Organisée cette fois en Gaume, dans le cadre champêtre et chaleureux du Centre de Partage de Avioth, notre journée d’échange du 2 décembre dernier fut, à nouveau, l’occasion de réunir des jardiniers passionnés et passionnants… Des novices étaient aussi de la partie, profitant de cette occasion pour entrer dans le monde fabuleux de la semence, de sa technicité, et des enjeux qui l’accompagnent…
De technicité il en fut question lors de la présentation des règles d’or de la reproduction des semences. Car reproduire ses semences pour les échanger dans le cadre d’une Maison de la Semence, cela ne s’improvise pas.
Le samedi 2 février : des formations et des échanges !
Le travail autour des semences libres et reproductibles se structure au sein de notre Maison de la Semence citoyenne. Et pour preuve : quinze personnes obtiendront prochainement le titre de "Jardiniers Semenciers de Nature & Progrès", un peu à l’image de ce qui se fit jadis pour les Maîtres composteurs ou encore à l’image des Maîtres Maraîchers bruxellois, tous de véritables ambassadeurs en leur domaine…
Vous l’aurez compris, au-delà de ce titre, c’est bien une réserve d’"ambassadeurs de la semence" que nous souhaitons créer. Le profil de nos candidats est très varié : militants de la semence actifs au sein de grainothèques, de mouvements de la transition, de potagers collectifs ou d’autres réseaux d’échange, ou tout simplement citoyens souhaitant mettre un peu de temps à disposition afin de sensibiliser aux enjeux autour des semences et d’accompagner la transmission de savoir-faire ancestraux... Tout ceci est de bon augure pour notre travail de sensibilisation et d’échange autour des variétés de semences "citoyennes" à pollinisation ouverte, librement reproductibles, adaptées à notre terroir - agriculture locale, à faibles intrants… - et qui, de par leur plus grande variabilité génétique, sont de facto plus résilientes pour faire face aux changements climatiques qui, au-delà de s’annoncer, se concrétisent déjà…
Centre Technique Horticole de Gembloux, un vendredi matin. Des participants, de tous horizons - wallons, bruxellois, flamands, luxembourgeois, français… - viennent découvrir et échanger, durant une journée entière, sur la délicate et très actuelle question de la sauvegarde - mais aussi de la promotion - de nos semences traditionnelles, reproductibles, libres de droit, et adaptées à notre terroir…
L’adaptation au terroir fait partie des éléments rappelés par Marc Dewalque, de l’association Li Mestère, lors d’un exposé relatant l’énorme (bio)diversité des blés existants et qui, au-delà de ceux formatés pour les besoins de l’industrie - forte teneur en gluten, haut poids moléculaire, tiges raccourcies, potentialités racinaires (mycorhizes) diminuées… - offrent des perspectives d’adaptabilité et d’évolution importante face aux changements climatiques ainsi qu’une moindre dépendance obligée vis-à-vis des intrants que sont les engrais et les pesticides…
Le geste auguste du semeur … n’est décidément plus ce qu’il était. Des hybrides F1 et maintenant les OGM remplacent les variétés d’hier, adaptées au terroir et au climat, et que chacun pouvait reproduire à son gré, sans être diplômé d’agronomie ou de biologie. Depuis, on ne sème plus une graine, mais un concentré de technologie. Et l’on s’étonne de voir pousser encore des légumes et non quelque savant fou en éprouvette ! Face à cette triste réalité, des alternatives se sont pourtant mises en place. Demain aussi, toute production végétale biologique devra être issue de semences produites de manière biologique. Un grand pas vers plus de cohérence. Mais les jeux ne sont pas encore complètement faits …
Plus que jamais d’une brûlante actualité, la question des semences vient de faire l’objet d’une thèse de doctorat auprès du Département des Sciences et Gestion de l’Environnement de l’Université de Liège. Cette thèse s’intitule "Construction d'une demande de justice écologique. Le cas des semences non-industrielles." Nous avons eu l’occasion de nous entretenir avec son auteur, Corentin Hecquet, qui sera d’ailleurs présent au Salon Valériane, à Namur, début septembre…
Que nous dit-il ? Qu’en matière de semences végétales, le cadre réglementaire européen impose une norme de standardisation dite DHS, pour distinction - homogénéité - stabilité, indispensable pour inscrire la semence concernée au catalogue qui autorise sa mise sur le marché. Ceci concerne essentiellement l’industrie semencière car, malgré l’instauration d’un régime dérogatoire, peu de praticiens de la "biodiversité cultivée" enregistrent aujourd’hui leurs variétés. La thèse envisage donc quatre cas d’étude - BioNatur (Brésil), Semailles (Belgique), Kokopelli (France), et Kaol Kozh (Bretagne - France) - montrant les stratégies variées et parfois même opposées que développent ces praticiens - ambiguïté, essaimage, désobéissance, contournement… - afin de mettre en circulation leurs semences et de rendre visibles leurs revendications face à l’injustice générée par la DHS. Par manque de reconnaissance et d’ouverture à la participation, tout leur travail formule une véritable demande de justice écologique. Leurs stratégies ne déverrouillent pas le système semencier conventionnel mais, conclut Corentin Hecquet, l’effritent tout de même considérablement...