Pesticides et santé : sortir de l’omerta et protéger les victimes

Carte blanche

Ce 13 octobre, des victimes de pesticides réunies à l’Université de Liège en présence d’étudiant·es et de citoyen·nes inquiet·es, ont témoigné des ravages des pesticides sur la santé et appelé à briser l’omerta pour sortir des pesticides. 

Chaque jour en Belgique, des agriculteurs épandent des molécules chimiques dans les champs et sur nos aliments. À proximité, les riverain·es et personnes vulnérables absorbent ces substances au quotidien. Malgré les impacts sanitaires avérés, l’État reste muet et les victimes invisibilisées. Ce silence assourdissant n’est plus soutenable.

Dans le cadre du projet « Assiettons-nous ! », du passage en Belgique de « L’Odyssée pour notre santé » (mouvement européen porté par des mutualités) et des actions du collectif naissant « Demain sans pesticides ! » (tous les 13 du mois), ce 13 octobre, les liens entre les questions d’agriculture, d’alimentation et de pesticides ont été explorés à travers des témoignages. Face aux sentiments d’indignation, de colère et d’inquiétude suscités par les constats sur cet empoisonnement généralisé, des propositions et des demandes concrètes ont aussi été formulées pour briser le tabou, affranchir notre agriculture et notre alimentation des pesticides, et faire converger les luttes.

Reconnaissance des victimes professionnelles : l’angle mort belge 

Pendant des décennies, le doute a servi de bouclier. Ce doute n’a plus lieu d’être. L’expertise scientifique de l’Institut pour la santé et la recherche en France (INSERM – 2021) confirme le lien causal entre exposition aux pesticides et maladies graves : Parkinson, cancers, lymphomes, troubles du développement et leucémies infantiles.

Pour garantir l’indemnisation des victimes, la France a reconnu l’existence de maladies professionnelles et créé un fonds d’indemnisation pour les victimes. L’Italie, l’Allemagne et les Pays-Bas ont également adapté leur législation pour protéger leurs agriculteurs.

En Belgique ? Silence radio. La charge de la preuve repose entièrement sur des malades isolés. Pour FIAN Belgique, ce déni viole les droits humains et bloque une transformation juste de notre système alimentaire.

Une protection des riverains en trompe-l’œil 

Les riverain·es sont également frappé·es. En Wallonie, des zones tampons ont été arrêtées pour protéger des publics vulnérables, mais elles ne visent que certains lieux spécifiques : écoles, hôpitaux… Mais qu’en est-il dès qu’un enfant ou une femme enceinte franchit le seuil de son domicile ? Chez eux, les citoyen·nes n’ont droit à aucune protection : ni distance de sécurité, ni avertissement préalable.

Pour justifier l’inaction, l’homologation légale des produits a bon dos. Les pesticides sont soumis à une évaluation des risques, précédant leur mise sur le marché. C’est oublier que le chlordécone, le DDT ou les néonicotinoïdes aujourd’hui interdits ont, au préalable, été autorisés. L’évaluation des risques des pesticides ignore l’exposition chronique à faibles doses et les « effets cocktail ». Les substances sont souvent prolongées des années dans l’attente de résultats d’études sur le caractère de perturbateur endocrinien. Autant de trous dans la raquette qui laissent sur le marché des pesticides dangereux.

Prévenir plutôt que subir : accéder à une alimentation saine et soutenir la transition 

Ce déni a un coût humain dramatique et des conséquences financières inacceptables : le coût sanitaire de l’agrochimie est directement reporté sur notre système de sécurité sociale et sur les citoyens. Si, en Wallonie, le Ministère de l’Environnement mène un combat de longue haleine – qu’on espère voir aboutir – pour obtenir la protection de nos ressources en eau des pesticides, la protection directe de la santé humaine ne peut pas pour autant être laissée de côté.

Des solutions concrètes existent. De l’urgence de développer les « ordonnances vertes » (paniers bio prescrits aux publics vulnérables) au soutien à une Sécurité Sociale de l’Alimentation, autant de propositions fortes débattues lors de notre rencontre ce 13 octobre. Mais ce droit à la santé exige plus largement une transformation de nos modes de production, car la dépendance aux pesticides de synthèse n’est pas une fatalité !

La santé des agriculteurs et celle des consommateurs sont indissociables. Il ne s’agit en rien de les opposer. L’agriculture biologique et nos agriculteurs bio démontrent qu’on peut produire une nourriture abondante et rentable sans pesticides chimiques.

Et pourtant, l’Europe négocie aujourd’hui une dérégulation de pesticides qui les maintiendra encore plus longtemps dans nos champs et dans nos assiettes (Omnibus X Food and Feed).

Au terme de cette journée de témoignages et d’échanges, les signataires de cette carte demandent instamment aux décideurs politiques fédéraux et régionaux de :

  • Interpeller l’UE pour suspendre les négociations sur l’Omnibus X qui affaiblit le cadre de mise sur le marché des pesticides.
  • Reconnaître et indemniser les malades des pesticides, à commencer par les professionnels de l’agriculture.
  • Offrir une réelle protection des riverain·e·s et publics vulnérables en instaurant des zones tampon obligatoires autour des parcelles domiciliaires.
  • Généraliser les outils de prévention en santé publique, tels que les ordonnances vertes et le soutien aux expérimentations de sécurité sociale de l’alimentation.
  • Réorienter les fonds publics pour un soutien prioritaire à l’agriculture et l’alimentation biologique.

Un texte écrit par Virginie Pissoort, Nature & Progrès avec le soutien du collectif « Demain sans Pesticides! « 
Premiers Signataires :
Louisa Lausch – FIAN, Magali Guyaut – Collectif 5C, Zoe Genot – TEV,  Christelle Gilet – Université de Liège, Martin Rieussec – Mutuelles pour une santé planétaire, Thierry Van Hentenryk – UNAB, Pierre Ozer – Université de Liège

Soutenez-nous en signant vous aussi la carte blanche!

Pesticides et santé : sortir de l’omerta et protéger les victimes

Alors que la science alerte et que nos voisins agissent, la Belgique ferme les yeux sur les victimes des pesticides. Ce 13 octobre, des riverain.es, citoyen.ne.s et agriculteur.rice.s brisent l'omerta pour exiger une vraie protection contre les pesticides.

Alors que l’Europe négocie une dérégulation en matière de pesticides qui les maintiendra encore plus longtemps dans nos champs et dans nos assiettes (Omnibus X Food and Feed), au terme de cette journée de témoignages et d’échanges, nous demandons instamment aux décideurs politiques fédéraux et régionaux :

  1. D’interpeller l’UE pour suspendre les négociations sur l’Omnibus X qui assouplit les règles de mise sur le marché des pesticides.
  2. La reconnaissance automatique et l’indemnisation des maladies professionnelles liées aux pesticides pour le secteur agricole (à commencer par Parkinson, les cancers du sang et le cancer de la prostate), à l’instar du modèle français.
  3. Une réelle protection des riverain.e.s et publics vulnérables, par l'application stricte de la directive européenne SUD : instauration de zones tampon obligatoires autour des parcelles domiciliaires, informations préalables obligatoires avant épandage et contrôle effectif des zones tampons existantes pour les lieux accueillant le grand public et les groupes vulnérables.
  4. L’établissement d’un cadastre transparent d’utilisation des pesticides et le lancement d'un programme d'épidémiologie sanitaire indépendant.
  5. La généralisation d'outils de prévention en santé publique, tels que les ordonnances vertes prescrites par le corps médical, et le soutien aux expérimentations de sécurité sociale de l’alimentation.
  6. Un plan de soutien massif et prioritaire à la transition agroécologique et bio, condition indispensable pour protéger durablement la santé de ceux qui produisent notre nourriture comme de ceux qui la consomment.

Soutenez-nous en signant vous aussi la carte blanche!

 


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