Manger des aliments bio, ça ne sert à rien, entend-on souvent dire, puisque tout est quand même pollué. De quoi plonger dans l’embarras tous ceux qui ont nouvellement fait le pas de la bio ou qui y songent. Et les récentes conclusions de Soixante millions de consommateurs, le magazine français bien connu, ne sont pas faites pour arranger les choses. Mais entre culture biologique et culture conventionnelle, est-ce vraiment chou vert et vert chou ?
A la demande de Nature & Progrès Belgique, le Ministère de l’agriculture et les diverses associations concernées par le bio ont travaillé à l’élaboration d’un plan de contrôle des produits bio. Car un contrôle, au fond, c’est bien peu de choses si personne ne peut dire précisément à quels actes le contrôleur est tenu. Voici donc un argument (de poids !) supplémentaire qui plaide pour la consommation des produits bio… Le gag du contrôleur contrôlé, en quelque sorte…
Le 3 avril dernier à Lille, la FNAB organisait un colloque national sur l’agriculture biologique. Un événement tout public destiné à faire le point sur un mode de production qui suscite un intérêt croissant parmi le monde agricole, les autorités publiques et les consommateurs. Groupements professionnels bio ou non, instituts techniques, chambres d’agriculture, mandataires publics et transformateurs étaient présent à ce colloque. Tous ont unanimement affirmé leur volonté de développer le bio en France. Un message qui tranche avec l’ironie affichée dans les années 70. Le monde change décidément et les récentes « affaires » n’y sont pas pour rien. Tant mieux.
Autonomie, autonomie chérie...
Nous avons entamé dans un précédent article - voir Valériane n°119 - une passionnante conversation avec Jacques Paris, fermier biodynamiste à Serinchamps, près de Ciney. Il nous expliquait les fondements philosophiques de cette forme d'agriculture, certes très marginale, mais dont les produits surprennent toujours par leur qualité irréprochable. Voyons à présent les moyens que la biodynamie met en oeuvre et l'importance de voir la ferme comme un organisme autonome, considération qui donnera un écho tout particulier, dans ce numéro de Valériane, à l'article qui précède...
"Nous vivons dans une société où les gens attendent le mode d'emploi de toute chose, dit Jacques Paris. Ils veulent qu'on leur explique à chaque instant ce qu'ils doivent faire, ce qui est bon pour eux... Aux yeux des biodynamistes, le plus important est de se mettre en situation d'évaluer la relation entre l'homme qui cultive, la terre et les cultures, tout cela dans le but de mobiliser et d'harmoniser l'ensemble des "forces vitales" présentes. Nous devons donc apprendre à observer intimement les phénomènes qui ont lieu et faire confiance à notre propre relation avec l'organisme jardin, ou avec l'organisme ferme. Le coeur de la biodynamie, c'est l'organisme d'une part et les préparations de l'autre. Des choix tels que le type de travail du sol ou les rotations, par exemple, sont laissés à l’entière appréciation de l’agriculteur. Celui-ci fait confiance à la sagesse de la nature et s'efforce d’interférer le moins possible. Mais si la récolte est en jeu, le côté matériel des choses doit évidemment être également pris en compte. Car il faut bien vivre..."
- revue 121 - page 42
1 - Fondements philosophiques
On connaît généralement la biodynamie - cette "autre" agriculture biologique - à travers quelques poncifs assez lourds qui oscillent entre mysticisme agricole et quasi-sorcellerie. Force est également d'admettre que les biodynamistes eux-mêmes font bien peu d'efforts pour nous détromper et pour modifier cette étrange image. Nous allons donc tenter de jeter un regard différent, un regard qui s'attachera davantage à objectiver les "forces de vie" revendiquées par la biodynamie, sans ajouter bien sûr un crédit quelconque au matérialisme à travers laquelle nous considérons habituellement l'agriculture. Et même la bio...
Il est possible de disserter longuement sur ce que doit être la qualité d'un produit agricole. Mais comment comprendre que ceux qui sont sans doute les plus irréprochables proviennent d'une forme d'agriculture aussi marginale que la biodynamie ?
"Pour que la biodynamie apparaissent pleinement cohérente, concède Jacques Paris, fermier biodynamiste à Serinchamps près de Ciney, elle demande peut-être à être simplement abordée avec d'autres prémices ?"
Mais quels pourraient-ils être ? Jacques s'aventure alors un peu plus loin : "La science repose sur l'observation du réel dont elle s'efforce de tirer des lois généralisables, et le vrai scientifique doit se remettre perpétuellement en question. On n'en est, semble-t-il, plus là aujourd'hui. La pensée dominante traite de fous ceux qui dévient de son dogme matérialiste. Mais prendre attitude par rapport au vivant - et comprendre pourquoi l'agro-industrie n'est pas viable - demande qu'on interroge profondément ce dogme."
D'une manière plus pragmatique, nous tenterons d'apercevoir ici ce qui différencie - ou ce qui n'a jamais cessé d'unir - la bio telle que la conçoit Nature & Progrès et la biodynamie. Nous chercherons à approcher et à mieux cerner l'évidence que cette démarche commune porte en elle.