Dans le cadre de la campagne "Vers une Wallonie, sans pesticides, nous y croyons", qui vise à mettre en avant les alternatives aux pesticides, trois rencontres en fermes ont eu lieu fin 2017. L’usage des pesticides en prairie est déjà réduit et ces surfaces sont importantes ; si toutes les prairies étaient libérées des pesticides, nous passerions de 52% à 72% du territoire wallon indemnes de pesticides !
Les rencontres en fermes se sont déroulées le 18 novembre à la ferme Dôrloû à Ellezelles et à la Chèvrerie de la Croix Grise à Havinnes, et le 2 décembre à la ferme de Neubempt à Moresnet. Citoyens et éleveurs ont pu échanger autour du thème des alternatives aux pesticides en prairie. De plus, vingt autres fermes bio ont été interrogées à ce sujet. Quels sont les plantes indésirables en prairie ? Quelles sont les causes de leur apparition ? Comment les prévenir? Comment s’en débarrasser lorsqu’elles ont pris trop d’ampleur ?
Patrick Silvestre, expert technique de chez Biowallonie, nous a expliqué quelles étaient les plantes indésirables en prairie, les causes de leur apparition ainsi que les moyens préventifs et curatifs pour les maîtriser. Nous avons ensuite visité les prairies de nos éleveurs bio, ceux-ci nous ont en effet montré que des prairies sans pesticides, c’est possible !
Cinq rencontres en ferme, réparties sur toute la Wallonie, ont eu lieu au cours du mois de juin dans le cadre de notre campagne "Vers une Wallonie sans pesticides, nous y croyons !". Après avoir proposé des alternatives aux pesticides en prairie, nous nous sommes plongés dans les champs de maïs pour voir comment certains producteurs le produisent… sans pesticides ! Mais, au fond, est-il vraiment nécessaire de produire du maïs ?
Lors de ces rencontres en ferme, nous avons eu l’occasion d’échanger sur les alternatives aux pesticides en maïs mais également sur les alternatives à la culture de maïs. Plusieurs champs de maïs bio ont été visités. Nous avons eu également droit à quelques démonstrations de machines de désherbage. Certains producteurs ont adapté leurs machines pour passer dans le maïs et d’autres ont investi dans des machines de précision, parfois guidées par une caméra ou un GPS. Lors de la rencontre à la ferme de la Roussellerie, à Herseaux, chez un de nos signataires de la charte de Nature & Progrès, un conseiller technique de chez Biowallonie nous a dévoilé toutes les astuces de la culture de maïs en bio, et donc sans pesticides.
Voici donc la première étape de notre projet Vers une Wallonie sans pesticides, nous y croyons ! Les rencontres en fermes sur le thème des alternatives en prairies sont en route. Les prairies permanentes sont, en effet, des milieux parmi les plus riches en biodiversité et il est donc particulièrement important de ne pas les polluer aux pesticides. Mais que représentent les prairies en Wallonie ? Qu’en est-il de l’utilisation des pesticides dans les prairies wallonnes ? Bref, pourquoi préserver nos prairies permanentes ?
La prairie wallonne
La prairie est un peuplement végétal composé principalement de graminées - Poacées -, de légumineuses - Fabacées - fourragères et d'autres dicotylées. Elle est destinée à l'alimentation du bétail, principalement celle des ruminants. La composition botanique d'une prairie peut être fort différente selon l'âge de la prairie, les techniques d'exploitation - fauche, pâturage -, le sol et le régime hydrique, la localisation - altitude -, etc.
On distingue deux grands types de prairies :
- la prairie permanente qui est une surface enherbée depuis plus de cinq ans et qui n'entre normalement pas dans une rotation ; elle est composée d'espèces pérennes comme le ray-grass anglais - RGA -, la fétuque des prés, la fléole, le dactyle et le trèfle blanc ;
- la prairie temporaire qui entre régulièrement dans la rotation - de un an à quatre ou cinq ans. Les espèces qui la composent sont peu pérennes mais très productives. On retrouve notamment le ray-grass italien, le ray-grass de Westerwold, le ray-grass hybride, le trèfle violet… Une prairie temporaire de longue durée - trois ans et plus - nécessite d'implanter des espèces pérennes moins productives - ray-grass anglais, fléole…
Avant la Deuxième Guerre mondiale, le travail agricole reposait essentiellement sur la force humaine ; l’attrait de l’industrie, qui proposait de meilleurs salaires et un plus grand confort de vie, provoqua l’exode rural. Les fermiers eurent donc plus de travail pour moins d’actifs. Mécanisation et désherbage à l’aide de pesticides chimiques de synthèse furent choisis pour améliorer la productivité du travail agricole. Un autre choix aurait pu être de conserver une agriculture mécanique et une sélection variétale pour augmenter les rendements…
Aujourd’hui, les engrais et pesticides chimiques de synthèse n’ont pas apporté de solution à la faim dans le monde, à la rentabilité des fermes et à la qualité de l’alimentation. Les agriculteurs sont devenus des fournisseurs d’ingrédients de l’industrie alimentaire et la production agricole n’assure plus la rentabilité des fermes. L’agriculture ne survit plus, de nos jours, que grâce aux subventions publiques. Les études se multiplient pour démontrer la nocivité des pesticides sur la biodiversité (1) et la santé (2) car, malheureusement, ils sont partout dans notre environnement : eau (3), sol (4) et air (5). Les réglementations visant la réduction de leurs usages, même si certaines sont ambitieuses, n’en modifient finalement pas grand-chose. Et, pour cause, elles ne touchent pas aux pratiques agricoles !
Nature & Progrès est un mouvement porteur de changements sociétaux pour notre santé et celle de la terre. La suppression des pesticides chimiques de synthèse de notre environnement en est un enjeu capital. Depuis quatre ans déjà, Nature & Progrès rassemble agriculteurs, citoyens et experts autour de cette question. Les rencontres en fermes ont permis de développer des boîtes à outils qui recensent une diversité de techniques permettant de se passer des pesticides en prairies, cultures de maïs et de céréales. Ce recueil de solutions sera-t-il utilisé par le secteur agricole ?
Voici donc quatre ans que Nature & Progrès a démarré sa campagne Vers une Wallonie sans pesticides, nous y croyons. Ce qui fait la force et l’originalité de cette action, c’est son objectif rassembleur et positif. Ensemble, agriculteurs, citoyens et experts du milieu agricole se rencontrent, chez des producteurs biologiques dans toute la Wallonie, pour rassembler les alternatives aux pesticides. Car imposer demain à tous les agriculteurs wallons de ne plus utiliser de pesticides chimiques de synthèse n’aura du sens que si les alternatives leur sont accessibles, que si les agriculteurs sont conscients qu’il leur faudra changer leur manière de gérer leurs terres et de voir les activités de leur ferme. Loin d’être un retour en arrière, à l’agriculture de nos - arrières- ? - grands-parents, cette évolution est un grand pas en avant qui s’inspire d’une agriculture biologique innovante.