« Il existe une manière aimante, sensée et saine de vivre »
Le monde est en train de basculer. Pour ceux qui partagent cette évidence, il est indispensable d’échanger des vécus, des horizons, des pratiques, des idées, des récits et même des émotions. Les regards portés sur les grandes ruptures en cours peuvent être variés, voire contradictoires, car l’avenir est plus que jamais incertain. Cette rubrique explore comment les choses sont en train de changer.
Troisième volet : qu’est-ce que l’écoféminisme ? Sur base de deux entretiens, avec Sophie Hustinx et Anaïs Trigalet.
Greta Thunberg, Anuna De Wever, Adélaïde Charlier… Cela n’aura échappé à personne : en première ligne des mobilisations pour le climat, on voit énormément de jeunes femmes. Autre combat : le 8 mars, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, des manifestations et des grèves ont eu lieu dans le monde entier, particulièrement impressionnantes en Espagne et en Amérique du Sud.
Autre combat, vraiment ? De plus en plus de voix mettent en évidence les liens historiques et philosophiques existant entre les oppressions subies par les femmes et les détériorations infligées à la planète, à l’environnement. À la racine de tout cela, le patriarcat et le capitalisme, qui imprègnent notre culture occidentale et provoquent des ravages conjoints. L’écoféminisme, dont on parle de plus en plus ces dernières années, est un mouvement pluriel et mondial, multiforme, à la fois militant et spirituel, qui met en mots et en récits cette articulation pour y réagir en retissant des liens détruits.
Mais puis-je en parler, moi qui suis un homme ? Sans doute. N’étant toutefois pas impliqué dans des collectifs écoféministes ou militants, j’ai préféré donner la parole à des femmes qui se reconnaissent dans ce mouvement ou s’y intéressent de près. J’ai donc interviewé Sophie, écoféministe active notamment au sein du groupe « Les so.u.rcières pour le climat », et Anaïs, chargée d’études dans le domaine de l’éducation permanente, qui est touchée et interpellée par de nombreuses écoféministes, sans pour autant se revendiquer comme telle. Entre leurs témoignages, je glisserai des extraits glanés au fil des lectures qu’elles m’ont conseillées.
Le monde est en train de basculer. Pour ceux qui partagent cette évidence, il est indispensable d’échanger des vécus, des horizons, des pratiques, des idées, des récits et même des émotions. Les regards portés sur les grandes ruptures en cours peuvent être variés, voire contradictoires, car l’avenir est plus que jamais incertain. Cette rubrique explore comment les choses sont en train de changer.
Quatrième volet : analyse critique du mouvement zéro déchet, très tendance…
Il y a quelques années, un ami m’a fait découvrir un petit film amateur tourné, en 2004, à Buis-les-Baronnies dans la Drôme provençale. La caméra suit un homme exceptionnel, espiègle, rieur et simple. Un improbable héros obsédé par les objets jetés. Incapable d’accepter le sort qui leur est réservé, il les sauve et les collectionne. Tout : des vieux journaux, des livres, des hamburgers pourris, des roues de vélo, des téléviseurs, des frigos, des chaussures, par centaines, par milliers. Partout dans sa maison, à l’extérieur et même sur des terrains publics. Cette accumulation compulsive, aussi appelée syllogomanie, est considérée par les psychologues comme un trouble du comportement, parfois associé à une maladie plus large appelée “syndrome de Diogène”.
Folie ? Peut-être. Mais comme le préconisent certains anthropologues : pour comprendre une société, il faut s’intéresser à ce qu’elle rejette dans ses marges, à ce qu’elle laisse derrière elle, à ce qu’elle ne veut pas voir. Et si les syllogomanes, ces rassembleurs de “déchets”, nous parlaient de notre folie collective ?
Le monde est en train de basculer. Pour ceux qui partagent cette évidence, il est indispensable d’échanger des vécus, des horizons, des pratiques, des idées, des récits et même des émotions. Les regards portés sur les grandes ruptures en cours peuvent être variés voire contradictoires, car l’avenir est plus que jamais incertain. Cette rubrique explore comment les choses sont en train de changer.
Cinquième volet : n’assiste-t-on pas à une déprime généralisée, parmi les climatologues et les citoyens ? Que retirer de l’accusation qui est faite aux militants écologistes de prêcher l’apocalypse ?
Les climatologues sont déprimés et le disent. “Parfois, je me suis sentie seule, comme abandonnée de tous. Ça m’est arrivé d’en pleurer : après une mission de plusieurs mois en Antarctique - où les conditions sont très dures, où on a cumulé les problèmes techniques, où on est loin de ses proches -, je suis rentrée et j’ai croisé quelqu’un qui m’a dit ‘Ah ces histoires de changements climatiques, ça me fatigue’. Ça nous blesse, personnellement. C’est comme si tout notre investissement ne servait à rien. (1)"
Célia Sapart, chercheuse au FNRS, n’est pas la seule climatologue à être émotionnellement touchée. Dans une vidéo de France Info, plusieurs chercheurs confessent un même ressenti de découragement et d’impuissance. C’est le cas par exemple de Benjamin Sultan, qui reconnaît presque qu’il est trop tard : “Là je parle en tant que citoyen. J’y crois plus trop en fait. Je ne crois plus au fait qu’on va réussir à lutter contre le changement climatique et à éviter ce qu’on prédit. (2)” Et même Jean-Pascal Van Ypersele, qui nous avait habitués à la modération et au sang-froid, montre des signes d’inquiétude : "Ce n’est pas facile, mais on n’a pas le choix. On est sur une barque qui est en train de couler et j’ai l’impression d’être là avec ma petite cuillère pour écoper l’eau, alors qu’il faudrait une pompe rapide…"
Le monde est en train de basculer. Pour ceux qui partagent cette évidence, il est indispensable d’échanger des vécus, des horizons, des pratiques, des idées, des récits et même des émotions. Les regards portés sur les grandes ruptures en cours peuvent être variés voire contradictoires, car l’avenir est plus que jamais incertain. Cette rubrique explore comment les choses sont en train de changer.
Sixième volet : Faut-il sortir du système capitaliste pour lutter, entre autres, contre le réchauffement climatique ? La réponse à cette question ne donne pas de mode d’emploi pour ce qu’elle implique comme action.
On l’entend depuis toujours dans les milieux militants mais c’est assez récent dans le grand public et dans les médias : sortir du capitalisme semble revenu à l’ordre du jour. Au printemps dernier, la blogueuse Emma, qu’on avait découverte grâce à sa mise en BD du concept de charge mentale, a publié un petit livre stimulant, intitulé Un autre regard sur le climat. Elle y défend l’idée, avec pédagogie et humour, qu’on ne peut rien attendre des capitalistes et des États à leur solde, qu’il faut donc uniquement compter sur l’intelligence et les luttes collectives. Plus récemment, c’est Félicien Boogaerts, créateur de la chaîne Youtube Le Biais Vert, qui interrogeait la figure de Greta Thunberg dans son court-métrage Anita. Il y insinue, avec subtilité mais ambiguïté, la suspicion sur la récupération par le “système” du personnage d’Anita. Et même Nicolas Hulot, qui est loin d’être marxiste, l’affirmait lors de sa démission surprise : “On entretient un modèle économique responsable de tous ces désordres climatiques”…
Trump, les gilets jaunes, Antigone et l’effondrement
Le monde est en train de basculer. Pour ceux qui partagent cette évidence, il est indispensable d’échanger des vécus, des horizons, des pratiques, des idées, des récits et même des émotions. Les regards portés sur tout ce qui est en train de changer peuvent être variés voire contradictoires, car l’avenir est plus que jamais incertain. Cette rubrique explore l’envers des ruptures et navigue dans les incertitudes.
Premier volet : une esquisse de quelques phénomènes dans ce qu’ils ont de nouveau…
Il y a trois ans, une intuition a pris dans ces colonnes la forme d’un questionnement. “Pourquoi les gens ne changent-ils pas ?”, nous demandions-nous. Proposer un petit tour de cette interrogation a été, à la fois, passionnant et frustrant. Passionnant, parce que chaque angle d’approche amenait son lot de réponses et pouvait nous aider à comprendre plutôt qu’à condamner. Comprendre les individus que nous sommes, nous qui avons du mal à accepter de déranger nos certitudes, nos habitudes qui sont parfois serties dans nos identités les plus profondes. Certitude qu’on trouvera toujours bien une solution technologique, habitude de prendre sa voiture par exemple. Comprendre aussi les récits qui fondent nos sociétés et les croyances qui alimentent la confiance collective. Progrès, croissance, développement durable. Comprendre les verrous sociaux et techniques qui paralysent nos institutions. Comprendre, en un mot, que l’inertie de nos sociétés est systémique et complexe. Et ce fut très frustrant parce que chacun est resté sur sa fin. De nombreuses personnes m’ont interpellé suite à cette série d’articles - cf. Valériane n° 117 à 122. Passionnées mais frustrées. Comme moi. C’est bien beau de décrypter les mécanismes, mais comment faire en sorte que ça change quand même ?
Trois ans ont passé, et la longue période du statu quo semble aujourd’hui s’être achevée. C’est en train de changer. Le monde bascule dans une nouvelle ère avec une telle évidence que seuls quelques irréductibles ou quelques fous peuvent encore l’ignorer. Mais si l’inertie était un phénomène complexe à analyser, le basculement en cours l’est tout autant. Les gens changent peut-être rarement d’eux-mêmes, mais “ça” change. Qu’est-ce que “ça” ? L’ambition de cette nouvelle série de réflexions est de tenter d’y voir un peu plus clair.