliés, d’y organiser des rencontres et des débats… Au vu de ce que nous connaissons maintenant de la ferme et de son fonctionnement, nous pouvons déjà rêver à la richesse des thèmes qui seront abordés…

Marie et Dimitri seront présents au prochain salon Valériane, en septembre 2018. Ne manquez pas de leur rendre visite, de les interroger sur leurs activités et de découvrir leurs spécialités. Nous leur souhaitons, plus que jamais, plein succès dans toutes leurs entreprises…

Ferme Champignol
Dimitri et Marie Burniaux – 20, rue de la brasserie à 5600 Surice (Philippeville)
082/67.77.05 – www.champignol.be  champignol@outlook.be

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