D’ici et d’ailleurs
C’est comme une colle pour « Question pour un Champion » : quel est le point commun entre la fattoush et la flognarde ? Voyons un peu : ce sont des cantinières coloniales ? Non, non, vous n’y êtes pas… Réfléchissons, concentrons-nous : ce sont des drupes douceâtres ? Non, des décoctions diaphanes ? Non, des diatribes drôlatiques ? Non ! Alors, il n’y a vraiment plus qu’une solution possible : ce sont des recettes d’ici et d’ailleurs…
D’ici et d’ailleurs
Les mots ont un pouvoir d’évocation puissant ; ils éveillent en vous des impressions aussi riches que curieuses. Ainsi la pomme, la bonne pomme, c’est le niais, le gars sympa, un peu benêt ; l’oseille, c’est le pèze évidemment, le flouze, le fric, le pognon, l’argent en somme : la grenade, ça fait boum, ça explose, ça vous pète au visage et ça attente à votre vie… La courgette, enfin… Voyons la courgette, ça vous évoque quoi, à vous, la courgette ?…
Captain Couplan est déjà dans le cockpit. Attention à la marche, bouclez votre ceinture. Paré au décollage ? Notez bien les escales : nous mangerons la soupe en Suède et les chouchoux à la Réunion. Les bananes seront pour les Asiatiques, les kakis pour les Amériques… Le tour du monde une fois bouclé, nous nous poserons pour digérer. Pourvu que François ne nous le secoue pas trop, notre estomac…
Des betteraves à la marocaine et des omelettes aux fraises venues de Pologne ?… Maître Couplan aurait-il comme un stress, s’emmêlerait-il les pinceaux, s’emberlificoterait-il l’élastique de sa boîte à tartine ? Bref, n’y aurait-il pas quelque arachnide collée sous le chapeau, du chewing-gum dans le cigarillo, des chauves-souris sous la tabatière ? Tout cela sentirait-il la fin de carrière ?… Rien de tout cela, rassurez-vous. L’œil frais et l’esprit pétillant, François, ses bottines et son sac à dos, sont repartis dès potron-jacquet, sur les chemins du vaste monde…
Le voilà reparti, notre cher vieux Couplan, cheveux aux vents et sandales aux pieds, arpenter les sentiers incertains de la gastronomie mondiale. Imaginez son chapeau glissant d’étal en échoppe, ses lunettes bravant la vapeur aveuglante qui s’élève des chaudrons… Que de mixtures ignobles n’a-t-il pas stoïquement dégluties, que de brouets infâmes n’a-t-il pas discrètement recrachés ? Tant de bravoure secrète que cachent tant de délices…