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Vu l’inconséquence et les mensonges obstinés de nos décideurs – pourquoi parler encore de “microfissures”, dans les cuves de Doel 3 et de Tihange 2, quand les plus grandes approchent les vingt centimètres ? – et l’allongement de la durée de vie de nos centrales – des décisions plus politiques que techniques ! -, l’attitude la plus raisonnable ne serait-elle pas de se préparer à survivre à un accident nucléaire grave ? En chérissant évidemment l’espoir que cela reste inutile… Mais sommes-nous vraiment prêts ? Y avons-nous seulement pensé ?

Par Fabrice de Bellefroid

Introduction

Dans la suite de la chaîne humaine du 25 juin 2017 qui relia Tihange à la frontière allemande, la locale des Amis de la Terre d’Esneux a invité la doctoresse Odette Klepper à partager son expérience sur les préparatifs que chacun devrait effectuer en prévision d’un possible accident nucléaire. Ezio Gandin, président des Amis de la Terre, introduisit la présentation en faisant le bilan de la situation, en Belgique, autour de la sortie du nucléaire. Remercions ici cette association pour le précieux apport qui a permis cette analyse.

Le danger du nuage radioactif

Seule la situation de première urgence sera abordée ici. Vivre sur un territoire contaminé exige des mesures d’une tout autre ampleur… et, probablement, une créativité infinie ! Enormément de cas de figures théoriques existent quant à ce type d’accident ; on nous le martèle à l’envi : “le risque zéro n’existe pas” ! Mais à quoi rime encore pareille tautologie – l’idée même de risque supposant le “pas zéro” – sinon à tout niveler et à nous dissuader de chercher à séparer ce qui est vraiment extrêmement dangereux de tout le reste, qui l’est – quand même ! – beaucoup moins ?

Vu qu’une centrale nucléaire est un endroit où une chaleur importante est produite par la réaction nucléaire – afin de produire de la vapeur d’eau actionnant des turbines qui font tourner un alternateur produisant finalement le courant électrique -, il y a de fortes chances que l’accident provoque un important dégagement de poussières radioactives. Et c’est ce nuage en mouvement qui sera dangereux pour les populations qui habitent “plus loin”, c’est-à-dire au-delà des très fortes contaminations qui pourraient être observées dans les environs immédiats. La radioactivité, c’est l’instabilité de noyaux atomiques qui se décomposent spontanément en d’autres particules et noyaux, en émettant de la radioactivité sous la forme d’au moins un des rayonnements alpha, bêta ou gamma.

Retenons – sans rentrer dans les détails médicaux des contaminations radioactives – que le graphique qui relie cette contamination à l’impact sur la santé prend la forme d’une droite à 45°. Ceci veut dire que, si la dose reçue est doublée, le risque de déclarer une maladie grave sera doublé lui aussi. Pour comprendre – autant que cela soit possible – cette donnée de façon positive, renversons la lecture et partons du principe qu’il faut tout faire pour minimiser la dose reçue et donc, par conséquent, minimiser le risque de maladie. Une attention toute particulière sera donc portée aux personnes les plus fragiles : les enfants et les femmes enceintes.

Que faire pour minimiser la contamination ?

Un long document est disponible, à ce sujet, auprès des services de l’État fédéral. Il détaille les procédures que les autorités doivent suivre, suivant les cas. Selon la gravité de l’accident et la force et la direction du vent, divers scénarios sont envisagés qui prévoient le confinement des habitants là où ils sont – écoles, lieux de travail… – ou pas, l’absorption de pilules d’iode ou pas, l’évacuation plus ou moins rapide ou pas… En cas d’accident, écouter la radio doit être privilégié pour suivre les recommandations des autorités ; pensez donc à vous procurer une radio fonctionnant sur piles car il est très possible qu’un accident grave ait pour conséquence une coupure du courant. Si le nuage de poussières contaminées vient vers vous, restez à l’intérieur de bâtiments en dur – un bloc de béton de vingt centimètres d’épaisseur arrête pratiquement tout le rayonnement dangereux -, dans des locaux avec peu de fenêtres, si possible, en plaçant du papier collant sur les joints des portes et des fenêtres. Prévoyez-en donc un stock largement suffisant !

Le bâtiment en question doit également être équipé pour permettre d’y rester… le temps nécessaire ! Songeons, par exemple, aux écoles dont le local le plus adapté est sans doute la salle de gymnastique mais où les toilettes… se trouvent dans un autre bloc ! Impossible d’en ressortir avec les enfants ! Un ravitaillement suffisant doit également être prévu, dans ce bâtiment, afin de tenir plusieurs jours. De nouveau, il faut sans doute éviter les aliments congelés puisque le risque de coupure de courant est important. Les denrées très stables seront privilégiées qui peuvent être stockées longtemps pour ne pas devoir les vérifier trop souvent : céréales, conserves… Chez nous, grâce à l’eau en conduites enterrées, rien de particulier ne semble devoir être prévu, dans un premier temps, concernant la boisson. Les écoles prévoiront des activités, des jeux pour distraire et occuper les enfants dans le local choisi…

Interpeller employeurs et directions d’écoles

S’il faut sortir, tout doit évidemment être mise en œuvre pour se protéger de l’ingestion ou de l’aspiration de poussières contaminées. Laisser rentrer cette poussière dans le corps, c’est exposer directement l’organisme au rayonnement radioactif – puisque les constituants de la poussière se désintègrent en permanence -, sans possibilité de les en retirer comme sur une peau qu’on laverait par la suite. Les poussières contaminées peuvent être efficacement arrêtées par des masques personnels qui couvrent la bouche et le nez, en épousant bien les contours du visage. La norme à acheter est FFP3 – il faut donc songer à en constituer un stock ! – mais les modèles pour enfants sont difficiles à trouver et ne sont d’ailleurs pas adaptés aux jeunes enfants. Tout sera donc organisé pour ne pas devoir sortir avec eux ! Des combinaisons complètes avec capuchon à usage unique seront également stockés et un sas permettant de mettre et de retirer ces masques et combinaisons sera installé dans le bâtiment afin d’éviter tout apport de poussière contaminée à l’intérieur du local, simplement parce qu’ils sont présents sur les cheveux ou sur les vêtements. Ne rien ramener du dehors, sauf si c’est vraiment nécessaire, et sans le nettoyer soigneusement !

Les circulaires organisant les procédures à appliquer ont souvent été traitées avec une grande légèreté et, même si quelques documents existent, très peu de lieux susceptibles d’être très peuplés en disposent – comme les lieux de travail, les écoles, les hôpitaux… – et ont réellement prévu l’ensemble des mesures adéquates, du choix de locaux réellement opérationnels aux fournitures qui doivent les équiper. Interpeller son employeur ou la direction de l’école de ses enfants est donc une première démarche forte qui permet de vérifier que les procédures sont connues et les locaux choisis adaptés, que tout le matériel utile et le ravitaillement sont prévus en quantités suffisantes. L’ensemble des parents de l’école, l’ensemble des collègues doivent être sollicités pour vérifier qu’ils connaissent bien les procédures ; tous les parents doivent également préparer une petite sacoche au nom de leur enfant ! Gageons que la prise de conscience du risque nucléaire réel poussera alors le plus grand nombre d’entre nous à se positionner enfin contre cette énergie apocalyptique.

Négligence et désinformation coupables !

Les informations concernant la sortie du nucléaire, en Belgique, sont presqu’aussi inquiétantes que l’état de nos vieilles centrales. La loi de priorité nucléaire, qui oblige à utiliser le courant produit par une centrale nucléaire en priorité par rapport aux autres énergies, n’a pas vraiment été annulée. Avec environ 50% de l’électricité d’origine nucléaire, toute la base de consommation est assurée par cette seule énergie, les pointes éventuelles étant comblées par les autres sources. Aucune rentabilité réelle ne semble donc possible, en ce qui les concerne, qui dégagerait des marges substantielles permettant leur développement.

Quand l’Allemagne a choisi de sortir du nucléaire, non seulement la part produite était plus faible – et donc davantage d’autres énergies étaient déjà utilisées – mais surtout la priorité fut clairement mise sur les énergies alternatives, ce qui donna les moyens de les développer. Ne suivons toutefois pas totalement l’exemple de nos voisins allemands qui se tournèrent transitoirement vers le charbon, une énergie qui présente d’autres gros inconvénients. Dans un contexte où la transition vers d’autres sources semble difficile, il incombe à chacun d’entre nous de tendre courageusement vers une limitation maximale de sa consommation d’énergie. Réfléchissons avant d’utiliser les gadgets électriques dont l’utilité est douteuse, veillons à ne pas laisser la lumière allumée en notre absence, traquons les veilles d’appareils électriques ou les chargeurs abandonnés dans la prise et qui consomment sans raisons… Montrons à nos enfants que nous assumons le risque nucléaire, sans faire peser sur eux l’immense responsabilité des générations qui les ont précédés…

 

Attention ! Aborder un sujet aussi grave est terriblement anxiogène pour les enfants ! Il faut donc renoncer à tout “exercice d’entraînement” ou même à leur laisser essayer les masques anti-poussières. C’est à nous qu’il incombe que tout soit en place si l’accident survient, en conservant le vif espoir que la trousse de secours, évidemment, n’ait jamais à servir.

 

Chez Nature & Progrès, la colère est grande. Rappelons ici que le risque industriel ne peut pas être réduit à la seule probabilité de l’accident. Le risque industriel est sa probabilité – faible, il est vrai, dans le cas qui nous occupe -, multipliée par ses conséquences – totalement incommensurables en matière nucléaire. Une perspective littéralement inimaginable, en ce qui nous concerne. En ce qui concerne nos autorités publiques aussi, semble-t-il…

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