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Le jour se lève sur une nouvelle agriculture wallonne !

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Titre de l'article: Le jour se lève sur une nouvelle agriculture wallonne !
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A quelques semaines d’élections capitales, il est grand temps de faire les bilans. Avant d’aborder plus en détails les importantes questions des pesticides, du bail à ferme et de la politique agricole européenne, nous donnons d’abord un aperçu global de la vision de Nature & Progrès pour l’avenir de l’alimentation et de l’agriculture wallonne. Elle comporte différentes revendications précises que nous ne manquerons pas de détailler auprès des nouveaux élus…

L’agriculture européenne est à bout de souffle ! Le modèle agricole d’après-guerre atteint aujourd’hui ses limites. Si le progrès technologique et scientifique, et la politique agricole menée, ces dernières décennies, ont permis d’accroître les rendements en Europe, ils n’ont pas rempli les objectifs premiers de la politique agricole commune repris dans le Traité de Rome (1957) :

– “Augmenter la productivité de l’agriculture” : là, le pari peut paraître réussi si on considère que les rendements agricoles ont doublé, voire triplé, en cinquante ans. Néanmoins, une part de cette hausse de productivité est issue de pratiques non durables et entame de manière dramatique le potentiel du sol. L’utilisation de la fertilisation chimique, si elle permet des croissances végétales plus rapides en court-circuitant les processus longs de minéralisation du sol, entraîne une sensibilité accrue des plantes aux maladies (1), résolue par l’utilisation de pesticides. Néanmoins, fertilisants, fongicides, insecticides et travail mécanique excessif causent un déclin de la vie du sol, allant vers une perte de fertilité importante dans les sols cultivés de manière intensive (2). L’usage des pesticides a pollué – et pollue encore ! – les eaux de surface et souterraines (3) et provoque le déclin de nombreux maillons de nos écosystèmes, par exemple les insectes (4).

– “Assurer un niveau de vie équitable à la population agricole” : si le travail physique en agriculture s’est fortement allégé avec le développement de la mécanisation, force est de constater que les conditions de rémunération des producteurs ne se sont pas améliorées grâce à la politique menée ces dernières décennies. Un grand nombre de producteurs survivent aujourd’hui grâce aux aides octroyées par la politique agricole européenne. En 2016, les aides octroyées dans le cadre de la Politique Agricole Commune (PAC) représentaient entre 117 et 503 % du revenu par unité de travail, pour les agriculteurs wallons (5). Cette situation n’est pas valorisante pour les producteurs qui se sentent “assistés” plutôt que de recevoir la juste rémunération qui est directement en lien avec la commercialisation de leurs produits.

– “Stabiliser les marchés” : la mise en place de systèmes de régulation des marchés et de la production – quotas… – a permis, pendant un temps, de stabiliser les prix et les marchés. L’Europe se dirige cependant, depuis une vingtaine d’années, vers une ouverture des marchés, provoquant des fluctuations importantes de prix que subissent de plein fouet les producteurs. Les accords internationaux fragilisent encore la condition des producteurs. La politique d’exportation est instable, notamment en cas de fermeture de marchés : embargo russe…

– “Garantir la sécurité des approvisionnements” : si le consommateur européen semble à l’abri de pénuries alimentaires, la sécurité de l’approvisionnement alimentaire pose question car ceux-ci dépendent, à présent, de productions alimentaires délocalisées. Les denrées alimentaires voyagent d’un bout à l’autre de la planète, des régions abandonnent certaines cultures pour se spécialiser dans des denrées destinées à l’exportation. Force est de constater que notre agriculture ne nous nourrit plus ! La Wallonie dépend largement de l’importation de céréales alimentaires tandis que la majorité des céréales wallonnes partent en énergie ou en fourrages. Notre région produit un million et demi de tonnes de pommes de terre sur trente-huit mille hectares (6) et se targue d’être le premier exportateur mondial de produits à base de pommes de terre !

– “Assurer des prix raisonnables aux consommateurs” : si le prix de vente au consommateur des produits issus de cultures ou d’élevage intensifs est relativement faible, c’est sans compter les externalités de ce mode d’agriculture : impacts environnementaux – pollution, perte de biodiversité, perte de fertilité naturelle des sols, émission de gaz à effets de serre, etc. – et sociétaux – développement de maladies associées à la pollution par les pesticides, augmentation de la stérilité, etc. Le “pas cher”, au final, nous coûte extrêmement cher, et souvent plus cher, globalement, que les produits issus de l’agriculture extensive ou biologique (7). Par ailleurs, les défis climatiques imposent une nouvelle manière de considérer notre modèle agricole, en misant davantage sur le local et sur la réduction de l’émission des gaz à effet de serre. Force est de constater que le modèle agricole prôné jusqu’ici n’a pas tenu ses promesses et qu’il est grand temps d’évoluer.

Auteur: Par Sylvie La Spina
Numéro de revue: 137

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