Eclairage

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Nous sommes en train de changer d'ère. D’une ampleur difficilement mesurable, le basculement en cours est tel qu'on parle d'une nouvelle époque géologique : l'anthropocène. Pourtant, tout semble suivre son petit bonhomme de chemin, la pluie et le beau temps, métro, boulot, dodo, rien de neuf sous le soleil en apparence. Cette rubrique est consacrée à explorer, sous divers angles, la question suivante : pourquoi les gens ne changent-ils pas ? Ce dernier chapitre affirmera que les gens changent tout de même, de la seule manière possible, lentement mais pas sûrement, car nous devons apprendre à nous passer de nos anciens appuis : un certain type d’optimisme, l’idéologie des "solutions" et le confort des certitudes.

Cela fait à présent cinq longs chapitres que nous consacrons à poser cette question : pourquoi les gens ne changent-ils pas malgré l’évidence des problèmes écologiques majeurs que l’organisation de nos sociétés a générés ? Le moins que l’on puisse dire, c’est que nous avons trouvé de multiples raisons à cette inertie. Parmi les hypothèses parcourues, les blocages relevant de la psychologie individuelle - cf. chap. 1, dissonance cognitive, et chap. 5, l’addiction aux certitudes - côtoient les obstacles liés aux représentations collectives - cf. chap. 2, nous savons mais nous n’y croyons pas et chap. 4, verrouillages socio-techniques -, ainsi que des mécanismes tangibles - chap. 2, points de bascule, chap. 3, les limites de la contagion par les valeurs et chap. 4, lobbying et recours aux experts. Une exploration plus pointue de la psychologie et de la sociologie du changement nous auraient sans doute apporté des explications supplémentaires de cette tendance à ne pas changer...

L’option du business as usual est pourtant impossible. Plus que jamais d’ailleurs : lors du 35e Congrès Géologique International qui s’est tenu au Cap, du 27 août au 4 septembre 2016, un groupe de chercheurs a recommandé d’entériner l’entrée officielle dans l’ère de l’anthropocène sur l’échelle des temps géologiques. Cela signifie, rappelons-le, que nous vivons un basculement d’époque au moins aussi important que celui qui a vu passer l’humanité du nomadisme à des civilisations pratiquant l’élevage et l’agriculture, se sédentarisant, inventant plus tard les villes, l’écriture, la démocratie, les guerres, etc. Un changement abyssal donc, qui marque l’entrée dans une ère où l’on ne peut plus se représenter l’humain et la culture, d’une part, et la nature, d’autre part. L’officialisation de l’anthropocène prendra sans doute encore quelques années, mais elle est sur les rails...

Cette vision géologique des choses apporte un premier élément de réflexion à notre interrogation sur l’inertie de la société. Les pratiques, les structures, les politiques n’ont pas l’air de changer, nous avons vu pourquoi... Mais indépendamment des volontés individuelles, l’époque, elle-même, change. Les gens ne changent peut-être pas mais ils sont en train d’être changés par l’époque. Dans quelle mesure ? À quel rythme ? Pourquoi est-ce invisible ?

Auteur
Guillaume Lohest
Numéro de revue
122
Page
38
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Chapeau de l'article

Le “monde d’après”, beaucoup en rêvent. Un monde plus juste, respectueux des écosystèmes, moins compétitif, relocalisé, démocratique, soutenable… Une utopie, quoi ! Nous sommes habitués à penser qu’il est essentiel de visualiser un autre monde pour qu’il nous attire à lui comme un aimant. Ce mois-ci, à partir du constat des inégalités d’accès à une alimentation saine et durable pour tous, nous abordons une véritable "utopie" alimentaire, une idée un peu folle, et pourtant une idée qui mérite d’être connue, approfondie, débattue. Au sein de Nature & Progrès aussi ?

 

 

 

Auteur
Guillaume Lohest
Numéro de revue
149
Page
46
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Fondée an 1962 par Dominique Pire, prix Nobel de la Paix, l'ONG Iles de Paix consacre ses actions à la promotion de systèmes alimentaires durables dans le Sud mais aussi, depuis récemment, en Belgique. A travers le projet "Mangu sane", elle soutient quatre projets visant à développer une alimentation saine avec des publics en situation précaire.

Auteur
Isabelle CAIGNET
Numéro de revue
173
Page
62
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Les communs - 4e partie : Quand des agriculteurs fabriquent eux-mêmes leurs outils

Se réapproprier. Verbe pronominal et transitif, reprendre le contrôle de quelque chose, rendre à nouveau « propre », à soi. Verbe qui fait battre le coeur de l’association Nature & Progrès. Entre autres. À côté de la réappropriation de son alimentation, de son habitat, de la biodiversité, pourquoi ne pas se réapproprier également les outils et les machines ? C’est ce que propose l’Atelier Paysan au monde agricole. Une sorte de "Farm Repair Café" mais pas seulement pour réparer : surtout pour concevoir et fabriquer. Condition de cette réappropriation ? On vous le donne en mille : fonctionner en accès libre, en "commun".

François de Gaultier est ingénieur agronome et professeur à la Haute École de la Province de Namur (HEPN), à Ciney. En 2014, après cinq ans passés chez Nature & Progrès, il a initié la première formation d’enseignement supérieur en agriculture biologique en Wallonie, sous forme d’année de spécialisation. Fin avril 2017, il participe aux rencontres annuelles de l’Atelier Paysan, une société coopérative française. Nous l’avons interviewé quarante-huit heures après son retour, pour apprendre de vive voix tout ce que cette coopérative a d’audace, de magie, de pertinence à nous offrir dans notre réflexion sur les communs.

Valériane : En quoi consistaient ces rencontres ?

François : C’était un moment d’échanges, de travail et de "célébration" pour toutes les personnes touchées par cette société coopérative, dans une ferme en bio du côté de Valence. Ces rencontres, à tonalité festive, sont l’occasion de faire le point, de faire le bilan, de célébrer l’année écoulée. L’ambiance est à la détente et aux concerts en soirée. On y campe, il y a un chapiteau, deux librairies. La journée est consacrée à des ateliers techniques de fabrication, à des échanges et à des conférences. L’essentiel des participants sont des agriculteurs ou des futurs agriculteurs, qui ont participé à des ateliers de l’Atelier Paysan lors des années précédentes.

Auteur
Interview de François de Gaultier, autour de l’Atelier Paysan, par Guillaume Lohest
Photographies de François de Gaultier et de l’Atelier Paysan
Numéro de revue
126
Page
30
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Chapeau de l'article

Le climat est un paramètre qui va redessiner les paysages et les systèmes alimentaires. Nous avons, malheureusement, très peu de prises sur lui. Il faudra donc augmenter ou restaurer la capacité des agro-écosystèmes à "encaisser" des écarts climatiques importants sur une courte période - sécheresses, températures extrêmes, ouragans, inondations, etc. - et à naviguer par temps incertains. S’il y a un exercice d’implémentation des principes de résilience à ne pas manquer, c’est bien celui-là. Suite de l'article paru dans Valériane n°107…

Deuxième partie
Des campagnes dans un climat instable

Aujourd’hui, la grande majorité de la production de nourriture - 80 % - provient de la culture des céréales annuelles, des graines oléagineuses et des légumes (1). Mais les impacts environnementaux des cultures annuelles sont désastreux : érosion des sols, pollution des eaux par l’utilisation de fertilisants et de pesticides (2), grande consommation d’énergie et libération d’importantes quantités de gaz à effet de serre (3). Il serait donc intéressant d’utiliser bien plus de plantes vivaces qui ne nécessitent pas qu’on intervienne si lourdement tous les ans.

Auteur
Pablo Servigne
Numéro de revue
108
Page
46