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Voici tout juste un an que le Réseau RADiS a vu le jour. Cette initiative portée par Nature & Progrès et la Fondation Cyrys a pour objectif d’encourager le développement de l’agriculture biologique et solidaire en région dinantaise. La participation est au cœur de ce projet très ambitieux. Levons le voile sur les premiers travaux du groupe « alimentation solidaire ».

Par Sylvie La Spina

Introduction

Le groupe thématique « alimentation solidaire » est constitué d’une trentaine de personnes : citoyens, producteurs et structures sociales actives dans la région dinantaise. Son ambition ? Assurer le caractère solidaire des filières mises en place dans le cadre du Réseau RADiS. La construction des filières alimentaires repose en général sur des critères techniques et économiques. La volonté de notre Réseau est d’assurer également la prise en compte sociale, pour une alimentation bio et locale accessible pour tous.

Dès début de cette année, afin de co-construire des bases de travail solides, le groupe « alimentation solidaire » s’est lancé dans la définition de ses bases de travail. Ces travaux préliminaires indispensables visent à s’accorder sur ce que les participants entendent par alimentation de qualité, solidarité, et à définir ce qu’ils souhaitent mettre en place, et comment. Voici le fruit de ces échanges.

Une alimentation de qualité accessible pour tous

Qu’est-ce qu’une alimentation de qualité ? Grâce à la construction participative d’un nuage de mots, nous avons souligné les besoins fondamentaux auxquels l’alimentation devrait répondre : des besoins nutritionnels – santé -, sociaux – partager un repas -, hédoniques – le plaisir de manger -, idéologiques – exprimer ses convictions, le bio et le local, par exemple – et culturels. Les facteurs qui peuvent limiter l’accès à cette alimentation ont aussi été identifiés. On pense en premier à l’argent – le prix – mais il s’agit aussi de tout ce qui est nécessaire pour faire ses courses, cuisiner, jardiner… Par exemple, le temps disponible, la capacité physique – santé -, l’estime de soi – motivation -, le savoir-faire – compétences, connaissances -, les infrastructures – cuisine, espaces de stockage, jardin… -, la mobilité ou encore l’accès à l’information – où trouver les produits bio et locaux que je recherche.

A travers un jeu de rôle, les participants du groupe se sont mis dans la peau de différents profils de personnes en situation fragile – famille monoparentale, pensionné isolé, étudiant, chômeur de longue durée… – et ont testé différents types de solutions – colis alimentaires, épicerie sociale, jardins partagés, création d’emploi… La conclusion de cet exercice fut la suivante : il existe une diversité de situations et aucune solution n’est universelle ! Cette complexité doit être prise en compte dans les travaux du groupe.

Mais qu’est-ce que la précarité ? Définie comme l’incertitude, pour une personne, de conserver ou de récupérer une situation acceptable dans un avenir proche, cette précarité peut prendre différentes formes : financière, sociale – isolement, exclusion… -, médicale – difficulté d’accès aux soins de santé… -, technologique – zones blanches… -, énergétique, liée à la mobilité… Pour la définition du terme « solidarité », par contre, le nuage de mots fut très explicite, avec une mise en avant de l’entraide, du soutien, de la coopération, du partage, de l’égalité, ensemble… La solidarité va donc bien plus loin que la question financière, il s’agit aussi de donner de la confiance et de l’estime de soi à des personnes vivant des moments de vie difficiles.

Des critères pour des actions solidaires

Une fois ces concepts posés, le groupe a travaillé sur la définition de critères permettant d’évaluer des pistes d’actions solidaires. Grâce à ces critères, il est alors possible de se positionner ensemble sur les idées d’actions, grâce à des valeurs communes. Sept critères ont ainsi été définis.

Les trois premiers permettent de qualifier la qualité sociale de l’action. Le caractère participatif – par opposition à une action paternaliste et « infantilisante » – assure l’implication des personnes dans la définition même et la mise en place des actions. Ne travaillons pas hors-sol ! A travers cette participation, on peut augmenter les chances d’obtenir une cohérence des actions et leur utilisation par les personnes fragiles. Le caractère inclusif – par opposition à tout ce qui est discriminant et stigmatisant – assure l’accès pour tous aux actions, assure que tous les publics puissent préalablement se sentir concernés. Enfin, le critère « renforcer l’autonomie » – par opposition à assistanat et palliatif – propose que les actions donnent toutes les clés pour retrouver confiance et estime de soi, et se sentir capable de se reprendre en mains.

Les critères suivants sont relatifs à l’impact – notamment en termes de nombre de personnes impliquées et de leurs diversités de situations -, à la pérennité de l’initiative et de ses actions – par opposition aux accès à durée limitée – et, enfin, à la durabilité écologique, économique et sociale de l’action. Le septième critère enfin balise les idées, dans le cadre du Réseau RADiS, soit la construction de filières bio et solidaires sur le territoire d’action défini. Voici maintenant le groupe armé pour évaluer, nuancer et valider des idées d’actions solidaires.

Quelle participation des personnes fragiles ?

Lors de cette même réunion, la question de la participation des publics fragiles a été soulevée. Allons-nous les inviter aux travaux de notre groupe thématique, à nos réunions ? Pourrons-nous assurer cette mixité, sommes-nous capables de travailler en direct avec des personnes en situation précaire ? Ne se sentant pas compétents pour gérer une telle mixité et ses difficultés potentielles, les participants du groupe ont opté pour une représentation indirecte des publics-cibles, notamment via les acteurs sociaux du territoire. Ces derniers travaillent au quotidien avec les personnes concernées, et peuvent donner un avis éclairé sur les idées d’action et, en parallèle, impliquer leurs publics dans le Réseau RADiS. Certains de ces acteurs ont même rejoint le groupe, dès son démarrage, avec une motivation enthousiasmante.

Mais qui est donc notre public-cible ? Allons-nous nous focaliser sur certaines formes de précarité ? Le groupe préfère rester très ouvert et agir avec le plus grand nombre, tout en ayant une attention particulière pour différents publics. En fonction de leurs affinités, les citoyens et les producteurs ont identifié des publics pour lesquels ils peuvent porter une attention particulière. Béatrice, productrice de fraises, choisit entre autres les personnes handicapées, ayant une expérience familiale, Jean, maraîcher, choisit également les personnes pensionnées, étant souvent en contact avec elles, Olivier, représentant les Îles de Paix, choisit aussi entre autres les personnes réfugiées et les jeunes…

Le témoignage d’Aliz, notre stagiaire

Aliz, stagiaire du Réseau RADiS entre avril et juillet, a identifié et contacté les quelques deux cent cinquante acteurs sociaux actifs sur le territoire dinantais. Grâce à de nombreux contacts et à des interviews, elle a pu réaliser un diagnostic social du territoire, et motiver de nombreux acteurs à rejoindre la dynamique du Réseau.

« Les entretiens que j’ai eu l’occasion de réaliser m’ont permis de mieux comprendre le contexte territorial et social dans lequel s’inscrit le réseau RADiS et de me rendre compte de certaines réalités sur un territoire assez contrasté.

Pour commencer, les acteurs et actrices semblent s’accorder sur le fait qu’il est essentiel de travailler sur l’alimentation car « […] c’est la base, tout le monde mange et cela a beaucoup d’implications dans tous les aspects de la vie (travail, environnement, …) » – Delphine Claes, directrice du CPAS de Dinant. L’alimentation est donc une thématique qui revient dans beaucoup de projets. Mais c’est également un sujet à traiter avec beaucoup de délicatesse car « Le rapport à la nourriture c’est de l’intime […] » – Virginie Want directrice de l’AMO Globul’in, service d’Action aux jeunes en Milieu Ouvert. S’intéresser à l’alimentation d’une personne c’est donc toucher à sa vie intime, c’est rentrer chez elle.

Tous les entretiens se rejoignent également sur le fait que la mobilité est un enjeu important pour le territoire rural sur lequel est implanté le réseau RADiS. Un enjeu qui, lui aussi, influencera de nombreux aspects de la vie quotidienne en limitant l’accès à de nombreux services pour certaines personnes : «[…] pour tous les projets c’est vraiment quelque chose de très important, on ne peut pas penser un projet sans penser mobilité sinon forcément on exclut toute une partie de la population » – Monique Couillard-De Smedt, membre du groupe local Pays des Vallées d’ATD Quart Monde Wallonie-Bruxelles. Bien conscientes de ce problème, les communes ont développé des solutions pour renforcer la mobilité, en se reposant notamment sur des services d’aides bénévoles. Cependant, des difficultés persistent : « Il faut se préparer 48h à l’avance, il faut pouvoir sortir les sous, il faut qu’il y ait un bénévole disponible et puis pas le soir, pas le week-end, et puis pour certains, les raisons sont bien définies » – Monique Couillard-De Smedt.

Plusieurs structures ont également souligné l’intérêt de créer des lieux conviviaux d’échange et de partage « […] ils viennent surtout pour la compagnie, il s’agit surtout d’un lieu de rencontre, ce sont beaucoup des gens qui souffrent de la solitude » – Thérèse de Biourge, bénévole au Bar à Soupe de Dinant. Mais ils ont également fait remarquer l’importance de redonner confiance aux personnes en montrant qu’elles sont capables : « […] quand tu vis la honte dans tout ton milieu depuis l’enfance, tu as intégré que t’es nul et coupable. Donc il faut que les personnes exclues puissent changer leur propre vision des choses et il faut faire changer la vision des autres. Parce qu’à partir du moment où ceux-ci se disent « ce ne sont pas des nuls, ce sont des gens intéressants qui peuvent donner beaucoup à la société », il y a plein de possibilités qui s’ouvrent » – Monique Couillard-De Smedt.

Pour finir, la solidarité concerne tout un chacun et elle devrait, dans l’idéal, aller dans les deux sens : « […] que tout le monde soit sur le même pied. On le fait ensemble pour tout le monde, par tous pour tous » – Sandrine De Vreese, coordinatrice de la cellule de Dinant de l’asbl Article 27. Le réseau a donc choisi de travailler avec le plus grand nombre de personnes et de réalités différentes tout en portant une attention particulière aux plus fragiles car comme le souligne Monique Couillard-De Smedt : « Quand tu veilles à ce que ceux qui ont le plus de difficultés aient leur place, c’est tout à fait possible que les autres l’aient aussi, tandis que le contraire n’est pas vrai. »

Néanmoins, le travail en direct avec certaines personnes en difficulté n’est pas toujours facile et demande certaines compétences spécifiques en termes de techniques d’animation : « l’animation ça va, mais pas de trop, il y a plein de mots qu’il ne faut pas dire, leur demander leur avis ça ils aiment bien, ça fonctionne… » – Christine Longrée, administratrice déléguée et responsable pédagogique de l’asbl Dominos LA FONTAINE. C’est pourquoi le réseau a opté dans un premier temps pour une participation indirecte en passant par les structures sociales sur les six communes. »

Tous ces éléments sont – ou devront – être pris en compte lors de la définition des actions par le groupe thématique « alimentation solidaire » afin que ces dernières correspondent au maximum aux situations vécues au sein du territoire. Et comme l’explique Christine Longrée, « C’est peut-être l’occasion, c’est une innovation ce réseau RADiS qui se met en place, de trouver des moyens pour pouvoir créer du plaisir dans le travail et d’avoir une approche différente. »

Première définition des actions du groupe

Les idées d’actions furent définies lors de la troisième réunion du groupe « alimentation solidaire », début juin. Elles sont pour le moment au nombre de trois. Dans le cadre du développement de la filière fruits et légumes bio, le groupe a choisi de travailler sur l’accueil social à la ferme. Ce concept vise à permettre à des personnes en situation difficile de passer du temps en ferme, en compagnie d’un producteur, pour changer d’air, découvrir autre chose, se ressourcer au contact des cultures et des animaux, découvrir et partager le quotidien et les travaux du producteur, échanger avec lui… Une structure sociale partenaire est impliquée pour assurer le bon fonctionnement de cet accueil.

Pour la filière céréales alimentaire bio, l’idée d’un four à pain mobile a soulevé l’enthousiasme de chacun. En plus d’être un outil de sensibilisation à la bonne farine – notamment notre future farine bio et locale des producteurs du Réseau RADiS, dès cet automne – et à la fabrication du pain, le four à pain mobile va à la rencontre des personnes et joue le rôle de créateur de liens. Un outil similaire, mis en place par le GAL Jesuishesbignon, est source d’inspiration… Et nous avons appris également qu’un four à pain mobile en dormance est présent sur le territoire !

Enfin, afin de renforcer les liens entre producteurs et citoyens, il a été décidé d’améliorer le référencement des producteurs bio du territoire et d’en assurer une bonne diffusion, afin que chacun puisse rentrer en contact avec eux et échanger sur leur travail et leurs productions… A suivre !

Pour aller plus loin…
https://www.reseau-radis.be/accueil/les-groupes-thematiques/alimentation-solidaire/