Stop au Glyphosate

L’Europe s’apprête à réautoriser le glyphosate au mépris total de la santé publique 
Quelle est la position de la Belgique ? 

Le glyphosate, pesticide de synthèse le plus utilisé dans le monde, va très probablement être ré-autorisé en Europe pour une période de dix ans. Son autorisation expire, en effet, le 31 décembre 2015 et a été prolongée jusqu’au 30 juin 2016. L’expérience montre pourtant qu’on en trouve aujourd’hui partout dans les eaux de surface et même parfois dans les eaux souterraines sous certains types de sol Mieux encore : le Centre International de Recherches sur le Cancer (CIRC) de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) – qui jouit d’une haute reconnaissance dans la communauté scientifique – l’a classé parmi les « cancérigène probable » pour l’homme (voir notre Petite Gazette n°113). Rien n’y fait ! Dans la perspective du renouvellement d’autorisation, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a conclu le contraire, le 12 novembre 2015. Il est « improbable », dit l’EFSA, que le glyphosate soit cancérigène pour l’homme, suivant en cela le rapport de l’Institut fédéral allemand pour l’évaluation du risque (BfR), l’Allemagne étant l’Etat rapporteur.

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Le Glyphosate et le Roundup seront-ils ré-autorisés au mépris de la santé publique ?

Le Glyphosate, pesticide de synthèse le plus utilisé dans le monde, matière active notamment du Roundup – produit commercialisé avec tous ses ingrédients de formulation- est actuellement considéré au niveau européen en vue de sa ré-autorisation pour une période de 10 ans. 

Monsanto a toujours minimisé les accusations de risques pour la santé et l’environnement du Roundup, le présentant comme un herbicide miracle de grande innocuité mais, au fil des années, de très nombreuses études indépendantes accablent de plus en plus le Glyphosate et les produits en contenant comme le Roundup.

Le 29 juillet 2015 le Centre International de Recherches sur le Cancer (CIRC) de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) qui jouit d’une haute reconnaissance dans la communauté scientifique rendait ses conclusions. Selon le CIRC, le glyphosate serait un « cancérigène probable » pour l’homme. Selon ses experts, les pesticides à base de glyphosate et leurs métabolites sont génotoxiques et induisent un stress oxydatif tant chez l’homme que chez l’animal de laboratoire. 

Le 12 novembre 2015, l’Autorité européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) concluait quant à elle qu’il était improbable que le Glyphosate soit cancérigène pour l’homme. Le travail de l’EFSA est une copie du rapport diffusé le 1er avril 2015 et d’un addendum parvenu à la presse en octobre 2015 de l’Institut fédéral allemand pour l’évaluation du risque (BfR), l’Allemagne étant ici l’Etat rapporteur. En effet, le BfR conclut que le Glyphosate ne montre de propriétés ni cancérigène ni mutagène.

Ce rapport de l’EFSA n’est pas anodin car il ouvre la voie à la ré-autorisation de ce dangereux herbicide dont l’autorisation expire le 31 décembre 2015 mais qui a été prolongée jusqu’au 30 juin 2016. Et négliger le rapport du CIRC dans l’évaluation n’est pas anodin non plus.
En effet, la classification comme « cancérigène probable » pour l’homme du CIRC est basée sur une « évidence suffisante » de carcinogénicité pour l’animal de laboratoire et un « évidence limitée » pour l’homme montrée par l’épidémiologie. Or, selon la législation européenne (Règlement 1272/2008), ces évidences équivaleraient à une classification du glyphosate comme « cancérigène humain présumé » (catégorie 1B) et, selon le Règlement 1107/2009 ne permettraient pas la ré-autorisation de cet herbicide (Annexe II, 3.6.3.).

De façon générale, l’EFSA et le BfR ont écarté de leur évaluation les études montrant les effets des produits pesticides à base de glyphosate, dont le Roundup, produits souvent beaucoup plus toxiques que le glyphosate seul, pour ne considérer que les effets de la matière active. Ces organismes fondent également largement leurs conclusions sur des études réglementaires non publiées fournies par les producteurs de glyphosate et écartent de nombreuses études publiées tout comme réglementaires qui ne devraient pas l’être.

La présentation d’une proposition de rapport de la Commission au Comité permanent des végétaux, des animaux, des denrées alimentaires et des aliments pour animaux s’est déroulée les 10 et 11 décembre 2015. Il s’en suivra une proposition de la Commission d’acte de ré-autorisation -ou non- qui sera soumise au vote à un Comité permanent suivant avant la décision finale de la Commission.

Les conclusions du CIRC déclenchent un formidable affrontement d’experts. Des déclarations argumentées allant dans le sens des opinions du CIRC sont signées par un nombre croissant de scientifiques du monde entier. Une centaine de scientifiques académiques et gouvernementaux ont notamment envoyé une lettre ouverte au Commissaire européen à la Santé pour exprimer leurs critiques relatives aux conclusions de l’EFSA (Open letter : Review of the carcinogenicity of Glyphosate by EFSA and BfR ) Plus de 500 scientifiques indépendants ont signé un manifeste par lequel ils appellent à l’interdiction des produits pesticides à base de glyphosate (Independent Scientists Manifesto on glyphosate).

Nature & Progrès Belgique estime, à l’instar de très nombreuses ONG en Europe que lorsque des institutions scientifiques arrivent à des conclusions différentes à propos de la nature cancérigène du Glyphosate, il est de l’obligation de la Commission européenne d’invoquer le principe de précaution. De plus, l’EFSA ne devrait pas émettre d’opinions scientifiques, qui forment la base de toute action réglementaire, au départ d’études non publiées et de surcroit non communiquées. Tout son travail devrait être transparent et mené par des experts indépendants n’ayant pas de conflits d’intérêts.

Il est utile de rappeler que le glyphosate n’est pas un pesticide comme les autres. Outre le fait d’être le plus utilisé dans le monde, il est aussi la pierre angulaire de toute la stratégie de l’industrie des organismes génétiquement modifiés (OGM) à utilisation agricole. En effet, environ 80% des plantes transgéniques actuellement cultivées ont été modifiées pour être résistantes à un ou plusieurs herbicides – le glyphosate en grande majorité. 

Le Roundup est utilisé chez nous sur les terres agricoles avant semis, plantation ou récolte, sur les voies ferrées, dans les jardins de particuliers et espaces publics. Le Glyphosate est retrouvé dans l’urine de l’homme européen. Il entre dans l’organisme humain lorsque celui-ci est exposé par la peau ou par voie respiratoire ou via la consommation de denrées, d’origine végétale non OGM, traitées.. Il pourrait également contaminer l’homme via les OGM résistants au Glyphosate, produits Outre-Mer et importés, et qui constituent une part importante de la nourriture animale, rendant même parfois les animaux malades. Si du glyphosate a été retrouvé, au Danemark, dans les muscles de vache laitière, dans divers tissus de porcelets malformés et, aux USA, dans le lait maternel, il y a un manque d’études documentant sa présence dans diverses viandes, volailles, œufs et lait que nous consommons. Le SPF Santé publique, Sécurité de la chaine alimentaire et Environnement fait état de la position de la Belgique sur le site www.phytoweb.fgov.be/fr/doc/point-sur-la-situation-Glyphosate.pdf . La Belgique se range à l’avis de l’EFSA et « estime qu’il n’y a pas de raison suffisante pour prendre des mesures restrictives immédiates par rapport au Glyphosate , ou pour considérer une interdiction ». 

Nature & Progrès Belgique, Inter-Environnement Wallonie, Greenpeace Belgique et Natagora demandent que la position belge soit revue à la lumière d’un examen plus attentif des arguments du CIRC et de nombreux scientifiques indépendants. Ils ont écrit en ce sens aux Ministres fédéraux de l’Agriculture et de la Santé publique, Monsieur Willy Borsu et Madame Maggie De Block ainsi qu’au représentant belge au Comité permanent des végétaux, des animaux, des denrées alimentaires et des aliments pour animaux.

Dr.Sc. Catherine Wattiez

Y a-t-il du Glyphosate dans le lait maternel ?

En avril 2014, l’association américaine Moms Across America (MAA) et Sustainable Pulse ont diffusé (1) les résultats d’analyses de Glyphosate, matière active du Roundup, herbicide le plus vendu au monde, réalisées dans le lait de 10 mères américaines ainsi que dans les urines d’adultes et d’enfants américains.

Les concentrations en Glyphosate dans les urines étaient d’environ 8 fois supérieures à celles trouvées lors d’une enquête similaire effectuée dans 18 pays de l’Union européenne par les Amis de la Terre Europe (2) en 2013. Cette différence de concentration peut s’expliquer. L’ exposition est bien plus élevée pour le citoyen américain que pour le citoyen européen à cause de l’augmentation importante aux USA de l’utilisation du Glyphosate sur des cultures alimentaires génétiquement modifiées pour être résistantes au Glyphosate ainsi qu’à cause de la consommation directe de ces organismes génétiquement modifiés par le citoyen américain.

Dans le lait maternel, MAA a trouvé des niveaux élevés de Glyphosate dans 3 échantillons sur les 10 testés (76 µg/l, 99 µg/l et 166 µg/l) bien que la substance ne soit pas lipophile (3). MAA y voit une indication de l’accumulation potentielle du Glyphosate dans le corps humain, ce qui, jusqu’à présent, a toujours été réfuté par les autorités publiques et par l’industrie de la biotechnologie. Pourtant, du glyphosate a été retrouvé, au Danemark, dans les intestins, le foie, les muscles, la rate et les reins de vaches de boucherie (4) et dans divers tissus de porcelets malformés (5).

Les analyses de lait, effectuées pour MAA aux Microbe Inotech Labs à Saint Louis dans le Missouri, sont destinées, selon cette organisation, à susciter des études scientifiques pour clarifier la question de la bioaccumulation du Glyphosate dans le corps humain et dans le lait maternel en particulier.

La question est d’importance dans le contexte particulier du processus de ré-autorisation du Glyphosate actuellement en cours dans l’Union Européenne. L’enjeu est également crucial dans le contexte de la classification par le Centre International de Recherche pour le Cancer (CIRC) de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) du Glyphosate comme « cancérigène probable », classification contestée par l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) (6). 

Aussi, en réponse au MAA, le 23 juillet 2015, M. McGuire (7), professeur associé à la Washington State University, déclarait lors d’une conférence de la Federation of American Society for Experimental Biology que, selon son étude non encore publiée, ni le Glyphosate ni ses métabolites ne sont présents dans le lait maternel. Et ce même si les 41 mères considérées avaient des niveaux détectables de Glyphosate dans les urines. Selon McGuire (8), la méthode analytique utilisée par Microbe Inotech Labs pour MAA serait inappropriée.

Il est toutefois utile de préciser que l’analyse des 41 échantillons de lait fut faite dans les laboratoires de Monsanto (8) à Saint Louis par une méthode mise au point par Monsanto. Les résultats furent vérifiés par Covance Laboratories présentés par McGuire comme totalement indépendants de l’Université et de Monsanto. Pourtant, E. Grossman (9) écrivait dans Civil Eats le 30 juillet 2015 que Covance laboratories a effectué à de nombreuses occasions des tests pour Monsanto.

Selon E. Grossman, il existe très peu de données sur l’exposition de l’homme au Glyphosate. Le Glyphosate n’est inclus ni dans le programme d’analyses de résidus des denrées de la Food and Drug Administration (FDA) ni dans le programme de biomonitoring des Centers for Disease Control and Prévention (CDC).

Il existe un réel besoin d’une science réellement indépendante et hautement crédible relative aux résidus de Glyphosate, aux niveaux d’exposition de l’homme, aux concentrations en Glyphosate dans les divers organes et tissus chez l’homme et l’animal.

L’US Environmental Protection Agency (EPA) prévoit de mener sa propre enquête sur la contamination du lait maternel par le Glyphosate et MAA avec d’autres ONGs annonce la mise en route d’une vaste étude de biomonitoring dont les résultats seront publiés en 2016.

Ceci est heureusement une histoire américaine. Le citoyen US est plus exposé au produit pesticide de par l’importance de la superficie de cultures Roundup résistantes cultivée et de par le fait qu’il consomme directement ces organismes génétiquement modifiés gorgés de Roundup et de Glyphosate.

Restons toutefois vigilants en Europe.

C. Wattiez, Dr. Sc.

NOTE DE BAS DE PAGE

  • 1. http://www.momsacrossamerica.com/glyphosate_testing_results
  • 2 HOPPE H.W . 2013 Determination of Glyphosate residues in human urine samples from 18 European countries. Medical Laboratory Bremen, D-28357 Bremen/Germany, unpublished test report MLHB-2013-06-06 of 12 June 2013. http://www.foeeurope.org/sites/default/files/glyphosate_studyresults_june12.pdf
  • 3. Une substance lipophile est une substance qui a des affinités pour les graisses.
  • 4. Krüger M et al, 2014, Detection of Glyphosate residues in animals and humans, J.Environ. Anal.Toxicol, 4 :2
  • 5. Krüger M et al, 2014, Detection of Glyphosate in malformed piglets, J.Environ. Anal.Toxicol ,4 :5
  • 6. Cf article “Le glyphosate et le Roundup seront-ils re-autorisés au mépris de la santé publique?
  • 7. http://www.sciencedaily.com/releases/2015/07/150723133120.htm
  • 8. Monsanto : multinationale productrice de Glyphosate, de Roundup ainsi que d’organismes génétiquement modifiés résistants au Glyphosate et au Roundup.
  • 9. Journaliste et écrivaine américaine spécialisée dans les sciences environnementales

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