Certains livres nous éblouissent, d'autres nous troublent, nous éveillent, nous surprennent. Celui dont il sera question dans cet article m'a plutôt encouragé à voir plus loin que le bout de mon nez. Au lendemain d'une COP26 si prévisible et si désespérante, il m'a rappelé que, partout dans le monde, des communautés, des collectifs, des organisations sont au coeur de combats bien réels. Voici, brièvement présentées, quelques réflexions à partir d'extraits de l'ouvrage de Michael Löwy et Daniel Tanuro, Luttes écologiques et sociales dans le monde. Allier le rouge et le vert.
Il aura fallu quelques semaines à l’expression “Ok boomer” pour passer du monde anglo-saxon au monde francophone. Ces deux mots, lancés à un interlocuteur né au moment du baby-boom (1945-1965), signifient en quelque sorte “cause toujours”. On peut trouver cette expression géniale, ironique, bien envoyée ou, au contraire, offensante, inappropriée, injuste. Je pense qu’elle est la condensation parfaite d’une fracture générationnelle plus lourde qu’on veut bien le croire. Analysé ici depuis l’angle des enjeux écologiques et de façon provocatrice, ce “ok boomer” sonne le glas d’une vision du monde illusoire et aussi d’une certaine écologie "à la papa".
Certaines phrases, certains textes, certains livres ont le pouvoir de modifier notre regard sur les choses. Ils produisent un déclic, nous font entrer dans un territoire inexploré ou éclairent soudainement une partie de nos pensées ou de nos émotions qu'on imaginait impossibles à mettre en mots. Voici, très sommairement exprimés, trop brièvement présentés, quelques fragments du livre de Jonathan Safran Foer, L'avenir de la planète commence dans notre assiette.
Aux XVe et XVIe siècles, nos ancêtres savants, poètes ou paysans n’avaient qu’une conscience confuse et partielle de se situer à une époque-charnière que les historiens finirent par nommer, bien plus tard, la Renaissance. Dans l’échelle du temps long, la période que nous vivons est tout aussi décisive, et même davantage. Parmi les géologues, le consensus grandit autour de l’idée que nous changeons carrément d’ère géologique. Du point de vue de l’Histoire, cela correspond à un bouleversement équivalent à la révolution du Néolithique, la naissance de civilisations sédentaires pratiquant l’agriculture.
En partageant autour de moi le projet de cet article, je me suis trouvé confronté à la perplexité de certains interlocuteurs. Ceux-ci m’ont fait comprendre que le mot que je venais d’articuler – oui, celui-là, an-thro-po-cène, ce vocable qui fait un peu grec et qui semble planer à mille kilomètres au-dessus de nos journées qui se suivent et se ressemblent, dites-le à la fin, ce truc qui a l’air franchement « intello » –, que ce mot ne leur disait rien. S’il n’avait pas existé, leurs semis de courgettes ne s’en seraient pas plus mal portés, le Sud serait resté le Sud et la terre continuerait de tourner. Sauf que, précisément, ce que ce mot nous raconte est l’histoire d’une mutation sans précédent de la relation entre l’Homme et la planète. Un mot pourtant issu d’une Science peu médiatisée et très spécifique : la géologie.
“Si le monde était clair, l’art ne serait pas” a écrit Albert Camus. Cette rubrique se propose de parcourir des œuvres de fiction dans le but d’éclairer quelques grands enjeux de notre époque : engagements écologiques, perspectives d’effondrement, idéaux de transitions à opérer. Pour cette fois, Écotopia, d’Ernest Callenbach. Ce best-seller américain, récemment retraduit en français, imagine la sécession de trois États de l’Ouest des USA, qui utilisent leur indépendance pour se transformer radicalement. Vingt ans plus tard, on découvre le résultat par le regard extérieur d’un journaliste. Après les dystopies, une utopie !