OGM, non merci !

Voici les réponses à toute une série de questions fréquemment posées au sujet des Organismes Génétiquement Modifiés (OGM).

Précisons que nous visons exclusivement les OGM agricoles – parfois dénommés PGM pour Plantes Génétiquement Modifiées – qui sont susceptibles de dissémination dans l’environnement. Ces OGM risquent également, bien entendu, de se retrouver dans notre alimentation.

Nature & Progrès n’est pas contre les OGM tant qu’ils restent en laboratoire ; nous ne cherchons en aucun cas à nous opposer à la recherche, à condition bien sûr que cette recherche ne soit pas le prétexte de pollutions irréversibles de notre environnement.
Nous pensons qu’il est indispensable d’avoir toutes les garanties d’innocuité, tant pour l’individu que pour l’environnement, avant de mettre sur le marché une biotechnologie qui présente de gros risques et qui n’a, en définitive, aucun intérêt pour l’Humanité.
Nous pensons qu’il appartient au « fabricant » de ces OGM d’apporter la preuve de cette innocuité tant pour l’Homme que pour l’environnement. Nous pensons aussi qu’il doit clairement être tenu pour responsable des dégâts humains et environnementaux dont cet OGM serait ensuite la cause.

Qu’est-ce qu’un OGM ?

La réglementation européenne définit les OGM comme « des organismes dont le matériel génétique a été modifié d’une manière qui ne s’effectue pas naturellement par multiplication et/ou par recombinaison naturelle ».

En quoi les OGM diffèrent-ils des autres techniques de sélection ?

Dans les techniques de sélection classiques, on croise différentes variétés qui ont des caractères recherchés, et on isole ensuite dans la descendance les sujets intéressants pour les multiplier. Les croisements ne sont possibles qu’entre variétés d’une même espèce ou d’espèces très proches comme par exemple entre un colza et une crucifère sauvage. 

Avec les OGM, il n’y a plus aucune barrière entre espèces, familles, ordres et même, règnes différents. On peut ainsi retrouver par exemple un gêne de poisson dans une fraise, ce qui dans la nature est tout à fait inimaginable.

Les OGM permettent-ils d'utiliser moins de pesticides ?

A très très court terme, les OGM conçus pour créer leur propre insecticide permettent d’en utiliser moins. Mais on s’est aperçu que très rapidement, des insectes résistants apparaissent, du fait de la pression permanente de l’insecticide. Les plantes OGM deviennent alors très vite inefficaces et, à leur insecticide, il faut en ajouter un autre…

De plus, certaines plantes sont conçues pour résister aux herbicides. Les agriculteurs ont donc tendance à épandre encore plus d’herbicide sur les champs… Jusqu’à ce que les plantes alentours deviennent aussi résistantes ou que les OGM deviennent eux-mêmes de « mauvaises herbes » pour les champs voisins.

Est-ce que les OGM permettent aux agriculteurs d’améliorer leurs rendements ?

C’est l’un des arguments fréquents pour défendre les OGM. Pourtant, selon le Dr Roger Elmore de l’université du Nebraska (USA), les sojas RoundUp, les sojas OGM les plus commercialisés au monde, sont de 6% moins productifs que les meilleures variétés conventionnelles. Ces valeurs ont d’ailleurs été confirmées en 2000 par la Direction générale de l’agriculture de la Commission européenne.

En quoi l’Europe se différencie-t-elle des Etats-Unis en matière d’OGM ?

La perception des OGM est totalement différente : l’Europe considère les OGM comme étant des organismes différents des autres, tandis que les Etats-Unis les considèrent d’emblée comme étant des organismes comme les autres. Les Américains ne voient donc pas l’utilité de mettre en place une législation spécifique.

Qui autorise la culture d’OGM en Europe ?

Le demandeur dépose un dossier dans un Etat Membre (rapporteur), qui effectue une évaluation initiale du dossier (rapport d’évaluation). 

Ensuite, l’Union Européenne procède à une évaluation (remarques, objections et demandes d’informations provenant des autres Etats Membres). En cas d’objections, la Commission sollicite l’avis de l’EFSA (Autorité Européenne de Sécurité des Aliments). Si l’avis de l’EFSA est favorable, un projet de décision de la Commission est soumis au vote au sein d’un comité réglementaire (représentants des Etats Membres). La majorité qualifiée est nécessaire pour autoriser l’OGM. (minimum de 73,9%). 

En l’absence de majorité qualifiée, le dossier est transmis au Conseil des ministres de l’UE, qui a trois mois pour statuer. En l’absence de majorité, la Commission adopte la décision (« comitologie »). Jusqu’à présent, tous les OGM autorisés l’ont été en suivant cette procédure jusqu’au bout. Il y a toujours eu absence de majorité qualifiée et pourtant, des OGM autorisés en Europe, il y en a. Cela parce que c’est la Commission qui adopte la décision en fin de parcours. Ce procédé parait donc anti-démocratique.

Y a-t-il des essais en champs en Europe ?

En 2007, 84 demandes d’autorisation d’essais en champs ont été déposées. Ces demandes s’ajoutent aux essais pluriannuels qui ont reçu des autorisations les années précédentes. Il y a 28 demandes qui concernent l’Espagne, 15 demandes concernent la France et 9 concernent la Hongrie. L’Europe n’a qu’un rôle mineur dans la procédure d’autorisation des essais en champs. Cette compétence revient surtout aux autorités nationales.

Quels sont les risques socio-économiques liés au brevetage ?

Le vivant devient une propriété. Le brevetage révolutionne donc complètement notre rapport au vivant. Avant, les agriculteurs jouissaient d’une certaine liberté. Ils pouvaient ressemer leurs graines. Avec les OGM et la tendance actuelle, ils doivent acheter chaque année de nouvelles graines.

Que pensent les citoyens européens des OGM ?

58% sont contre l’utilisation d’OGM, 21% sont pour et 9% affirment n’avoir jamais entendu parler d’OGM ! Le reste est sans opinion. Ce sont environ les mêmes chiffres pour la Belgique.

Quel type de firmes commercialise les OGM ?

LES PRINCIPALES FIRMES QUI COMMERCIALISENT DES OGM

  • Monsanto (USA)
  • DuPont (USA)
  • Dow AgroSciences (USA)
  • Novartis (Suisse)
  • Zeneca (Royaume-Uni)
  • Bayer CropScience (France-Allemagne-Canada)

Actuellement, un petit groupe de multinationales contrôle la quasi-totalité du marché mondial. Elles produisent la totalité des plantes transgéniques et le quart des semences transgéniques. Fait intéressant, elles contrôlent également près de 70 % du marché des pesticides.

L’OMC est-elle compétente en matière d’OGM ?

L’OMC est l’Organisation Mondiale du Commerce. Le 13 mai 2003, les Etats-Unis, entourés notamment du Canada et de l’Argentine, ont porté plainte à l’OMC contre le moratoire européen sur les OGM. Or, les multinationales influencent fortement l’OMC. Les règlements de l’organisation ignorent totalement l’environnement, la santé et les agriculteurs. Ce n’est pas vraiment le lieu pour donner un avis sur les OGM puisqu’il s’agit d’un organisme de défense d’intérêts commerciaux et non d’un organisme scientifique. Seules les lois du marché sont prises en compte.

Est-ce que je suis bien informé lorsque j’achète un produit ? Comment savoir si mon produit contient des OGM ?

Je n’ai aucun moyen de savoir si mon produit contient des OGM lorsqu’il y en a moins de 0,9%. En effet, cette limite a été fixée arbitrairement comme seuil d’étiquetage.

De plus, je ne possède aucun moyen de savoir si la viande, les œufs ou le lait que j’achète proviennent d’animaux nourris aux OGM car actuellement, il n’y a aucune législation en matière d’étiquetage pour ce qui concerne l’alimentation des animaux.

On dit que les OGM représentent une perspective intéressante pour le développement des agrocarburants. Est-ce vrai ?

On parle souvent d’agrocarburants de seconde génération. Ces carburants seraient fabriqués à partir d’arbres. Le « problème » de ces végétaux est qu’ils possèdent beaucoup de lignine, cette composante qui les rend durs. En produisant des peupliers transgéniques,par exemple, le but est de produire des arbres avec moins de lignine. Sachant que les peupliers peuvent se reproduire très facilement, non seulement de manière sexuée, mais également grâce à leurs racines ou grâce à des bouts de branches envolés, il sera totalement impossible de contrôler la dissémination. A quoi ressembleront les forêts du futur, devenues fragiles ? 

Enfin, les surfaces cultivées pour les agrocarburants sont des surfaces perdues pour l’alimentation, ou dans le cas des forêts, pour la biodiversité ou encore pour le bois de chauffage, qui deviendra de plus en plus nécessaire ! Les OGM ne sont donc pas intéressants pour le développement des agrocarburants.

En quoi consiste l'étiquetage des denrées alimentaires pouvant contenir des OGM ou leurs dérivés ?

Il y a une obligation d’étiquetage des aliments qui contiennent plus de 0,9% d’OGM. Il n’y a pas obligation d’étiquetage de viande provenant d’animaux nourris aux OGM. Cet étiquetage « peut contenir des OGM » ou « contient des OGM » est mentionné sous une astérisque qui fait référence aux ingrédients concernés. 

La mention « génétiquement modifié » ou « produit à partir de [nom de l’ingrédient] génétiquement modifié» figure entre parenthèses, immédiatement après le nom de l’ingrédient concerné, dans la liste des ingrédients. Ces mentions peuvent figurer dans une note au bas de la liste des ingrédients, mais doivent apparaître clairement sur l’étiquetage. En l’absence de liste des ingrédients, la mention «génétiquement modifié» ou «produit à partir de [nom de l’organisme] génétiquement modifié» apparaît clairement sur l’étiquetage. 

Si l’emballage est petit ou s’il n’y en a pas, l’information doit se retrouver soit sur le présentoir de l’aliment ou à proximité immédiate de celui-ci, soit sur le matériau d’emballage, de façon permanente et visible, dans une police de caractère suffisamment grande pour être facilement distinguée et lue.

Comment les OGM sont-ils créés ?

1) Identification d’un gène intéressant sur un organisme donneur (bactérie, plante)
2) Isolement du gène
3) Intégration du gène dans le fragment d’ADN d’une bactérie
4) Multiplication du gène par mise en culture des bactéries
5) Transfert du gène sur des cellules végétales, si l’on veut obtenir une plante
6) Sélection des cellules transformées
7) Régénération
8) Evaluation du comportement du gène
9) Incorporation par des croisements dans une variété commerciale

Quels sont les intérêts d’un OGM pour son promoteur ?

Les deux applications les plus importantes des OGM sont la résistance aux herbicides (82% des surfaces cultivées en 2005) et la résistance aux insectes (29% des surfaces cultivées) Certaines plantes combinent les deux caractères.

Peut-on contrôler la dissémination des OGM dans la nature ?

Le pollen de plantes transgéniques peut être véhiculé par le vent et par les insectes et donc polliniser les champs alentours. Il est donc impossible de garder des filières non-OGM dans les régions où de telles plantes sont cultivées. C’est un gros problème pour les filières bio qui sont, par définition, sans OGM.

De même, un autre problème est le transfert de gènes vers des variétés sauvages. On trouve des espèces sauvages proches de celles cultivées, qui sont sexuellement compatibles. Si des gênes de résistance aux herbicides sont transférés vers des variétés sauvages, cela pourrait poser des problèmes pour la lutte contre les mauvaises herbes. Cela constitue également une menace pour la biodiversité.

Est-il possible de séparer les filières OGM et non OGM afin de garantir au consommateur la possibilité de choisir ses produits ?

Lors de la culture des OGM en champs, il est impossible de séparer les deux filières, car la dissémination du pollen n’est pas contrôlable. Par contre, lors du transport d’aliments OGM, à l’importation, par exemple, il est techniquement possible de séparer les deux filières. Tout le problème se situe au niveau de la législation et de la volonté politique.

Les OGM font-ils l'objet d'une surveillance après leur mise sur le marché de l’alimentation ?

L’AFSCA (Agence Fédérale pour la Sécurité de la Chaîne Alimentaire) contrôle les produits belges afin de vérifier s’ils n’ont pas été contaminés par d’autres OGM et pour suivre la traçabilité des lots d’OGM. Les lots d’OGM doivent être étiquetés en continu. Actuellement, les OGM se retrouvent dans la chaîne alimentaire à cause de pollutions puisque les consommateurs n’en veulent pas.

En quoi les OGM représentent-ils une menace pour la biodiversité et pour l’environnement ?

Les OGM vont dans le sens d’une industrialisation et d’une intensification de l’agriculture : création de grandes parcelles de cultures, à l’américaine, et épandages massifs de pesticides. Les caractères compétitifs que les OGM expriment vis-à-vis de la flore et de la faune sont très agressifs : ils ont donc un avantage biologique sur les autres et les font disparaître. Enfin, l’épandage de pesticides sera continuellement en augmentation pour éliminer les « mauvaises herbes » de plus en plus résistantes.

Y a-t-il des OGM non autorisés en Europe ?

En 2006, deux types de riz génétiquement modifiés non autorisés, en provenance des Etats-Unis ont été détectés sur le marché européen. En mai 2008, un soja transgénique a été découvert poussant le long de la route dans le Hainaut. En juin 2008, des graines de colza transgéniques non autorisées ont été découvertes dans un champ d’essai Bayer.

Si je consomme des OGM, sont-ils dangereux pour la santé ? Si oui, quels sont les risques ?

Actuellement, on considère que les OGM commercialisés ne sont pas dangereux pour la santé. Aux Etats-Unis, il y a dix ans que les consommateurs en mangent et aucun risque n’a encore été relevé. 

Mais dix ans, c’est court. Avant la crise de la vache folle, les agriculteurs nourrissaient leurs bêtes de farines animales et les experts disaient que cette pratique ne présentait aucun danger. On connaît la suite.

De plus, la plupart des OGM commercialisés sont extrêmement résistants aux herbicides (présence de résidus importants de pesticides) ou fabriquent leur propre insecticide. Les risques présentés par ces plantes sont similaires aux risques présentés par les pesticides. Il est fort probable qu’il s’agisse d’effets subtils, mais lourds et graves à long terme. Des troubles ont été relevés chez des animaux de ferme ayant ingéré du maïs Bt. Il y a des risques d’allergie plus insidieux : par exemple, si une personne est allergique aux noix, elle ne pensera pas prendre des risques en mangeant du maïs, sauf que… certains maïs peuvent avoir reçu des gênes de noix…

Certains OGM possèdent des gènes de résistance à des antibiotiques : notre organisme pourrait donc devenir résistant aux antibiotiques, ce qui serait problématique pour se soigner.

Il y a un manque cruel d’expérimentations. Il y a enfin des effets non prévisibles comme un risque de mutagenèse (mutation d’un gène) qui est admis par tous, mais n’est pas évalué. 

Enfin, des enquêtes concernant des dossiers d’autorisation en Europe et en Amérique du Nord ont révélé que les risques sanitaires pour l’homme et l’animal sont mal étudiés, mal évalués, voire occultés. Par exemple, en 1994, la FDA (Food and Drug Administration aux Etats-Unis) a délivré une autorisation pour une tomate transgénique, allant à l’encontre de l’avis des experts consultés pour évaluer la sécurité de cet aliment.

Y a-t-il un marché pour les OGM en Europe ?

Les aliments génétiquement modifiés sont autorisés depuis près de dix ans en Europe. Pourtant, toutes les grandes chaînes de distribution et les transformateurs ont retiré les ingrédients à base d’OGM de leurs produits, sous la pression des consommateurs. 

Les importations actuelles sont surtout destinées à l’alimentation animale. 

95% de la viande provient d’animaux nourris avec des aliments non certifiés « sans- OGM ». Ce cas concerne surtout le soja. En effet, le soja est omniprésent dans l’alimentation animale en tant que complément protéique. Aux Etats-Unis et en Argentine, 90% du soja est déjà OGM. La culture des OGM était officiellement interdite au Brésil avant 2003. Des semences transgéniques venues en contrebande des pays voisins ont quand même été semées dans le sud du pays. Devant le fait accompli, le Brésil s’est résigné à voter l’autorisation des OGM en 2004. Aujourd’hui, 60% de la surface cultivée en soja est déjà occupée par une variété OGM… La production « non-OGM » subit désormais une pression considérable et la maîtrise de la contamination devient de plus en plus aléatoire. Le nombre de lots contaminés est en augmentation et est vendu à un prix moindre. Il en résulte une différence de prix entre soja et soja garanti « sans OGM » (moins de 0,9%) qui va grandissante. Combien de temps les zones brésiliennes sans OGM vont-elles encore résister à la pression des cultures de soja OGM et de leurs puissants lobbies si elles perdent leurs débouchés ? 

Pourtant, les Européens ne veulent pas d’OGM. Il y aurait peut-être encore moins de demande encore si l’obligation d’étiquetage était fixée au seuil de détection (0,1%) et si les viandes provenant d’animaux nourris aux OGM étaient étiquetées.

Quelles plantes OGM sont cultivées en Europe ?

Depuis 1998, les seules grandes cultures autorisées en Europe sont des variétés de maïs et ne représentent en fait que 0,01% des surfaces agricoles, soit quelques centaines de fois moins que l’agriculture bio.

Y a-t-il un lien entre déforestation et OGM ?

En Argentine, au Paraguay, en Bolivie, au Brésil, les forêts sont détruites et transformées en champs de soja transgénique. Les forêts détruites sont très riches en biodiversité et abritent des espèces rares.

Des communautés autochtones dont la survie dépend de la forêt sont évacuées, souvent sous la menace des armes. En 1996, le soja transgénique de Monsanto a été introduit en Argentine.

Depuis, il y a connu une progression record. Selon le directeur de Greenpeace France, Yannick Jadot : « Des gens y souffrent de malnutrition et leurs terres sont utilisées pour alimenter nos élevages industriels de cochons, vaches et poules d’Europe et d’Asie.

Les promoteurs des OGM promettent aux paysans une vie meilleure, moins de malnutrition et un environnement protégé. L’Argentine montre le contraire.

Le gouvernement argentin doit mettre un terme à la destruction de la forêt et reconnaître à ses habitants le droit de vivre sur leurs terres. » 

Est-ce que les OGM, c’est le progrès ?

Le progrès, c’est aussi pouvoir se poser les bonnes questions et se rendre compte des limites des connaissances. Si nous estimons que nous ne connaissons pas les risques ni même les bénéfices liés aux OGM, alors, se lancer tête baissée dans la commercialisation de ce produit n’est certainement pas un progrès. Le véritable progrès ne serait-il pas de faire des choix raisonnés, en pesant le pour et le contre ? 

Or, qu’est-ce que les OGM apportent, si ce n’est plus d’argent encore aux multinationales ? Il n’y a pas plus de rendements, ils ne sont pas plus simples à mettre en place, ils n’apportent pas un plus au niveau gustatif ou qualitatif. Pourquoi se tourner vers les OGM alors que tant de légumes et de plantes nutritifs et oubliés existent dans la nature ? Dans les supermarchés, on trouve seulement quelques variétés de tomates par exemple, alors qu’en réalité, il en existe bien plus. La nature et les générations précédentes ont déjà prévu des dizaines d’espèces gustatives et adaptées au milieu, que nous avons parfois, simplement oubliées… Le progrès doit s’appuyer sur l’héritage du passé.

J’aimerais être sûr de ne pas manger d’OGM. Comment faire ?

Les OGM ne sont pas autorisés en agriculture biologique. A partir du 1er janvier 2009, malheureusement, il sera toléré une présence accidentelle de 0,9% d’OGM dans le bio. Pour éviter cela, Nature & Progrès travaille sur le 0 OGM, pour son label « Nature & Progrès ».

D’autre part, la majorité des OGM sert à nourrir les animaux destinés à notre consommation. L’alimentation carnée, privilège des pays riches devient de plus en plus insoutenable pour la planète : déforestation, importation de soja en provenance de pays lointains, manque de place pour les cultures, etc. Pour cette raison, l’idéal serait, non pas de se priver totalement de viande, mais d’en limiter fortement sa consommation et en tous cas, de privilégier la viande rouge bio provenant d’élevages extensifs. De plus, il ne faut pas manger de soja, de maïs ni de colza (sous forme d’huile ou dans les produits transformés (biscuits, plats, etc.)

Les OGM sont-ils couramment cultivés en Belgique ?

Non, ils ne le sont pas. Mais cela n’empêche pas de retrouver des OGM non autorisés sur les bords des routes, comme dans le Hainaut dernièrement. Cela indique une pollution irréversible qui ne fera qu’augmenter.

Y a t-il déjà des OGM dans nos assiettes ?

D’après les résultats de l’AFSCA sur l’année 2006, 3,2% des préparations à base de soja contiennent moins de 0,9% d’OGM (et ne sont donc pas étiquetées), et 6,4% des préparations de soja contiennent moins de 0,9% d’OGM. Ce qui signifie que dans nos aliments, il y a déjà des OGM, mais que nous n’en sommes pas prévenus !

Les OGM répondent-ils à des besoins spécifiques ?

Non, sauf au besoin tentaculaire des multinationales de maximiser leurs profits et au capitalisme sauvage d’éliminer tout ce qui lui résiste.

Les OGM sont dangereux pour la fertilité !

Une étude, menée par l’Université de médecine vétérinaire de Vienne, à la demande du Ministère de la Santé autrichien, révèle que des souris nourries avec du maïs OGM développent des problèmes de fertilité. A en croire cette étude, le maïs génétiquement modifié NK603 x MON810, commercialisé eu Europe depuis 2005, a un impact sur la fertilité à long terme ; elle montre également que les méthodes classiques utilisées pour évaluer l’impact des OGM sur la santé ne sont pas les plus appropriées ou du moins sont insuffisantes.

Les risques toxicologiques des OGM sont généralement évalués par des études de nonante jours sur une génération de rongeur. Les autorités sanitaires européenne considèrent, en effet, qu’une telle étude est suffisante pour détecter l’éventuelle nocivité des OGM sur la santé. Certains effets chroniques ne peuvent cependant être mis en évidence qu’après de longues périodes d’exposition et plusieurs générations. La reproduction, la lactation et la santé de la progéniture sont en effet des paramètres sensibles que l’on ne peut évaluer qu’avec une étude multi génération sur le long terme. C’est dans ce but les chercheurs autrichiens ont mené cette étude sur le maïs OGM.

Le maïs étudié, le NK603 x MON810, est commercialisé par Monsanto. Il comprend deux modifications génétiques : une qui lui confère une résistance à un herbicide, le Roundup, et une autre qui lui permet de produire son propre insecticide, la toxine Bt. L’EFSA (European Food Safety Autorithy) a donné l’autorisation en 2005 pour la commercialisation de ce maïs en tant qu’alimentation humaine et animale.

Pour mener à bien leur étude, les chercheurs autrichiens ont comparé des souris avec un régime contenant 30 % de maïs, OGM pour les unes, non OGM mais de la même variété pour les autres. Particularité de cette étude, les scientifiques ont comparé deux protocoles différents pour étudier les effets sur le long terme :

  • le protocole MGS (Multi Génération Study) qui consiste a étudier plusieurs générations, chaque nouvelle génération étant issue de la première portée des parents ;
  • le protocole RACB (Reproductive Assessment by Continuous Breeding) qui consiste à étudier les portées successives d’une même lignée parentales.

Le protocole RACB a été mis au point par le Programme National de Toxicologie du Département américain de la Santé Publique afin d’identifier et caractériser les effets toxiques sur la reproduction de substances comme les pesticides Ce protocole n’avait jamais été utilisé jusqu’ici, du moins officiellement, pour évaluer la toxicité des OGM.

Les effets sur les souris ont été mesurés, d’une part par des mesures sur les performances de la reproduction – poids des adultes, nombre de portées, taille des portées, nombre de petits sevrés… – et, d’autre part, par différentes technologies de pointes au niveau des organes, des cellules et même moléculaire.

Une baisse des performances de la reproduction a pu être observée pour les souris nourries aux OGM par rapport aux autres dans le cas du protocole MGS, mais ces différences n’étaient pas statistiquement significatives, ce qui veut dire qu’elles pouvaient être dues à la variabilité génétique des souris. Par contre, dans le cas du protocole RACB, des différences significatives apparaissent dès la troisième portée, les souriceaux étant plus petits et moins nombreux dans le groupe nourri aux OGM.

Les analyses microscopiques viennent confirmer ces différences significatives au niveau des noyaux cellulaires, de la synthèse des protéines et de l’expression des gênes. Les chercheurs autrichiens s’étonnent du fait que très peu d’études sur les effets toxiques du maïs OGM Bt –qui produit une toxine de Bacillus thuringiensis – sur le long terme aient été menées jusqu’à présent alors qu’il est largement utilisé depuis 1996 et que son innocuité a souvent fait l’objet de controverses.

Ils pointent également du doigt le fait que le peu d’étude, réalisée jusqu’à présent sur le long terme, n’ont jamais eu recours à des protocoles appropriés (MGS) pour mettre en évidence l’impact du régime alimentaire sur les performance reproductive. Par rapport au protocole RACB, le stress physiologique dû à l’alimentation OGM est beaucoup plus faible dans le protocole MGS : le fait d’utiliser chaque fois une « nouvelle » génération de parents au lieu d’étudier l’effet sur les plusieurs portées d’une même génération est, en effet, beaucoup moins exigeant et masque les effets à long terme du régime alimentaire sur la reproduction.

Le maïs OGM TC 1507 pourrait être autorisé à la culture en Europe, en dépit d’énormes risques pour la santé du consommateur !

Pionner Hi-Bred, filiale du groupe américain Du Pont de Nemours, cherche depuis 12 années à faire autoriser en Europe la culture de son maïs génétiquement modifié TC 1507. Ce maïs produit un insecticide censé tuer la pyrale du maïs. Mais il est surtout résistant à plusieurs herbicides très toxiques dont le principe actif est le glufosinate d’ammonium (ne pas confondre avec le glyphosate, principe actif du Roundup, de Monsanto). Le glufosinate d’ammonium est une « tondeuse chimique », un herbicide desséchant, dont l’effet est de brûler la « mauvaise herbe »…

Le dossier de Pionner Hi-Bred avait été déposé en 2001 et un avis positif de l’AESA (l’autorité européenne de sécurité des aliments), rendu en 2005, fut ensuite soumis par la Commission européenne à un collège d’experts des différents Etats membres. Ces derniers n’ayant jamais pu se mettre d’accord, le Conseil des ministres de l’Environnement de l’Union Européenne, selon la procédure alors en vigueur, aurait dû trancher. Mais la Commission ne lui a jamais soumis le dossier. Saisie par Pionner Hi-Bred, la Cour de Justice de l’Union européenne oblige aujourd’hui la Commission à relancer la procédure en soumettant la demande d’autorisation de culture au vote des ministres lors de leur prochaine réunion prévue le 13 décembre prochain. Une majorité qualifiée sera nécessaire, pour le rejet comme pour l’approbation, et vu les positions actuelles de chacun, il est peu probable qu’une décision puisse être prise. Sous peine d’être condamnée pour manquement par la Cour de Justice, la Commission serait alors placée dans l’obligation de décider … Et peut-être d’autoriser la culture ?Mais l’arrêt de la Cour de Justice ne dénonce que l’interruption de la procédure. La Commission européenne pourrait donc très bien reconsidérer complètement sa position et décider de ne pas recommander l’autorisation de culture, tenant compte ainsi des risques importants liés à l’utilisation du glufosinate. Ce serait là une pure position de bon sens qui tiendrait compte, avant toute autre considération, de l’intérêt du citoyen européen.

DEUX ÉLÉMENTS D’APPRÉCIATION IMPORTANTS

Deux éléments importants doivent, en effet, être précisés :

  • d’une part, la procédure de décision vient d’être modifiée afin de supprimer l’obligation faite à la Commission de trancher. Mais la demande étant antérieure à la réforme, l’ancienne procédure reste d’application ;
  • d’autre part, l’autorisation du glufosinate – et de l’ensemble des herbicides dont le principe actif est le glufosinate d’ammonium – court jusqu’à octobre 2017. Une réévaluation complète de ce produit sera alors indispensable

en cas de nouvelle demande d’autorisation. Or le glufosinate étant classé comme produit toxique pour la reproduction, une forte probabilité existe- en vertu du règlement européen 1107/2009 – qu’il ne soit jamais ré-autorisé ! 

En effet, le glufosinate est un produit classé Repro 1B – comme c’est le cas actuellement, ce produit ne sera éventuellement autorisable que si, dans des conditions réalistes d’utilisation, l’exposition à l’homme est négligeable. C’est ici que réside le problème. Dans le cas d’une plante génétiquement modifiée qui a la capacité de « stocker » l’herbicide ou ses métabolites dans ses feuilles et dans ses graines, le glufosinate sera consommé par l’homme ou l’animal avec la plante !
Rappelons que les effets par ingestion des herbicides du type glufosinate sur la santé animale et humaine n’ont jamais été étudiés. L’Europe s’apprête donc à commercialiser un herbicide à la consommation sans en avoir étudié l’impact sur la santé et l’environnement.
Rappelons que l’étude, menée par le professeur Gilles-Eric Séralini sur des rats nourris avec le glufosinate, démontrait un impact sur la santé.

ALORS POURQUOI TANT D’OBSTINATION ?

Pionner Hi-Bred sait très bien que sa technologie est inutile et complètement dépassée et que cette technique produirait un maïs dangereux pour la santé humaine et animale ! Le seul but des promoteurs d’OGM est aujourd’hui de faire parler d’eux, de ne pas relâcher la pression dans l’espoir – bien incertain – de temps meilleurs… Rappelons qu’à ce jour, un seul OGM – le maïs MON810 de Monsanto – est cultivé en Europe, principalement en Espagne et le moins que l’on puisse dire c’est que ce n’est pas la révolution promise. 
Le groupe allemand BASF a renoncé à produire, en Europe, sa pomme de terre Amflora, autorisée à la culture en 2010, qui fut un retentissant échec commercial.
Par cette autorisation, Pioneers souhaiterait conforter la commercialisation de son maïs TC 1507 qu’il produit en Amérique du Nord comme du Sud – et au Japon.

Face aux risques encourus pour notre alimentation et celle du bétail et l’inutilité de ces plantes, nous demandons à nos représentants, les ministres fédéraux et régionaux ainsi qu’aux parlementaires européens, qu’ils s’opposent à l’acceptation de ce dossier sur l’introduction du maïs OGM TC 1507.

Entretien avec le professeur Gilles-Eric Séralini

Monsanto cache-t-il au monde les effets sanitaires des OGM qu’il met sur le marché ?
Entretien avec le professeur Gilles-Eric Séralini 
(revue Valériane 103 – septembre/octobre 2013)

Le professeur Gilles-Eric Séralini (université de Caen) et son équipe publièrent, le 19 septembre 2012, dans la très sérieuse revue Food and Chemical Toxicology (1), une étude mettant gravement en cause un maïs OGM commercialisé par Monsanto et l’herbicide majeur du monde, le Roundup. Cette étude fut une première scientifique mondiale : menée in vivo par une équipe indépendante, entre l’automne 2008 et l’automne 2010, elle exposa deux cents rats à une nourriture équilibrée contenant 11 à 33% de maïs, comme une nourriture américaine, et de l’eau. Seule différence de taille : certains rats malheureux mangèrent du maïs OGM et d’autres burent une eau contaminée au Roundup

Par Dominique Parizel

Cette publication ébranla le monde scientifique – se reporter, pour plus de détails, au dossier de Valériane n°99 – mais, suite au tollé soulevé par les conclusions de leur étude, le professeur Séralini et son équipe répondirent point par point en mars dernier, dans Food and Chemical Toxicology toujours, à l’ensemble des critiques formulées par leurs détracteurs (2).
« Nous avons aussi clairement visualisé, précise le professeur Séralini, l’ensemble des réseaux qui nous ont critiqués. Tous, ou presque, ont des accointances avec Monsanto. De plus, les trois quarts de ceux qui ont émis des critiques travaillent en biologie végétale ; certains sont même actifs dans le développement de brevets sur des OGM. Ils se permettent de critiquer des tests de toxicologie sur les mammifères alors que, visiblement, ils n’y connaissent rien. Mais tout cela, hélas, fait aujourd’hui partie du système… »
Pour offrir à ses membres plus de précisions encore au sujet de cette étude particulièrement marquante, Nature & Progrès Belgique a invité le professeur Séralini que nous serons très fiers d’accueillir, le mercredi 16 octobre prochain, à 20 heures, au Foyer culturel de Péruwelz (59, rue des Français à 7600 Péruwelz). Il nous a accordé un petit entretien dans le but de préparer cette journée.

DES PLANTES MODIFIÉES POUR STOCKER LES PESTICIDES

Aujourd’hui, la seule raison d’être d’une plante génétiquement modifiée est commerciale : cette plante est tolérante à un pesticide ou elle le produit elle-même ! Elle pousse même si un pesticide a fait place nette autour d’elle et elle l’absorbe, comme le soja au Roundup. Les effets sanitaires mis en évidence par l’équipe du professeur Séralini tiennent donc à cette union OGM – pesticide, mais aussi à l’impact de l’OGM seul et, bien sûr, du pesticide seul.
« Le plus important, dit le professeur Séralini, est qu’il faut aujourd’hui admettre que tout cela contamine en nous le même système, le système hormonal notamment. Les résidus de pesticides présents dans les OGM induisent, nous le savons maintenant, une toxicité hépato-rénale et une perturbation du système hormonal qui peut engendrer des tumeurs mammaires. »
Autrement dit : il est aujourd’hui quasiment certain que le Roundup – l’herbicide le plus vendu au monde – est tumorigène et qu’il agit, même à l’état de résidu, consécutivement à son stockage à l’intérieur d’une plante génétiquement modifiée, puis du corps de ceux qui en mangent. Les femmes risquent d’en être les principales victimes, victimes de cancers du sein qu’une exposition au Roundup favorise très vraisemblablement, l’autre organe le plus souvent atteint étant l’hypophyse, ce grand régulateur du système hormonal. Les hommes, eux, seraient moins exposés aux tumeurs mais risquent plutôt congestions et nécroses hépatiques, insuffisances et inflammations rénales…
« Ce que le grand public n’a toujours pas compris, déplore Gilles-Eric Séralini, ce sont les effets des résidus de pesticides. Les plantes génétiquement modifiées sont des éponges à pesticides et, principalement, des éponges à Roundup qui est parmi les herbicides les plus dangereux du monde alors qu’il a été classé comme biodégradable et presque inoffensif. Il faut donc insister sur le fait que les OGM stockent des pesticides et que les plantes sont modifiées uniquement pour cela. Dans les OGM, les résidus du principal herbicide au monde sont ainsi multipliés jusqu’à quatre cents fois et c’est d’ailleurs la raison qui a poussé le Parlement européen à augmenter toujours plus les résidus admissibles de Roundup dans la plante et les animaux qui en consomment. Sans base scientifique aucune !
De plus, après quinze années de militance, bon nombre d’associations semblent n’avoir toujours pas compris que 100% des OGM agricoles sont des plantes faites pour contenir de grandes quantités de pesticides et, dans 80% des cas, du Roundup. 80% des plantes commercialisées sont, en effet, modifiées pour en contenir, les autres l’étant pour contenir des insecticides de type Bt (Bacillus thuringiensis) qui ne sont pas testés pour la santé et dont tous les premiers signes montrent pourtant qu’ils ont, eux aussi, des effets importants. Mon équipe et moi-même avons étés les premiers également à tester les effets des insecticides Bt sur des cellules d’embryons humains (3) et, encore récemment, a été publiée une étude montrant que les toxines Bt ont des effets d’inflammation sur les cellules intestinales des mammifères.
Mais tout cela n’exclut pas que les OGM seuls n’aient pas également d’effets toxiques. Nous avons expliqué que la tolérance au Roundup force la plante à fabriquer une enzyme pour le supporter. Or cette enzyme – qu’il y ait du Roundup ou non ! – perturbe considérablement le métabolisme de la plante : les taux d’acides férulique et caféique, qui sont hépato et rénoprotecteurs sont ainsi fortement diminués dans les croquettes à base d’OGM pour nos rats. »

UN MENSONGE DÉLIBÉRÉ DE MONSANTO ?

Résumons-nous ! Les OGM sont exclusivement faits pour contenir des pesticides et même, dans la grande majorité des cas, pour absorber le principal pesticide au monde – le Roundup – qui peut, à lui seul, engendrer des pathologies hépatorénales graves et des tumeurs mammaires. Que l’OGM soit un réservoir à pesticides est précisément ce qui permet à la firme qui le fabrique de le valoriser financièrement car cette firme est aussi une des plus grandes vendeuses de pesticides au monde ! Rappelons également que c’est parce que Monsanto a réalisé d’importants bénéfices grâce au Roundup que la firme a pu investir dans les OGM. Tout cela remet gravement en cause le modèle agricole conventionnel dont les OGM sont le fleuron. Les conclusions de l’étude du professeur Séralini ébranlent considérablement le modèle de l’agriculture intensive car le « système OGM » lui permet de simplifier les méthodes culturales en surutilisant les pesticides.
« A ce jour, notre étude de 2012 est la seule au monde qui a été mieux faite que celles des industriels, dit le professeur Séralini ! Ce qui est le plus surprenant, et qui montre que nous avons raison, c’est qu’ils clament maintenant que ce que nous avons fait est horrible et ne tient pas debout. Mais eux-mêmes ne montrent jamais ce qu’ils ont fait pour démontrer que leur produit est sain et peut être mis sur le marché. Ils ne le font pas car cela montrerait toute leur impuissance à prouver que ce qu’ils fabriquent est sain. En fait, leurs études sont considérablement limitées : trois mois avec seulement deux prises de sang, alors que nous avons démontré qu’on ne pouvait rien voir dans un délai aussi court et qu’il fallait attendre au moins un an pour que des tumeurs apparaissent en nombre. Tout le monde se rend bien compte que cela ne tient pas debout ! Le vrai problème auquel nous sommes confrontés est que les industriels ne s’appliquent pas à eux-mêmes les exigences qu’ils réclament pour nous. Si nous leur appliquions les critiques qu’ils nous font, il serait impossible d’autoriser le moindre OGM. Il faut donc que le public s’interroge : pourquoi les gens de Monsanto refusent-ils de donner les tests qu’ils ont eux-mêmes réalisés, pour le Roundup par exemple ? Personne n’en dispose ; aujourd’hui, c’est un secret industriel de rendre publiques les analyses de sang de rats qui ont reçu du Roundup. Cela n’a sans doute jamais été fait. Cela me paraît scandaleux… »
Mais, professeur Séralini, serions-nous dans une situation comparable à celle de l’industrie du tabac qui, dans les années cinquante, connaissait parfaitement la toxicité de ses produits ? Est-ce que Monsanto connaît aujourd’hui la toxicité rélle du Roundup et ment sciemment au monde entier ?
« Ces entreprises, répond Gilles-Eric Séralini, sont de véritables araignées où il n’y a nulle part de connaissance globale. Il n’y a, chez aucun des employés, de conscience générale de ce qu’ils font : tout est secret, tous les dossiers sont parcellarisés… Que quelques personnes chez Monsanto disposent d’une vision globale ? Oui, c’est certainement le cas, et il faudrait pouvoir leur poser, à eux, la question du mensonge. Du reste, il faut bien se rendre compte de la part d’ignorance et de méconnaissance du sujet qui prévaut généralement dans une grande multinationale telle que celle-là. Nous avons recueilli des témoignages d’anciens de chez Monsanto qui n’avaient pas accès aux données ; seule une personne des autorités réglementaires dispose de cet accès, via le chargé des affaires réglementaires, mais ces gens ne comprennent pas la lecture du dossier scientifique. Donc, évoquer Monsanto, c’est un peu comme évoquer une pieuvre : nul ne sait pas d’où part vraiment l’influx nerveux, et ce n’est d’ailleurs peut-être pas de la tête qu’il vient. Il s’agit d’une industrie de guerre qui a un très lourd passif ; elle a fabriqué les premiers pesticides, le funeste agent orange ou les polluants toxiques PCB… Les citoyens du monde sont donc face à une pieuvre ignorante qui considère comme secrets industriels les analyses de sang de pauvres rats qui auraient reçu des doses environnementales de Roundup… »

VERS UN NOUVEAU PARADIGME SANITAIRE

Le monde médical, et la société en général, comprend les risques biologiques – les virus, les bactéries, etc. – mais ne comprend toujours pas les risques chimiques. Or si les effets d’expositions aux produits chimiques sont généralement limités à court terme – quelques allergies, peut-être -, leurs effets à long terme peuvent être désastreux avec toutes les maladies chroniques de la communication cellulaire : cancers, maladies nerveuses – maladie de Parkinson et maladie d’Alzheimer, mais aussi dépressions -, instabilités nerveuses, maladies auto-immunes, maladies hormonales – diabète, maladies thyroïdiennes, maladies des glandes surrénales, etc. Voilà pourquoi Gilles-Eric Séralini, notamment à travers son dernier livre intitulé 
Tous cobayes !, préconise aujourd’hui un nouveau paradigme sanitaire.
« Ces maladies explosent dans nos les familles, déplore-t-il. Si vous prenez les dix personnes que vous aimez le plus, je crains hélas que certaines souffrent de ces maladies de manière chronique et aient besoin de traitements quasiment à vie. On les nomme maladies de la communication cellulaire car les perturbateurs hormonaux et nerveux jouent le rôle de sable disséminé un peu partout dans notre corps. Et c’est précisément ce que favorise la consommation des OGM : les résidus chimiques qu’ils stockent s’infiltrent comme du sable partout dans l’organisme. Malheureusement, les perturbations combinées, à long terme, ne se voient pas en épidémiologie : les agents responsables ne sont pas aisés à tracer – personne ne s’amuse à aller les mesurer dans les morgues des hôpitaux – et l’on ne peut pas non plus s’assurer que telle maladie a tel profil à cause de tel ou tel pesticide car, comme il s’agit de sable dans le système, le jeu aléatoire des combinaisons peut aboutir à des tas des choses très différentes. A long terme, c’est un peu comme les substances qui bouchent le filtre de votre robinet. Imaginez cinquante ou cent saletés qui empêchent l’eau de couler dans votre évier ; ceci représente à peu près le nombre des polluants – présents dans toutes les formes de vie – qui n’existaient pas avant la Seconde Guerre Mondiale : ce sont, en gros, les résidus chimiques du pétrole et du plastique. Donc, si le filtre de votre robinet est bouché par cinquante ou cent saletés différentes, vous trouverez ridicule de chercher à savoir laquelle est responsable de quel symptôme précis. Vous trouverez cette question inappropriée, et c’est exactement la même chose dans le cas des maladies de la communication cellulaire. Ce qui n’exclut nullement qu’on n’arrive pas à recréer l’ensemble de ces maladies chroniques chez des rats de laboratoire : c’est ce que nous avons fait avec les OGM et les pesticides…
Quant à la question des abeilles, elle procède d’une cause identique : une énorme crise de la biodiversité qui voit disparaître 20 à 30% des espèces. Les abeilles – qui sont, bien sûr, une espèce extrêmement utile – font malheureusement partie du lot. Les causes sont sans doute multiples et variées mais elles sont toujours dues aux polluants dont certaines insecticides comme, par exemple, l’imidaclopride, etc. Mais cela reste un parmi tant d’autres… Nous perdons énormément d’abeilles mais je dirais – extrêmement malheureusement – que c’est tout-à-fait commun dans la perte globale de biodiversité : nous perdons tout autant de poissons, de mammifères, d’insectes en général… Et même de microbes du sol. Dans ma région de Normandie, les microbes qui ont fait nos fromages symboliques – le Camembert, le Pont-l’évêque ou le Livarot – ne se trouvent plus dans la nature. Il faut les rajouter en ampoules dans du lait pasteurisé ! Les antibiotiques, dans les fermes, et les pesticides, dans les champs, ont totalement détruit ces sympathiques petites bêtes… »

UNE HONTE SCIENTIFIQUE ET SANITAIRE !

La mise sur le marché des pesticides les plus dangereux reste confiée à des cénacles d’experts sous influence de l’industrie. La question des abeilles – voir le dossier de Valériane n°102 – nous l’a suffisamment montré.
« Et ces cénacles ne font rien, s’insurge Gilles-Eric Séralini ! Je veux dire par là qu’ils ne font jamais le moindre test eux-mêmes ; c’est l’industrie qui fait tout et il y a déjà là un biais majeur qu’on laisse faire depuis cinquante ans. De plus, ces tests ne sont absolument pas transparents pour la communauté scientifique. Il suffirait pourtant d’enlever leurs codes d’accès sur Internet pour qu’ils le soient ! Une réelle expertise contradictoire serait alors possible et un réel débat scientifique pourrait enfin naître. Cette absence de transparence, je pèse mes mots, est une vraie honte scientifique et sanitaire. Je connais fort bien ces cabinets d’experts pour en avoir été durant neuf ans : ils sont composés de gens – comme cela a été montré dans le cas de l’EFSA (4) – qui sont trop souvent au cœur de véritables conflits d’intérêts. Ce système est inacceptable et je crois qu’il va craquer, un jour ou l’autre, que le grand public va enfin comprendre que les affaires du Mediator, du sang contaminé ou de l’amiante ne sont que les parties émergentes d’énormes icebergs. Mais ne vivons-nous pas dans une société qui se préoccupe exclusivement d’effets à court terme ?
Il faut donc absolument réveiller le citoyen, lui dire que des solutions existent et qu’elles sont nombreuses, l’exhorter à ne plus laisser faire ce système et à le forcer à travailler en toute transparence. Il doit comprendre qu’aujourd’hui le bien public n’est plus assuré car on refuse d’envisager les risques à long terme des produits qu’on met sur le marché, et qu’on ne pourra le faire que grâce à des expériences telles que la nôtre. Il faut aussi lui donner les solutions pour se détoxifier, avec les plantes notamment, que je décris dans mon livre intitulé Nous pouvons nous dépolluer ! Des solutions écologiques et éco-citoyennes sont à portée de main mais on répugne à les mettre en œuvre, tout simplement parce que le système économique est orienté vers le court-termisme et externalise toutes les évaluations à long terme… Mais les prises de conscience sont là et des solutions existent. »

NOTES :

  • (1) Long term toxicity of a Roundup herbicide and a Roundup-tolerant genetically modified maize, G.-E. Séralini et al. Food and Chemical Toxicology, Vol. 50, Issue 11, Novembre 2012, pp. 4221-4231
  • (2) Gilles-Eric Séralini répond aux critiques de ses détracteurs : http://gmoseralini.org/wp-content/uploads/2013/01/Seralinial-AnswersCritics-FCT_2013.pdf
  • (3) Cytotoxicity on human cells of Cry1Ab and Cry1Ac Bt insecticidal toxins alone or with a glyphosate-based herbicide, Journal of Applied Toxicology, Vol. 33, Issue 7, Juillet 2013, pp. 695-699
  • (4) Nous avons déjà évoqué le rôle que joue l’EFSA (Autorité Européenne de Sécurité Alimentaire) en matière d’agrément de pesticides : voir notamment l’article de Janine Kievits, Autorisation des pesticides : cherchez l’expert, il est bien caché…, paru dans Valériane n°87, de janvier / février 2011. Dans Tous cobayes !, Gilles-Eric Séralini consacre plusieurs pages à décrire les conflits d’intérêts qui ont concerné de hauts responsables l’EFSA : Harry Kuiper, Suzy Renckens, Diana Banati, etc.

POUR ALLER PLUS LOIN :

  • Gilles-Eric Séralini, Tous cobayes !, éditions Flammarion, Champs actuel, 2012 (sur sa longue expérience, récente)
  • Jean-Marie Pelt et Gilles-Eric Séralini, Après nous, le déluge ?, éditions Flammarion, Champs Sciences, 2008
  • Gilles-Eric Séralini, Ces OGM qui changent le monde, éditions Flammarion, 2010
  • Gilles-Eric Séralini, Nous pouvons nous dépolluer !, éditions Josette Lyon, 2010
La Commission européenne contrainte d'autoriser la culture du maïs TC1507

Le 16 janvier dernier, le Parlement européen avait demandé au Conseil des ministres européen de voter contre l’autorisation à la culture du maïs OGM TC1507 de Pioneer Hi-Bred. De nombreux citoyens s’étaient également exprimés contre cette autorisation.

Ce 11 février aucune majorité qualifiée n’a été atteinte afin de voter pour ou contre la proposition d’autorisation à la culture de ce maïs. Dix-neuf Etats membres ont voté contre : la France, la Grèce, l’Autriche, la Bulgarie, la Croatie, Chypre, le Danemark, l’Irlande, la Hongrie, l’Italie, la Lituanie, le Luxembourg, Malte, la Pologne, la Roumanie, la Slovénie, les Pays-Bas et la Lettonie. Cinq pays ont votés pour : l’Espagne, la Finlande, la Grande-Bretagne, l’Estonie et la Suède. Quatre se sont abstenus : le Portugal, l’Allemagne, la République tchèque… et la Belgique !

Les règles de proportionnalité des votes au sein du Conseil font que le vote n’est pas qualifié. Suivant la procédure en vigueur, le dossier d’autorisation retournera donc à la Commission européenne qui est, à présent, contrainte d’autoriser la culture de ce maïs… à moins de se mettre elle-même dans l’illégalité !

Rappelons que ce maïs est tolérant au glufosinate et que l’autorisation du glufosinate court jusqu’à octobre 2017, date à laquelle une réévaluation complète de ce produit sera indispensable en cas de nouvelle demande d’autorisation. Le glufosinate étant classé comme produit toxique pour la reproduction, une très forte probabilité existe – en vertu du règlement européen 1107/2009 – qu’il ne soit jamais réautorisé ! Autrement dit, la Commission est aujourd’hui contrainte d’accepter un OGM totalement inutile ! Une autorisation contre l’avis du plus grand nombre, voilà où nous mènent les atermoiements de nos politiques… à quelques semaines des élections européennes ! Belle opération de propagande pour les OGM !

A quoi rime la position d’un pays qui, comme la Belgique, choisit de s’abstenir alors que la très grande majorité de ses concitoyens s’opposent clairement aux OGM ? S’abstenir, en l’occurrence, c’était voter pour !

Pourquoi la Belgique s’est-elle abstenue ?

« Si vous ne votez pas contre, alors vous êtes pour », c’est par cette phrase que le commissaire européen à la Santé Tonio Borg a ouvert le débat hier, concernant le maïs TC1507, invitant les États à prendre leurs responsabilités dans cet épineux dossier.

19 pays contre, 5 pour et 4 absentions… 
Hier lors du vote concernant le maïs OGM TC 1507, la majorité des états se sont clairement positionnés contre, le constat semblait donc unanime. Pourtant, c’est bel et bien une décision d’autorisation du maïs TC1507 qui ressort du Conseil des ministres. Pourquoi ? Parce que les rouages des instances européennes sont ce qu’ils sont. En effet, pour refuser cette demande, une majorité simple ne suffisait pas, elle devait être qualifiée sans quoi la demande était automatiquement acceptée. En d’autres termes, les opposants à ce nouveau maïs transgénique ne totalisaient que 210 voix alors qu’il en aurait fallu 260… quand les abstentions elles, comptabilisaient 65 voix ! 

En gros, comme le soulignait très justement la députée européenne Corinne Lepage sur Twitter « 3 États pour imposent leur choix aux 25 autres, au Parlement et à 500 millions de personnes ! Est-ce normal? ».
Non, cela ne l’est pas ! Mais que dire dès lors de l’abstention de la Belgique ?
Pourquoi notre pays s’est-il abstenu dans un dossier pour lequel la majorité de nos citoyens se sont toujours prononcés contre les OGM ? Pourquoi Mesdames Onkelinx et Laruelle et Monsieur Wathelet n’ont-ils pas entendu l’appel des 1.500 personnes ayant signé la pétition de Nature & Progrès ? 
Rappelons que ce maïs est tolérant au glufosinate, un pesticide dont l’autorisation court jusqu’à octobre 2017, date à laquelle une réévaluation complète de ce produit sera indispensable en cas de nouvelle demande d’autorisation. Le glufosinate étant classé comme produit toxique pour la reproduction, une très forte probabilité existe – en vertu du règlement européen 1107/2009 – qu’il ne soit jamais réautorisé ! Autrement dit, la Commission est aujourd’hui contrainte d’accepter un OGM totalement inutile ! Une autorisation contre l’avis du plus grand nombre, voilà où nous mènent les atermoiements de nos politiques… à quelques semaines des élections européennes ! Belle opération de propagande pour les OGM !
Au nom des 1.500 personnes ayant signé cette pétition, Nature & Progrès demande aux Ministres d’expliquer les raisons qui ont motivé l’abstention de la Belgique sur ce dossier.

Pour toute information complémentaire ou interview:

Marc Fichers
0473/65.36.32
marc.fichers@natpro.be

Courrier de Nature & Progrès aux Ministres

5100 Jambes, le 12 février 2014

Madame Laurette ONKELINX
Vice-Première Ministre et Ministre des
Affaires sociales et de la Santé publique, 
Chargée de l’Intégration sociale
Rue Ducale 59-61
1000 BRUXELLES

Madame Sabine LARUELLE
Ministre des Classes moyennes, des PME, des Indépendants et de l’Agriculture
Avenue de la Toison d’Or, 87
1060 BRUXELLES

Monsieur Melchior WATHELET
Secrétaire d’Etat à l’Environnement, à 
l’Energie et à la Mobilité, adjoint à la Ministre 
de l’Intérieur et de l’Egalité des chances, et 
Secrétaire d’Etat aux Réformes 
institutionnelles, adjoint au Premier Ministre
Rue de la Loi 51
1040 BRUXELLES

Concerne : copie du courrier envoyé à Monsieur Benoit Lutgen – Président du CDH, Monsieur Charles Michel-Président du MR, Monsieur Paul Magnette-Président du PS, Madame Emily Hoyos et Monsieur Olivier Deleuze- co Présidents d’Ecolo

Objet : le maïs génétiquement modifié TC 1507.

Madame la Ministre,
Monsieur le Ministre,

Ce mardi 21 février, la demande d’autorisation du maïs TC1507 a été acceptée lors du Conseil des ministres européen.

La Belgique, consciente qu’une abstention équivaudrait à voter pour la proposition, a fait partie des 4 pays qui se sont abstenus dans ce dossier, validant de la sorte cette demande.

En décembre dernier, Nature & Progrès lançait une pétition, signée par plus de 1.500 personnes. Le 11 décembre, nous vous faisions part des 1.325 signatures déjà recueillies vous demandant de refuser cette demande d’autorisation. Le 6 février, nous vous informions des 200 signatures supplémentaires par courrier également. Aucune réponse à ces courriers ne nous est parvenue à ce jour et nous ne pouvons que constater suite au vote que notre appel et celui des citoyens n’a pas été entendu.

C’est pourquoi, nous vous interpellons à nouveau et vous demandons de nous expliquer les raisons de cette abstention. Les citoyens doivent savoir !

En vous remerciant déjà de l’attention que vous voudrez bien porter à ce courrier, nous vous prions de croire, Madame la Ministre/Monsieur le Ministre, à l’expression de notre haute considération.

Marc FICHERS
Secrétaire Général
Nature & Progrès

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