Facile à mettre en œuvre par tout un chacun, le bouturage peut apporter une solution complémentaire particulièrement appréciable pour permettre au simple citoyen de soutenir l’élan insufflé par l’action du Gouvernement wallon, Yes We Plant ! N’attendons pas. Allons-y gaiement…

Par Françoise Hendrickx

Yes We Plant propose, depuis septembre 2019, de planter quatre mille kilomètres de haies : des haies vives, des alignements d’arbres et de taillis, ainsi que des vergers, à concurrence d’un million d’arbres. Cette campagne s’adresse aux citoyen.ne.s, associations, agriculteurs.trices, entreprises, écoles et organismes publics… Des milliers de participants ont déjà choisi de s’engager chez eux, en groupes dans leur quartier, leurs communes, en ville ou à la campagne, pour recréer et densifier notre patrimoine de « trame verte » mis à mal par l’urbanisation et la mécanisation agricole. Planter pour structurer les espaces, diversifier et embellir les paysages, revitaliser la fécondité et la fertilité de nos environnements !

Regagner en biodiversité

Embrayons sur l’excellent article qui précède : les haies fonctionnent comme de véritables réseaux de communication du vivant. C’est un maillage écologique déterminant pour la vie et pour la migration des oiseaux, la vie d’innombrables mammifères, insectes et plantes… Or près d’un tiers de nos espèces indigènes sont en mauvaise santé ! C’est un geste fort que d’agir pour limiter cette dégradation et regagner en biodiversité… En milieu agricole, les rangées d’arbres ou d’arbustes agissent comme des tampons contre les extrêmes climatiques devenus récurrents, elles stabilisent les sols, les berges des rivières, elles limitent l’érosion tout en ramenant l’eau verte – cette humidité optimale des sols qui recharge notamment les nappes phréatiques -, elles captent une part importante du CO2, elles protègent contre le bruit…
A la différence des clôtures de barbelés, les haies vives abritent les cultures, les prairies et le bétail, du soleil, du vent et des intempéries. Les troupeaux peuvent se nourrir de haies diversifiées et fourragères – aubépine, érable champêtre, charme, frêne, noisetier, saule, ronces… Les bêtes profitent ainsi des bienfaits des plantes comestibles qui les entourent : les tanins des feuilles facilitent leur digestion de la cellulose de l’herbe, ils ont un effet vermifuge, apportent vitamines, sels minéraux et oligo-éléments, et majorent la qualité de leur viande ou de leur lait… Avec un écarteur adéquat, le bétail broute, taille et entretient toute la partie basse des haies. Voilà bien du circuit court et profitable pour tous !
Comme expliqué dans l’article qui précède, différents plants peuvent être choisis pour assurer différents étages : ce qui est, en soi, une véritable haie est une stratification verte et variée. S’ils sont conduits en hautes tiges, certains arbres peuvent rythmer la haie tous les quinze à vingt mètres. A la taille, cela donnera du bois de chauffage et du bois d’œuvre. Et, aux récoltes, le plaisir des ressources nourricières de terroir, de nouvelles sources de revenus, d’abondance et de résilience…

Bouturer, en plus de planter

La Région Wallonne subsidie des plants, en mottes ou à racines nues. Il faut donc creuser des tranchées ou des fosses, ce qui demande un peu d’équipement, de faire appel à des bêcheurs ou à une pelleteuse. Par ailleurs, les pépiniéristes manquent de stock pour répondre à la demande et tout le monde pourrait ne pas être servi. Le bouturage pourrait donc apporter une appréciable solution complémentaire pour soutenir l’élan insufflé par Yes We Plant ! Bouturer consiste à enfoncer directement en terre des bouts de branches d’arbres. Des fagots de branches aoûtées – celles qui ont poussé l’année-même -, soigneusement coupées, un bâton ou une tige robuste pour pratiquer les trous d’accueil sur une profondeur de trente à cinquante centimètres. Et hop-là, c’est parti !
Voilà donc un modus operandi plus low-tech, plus accessible, susceptible de motiver les citoyens dans le cadre d’activités familiales, bénévoles ou de temps de loisirs. Mais il conviendra également d’identifier des demandeurs d’ »enfoncements de boutures » -particuliers, propriétaires privés, exploitants agricoles, propriétaires publics, co-propriétaires, etc. – et des lieux – zones, bordures, etc. On pourrait trouver ensuite des intermédiaires qui relayent ces demandes. Imaginer même des Maisons du Tourisme, des marches ADEPS, des clubs de randonnées, des team building de ressources humaines, des formations dédiées ou des écoles, ou aller voir du côté des missions des cantonniers pour prendre un rôle actif dans cette synergie…
On pourrait aussi bouturer pour constituer des pépinières préalables. Des initiatives telles que Plantons des arbres et des haies ! – Planteurs d’Avenir ASBL (planteursdavenir.be) sont inspirantes. Il en va de même de collectifs moins formalisés. Puisque le bouturage constitue un clonage d’un plant mère, il ne participe pas à la diversité génétique des plants autant que la germination de graines, noyaux et fruits dont l’ADN est chaque fois unique. On pourrait aussi – pourquoi pas ? – partir des fruits et semer noyaux et graines. Les communes de Mettet, Anhée, Florennes et Onhaye souhaitent créer un parc naturel qui ambitionne notamment la plantation d’arbres et de haies, ainsi que l’accompagnement des agriculteurs vers un autre modèle de métier et de pratiques. Le bouturage pourrait y avoir tout son intérêt pour faire équipe avec le grand public à des moments dédiés.

Les arbres qui se prêtent au bouturage

Mais quels sont les arbres, arbustes et buissons se reproduisent par bouturage ? Suite aux échanges avec différents professionnels et avec des membres actifs de Nature & Progrès, chacun s’accorde à dire que « beaucoup d’arbres et arbustes se bouturent aisément, comme le saule… » Mais qui sont-ils exactement ? Après quelques recherches, j’ai pu en trouver quelques autres. La liste n’est, bien sûr, pas exhaustive… Pointons donc :
– les saules, à l’exception notoire du saule marsault pourtant très abondant. Apports pour la vannerie, hormones de bouture, soulagement de douleur – un principe actif est repris dans l’aspirine -, ses chatons sont comestibles…
– les peupliers,
– le sureau noir. Avec des tiges possédant un talon, de préférence en novembre, à l’extérieur. Retirer les feuilles qui se trouvent à la base de la bouture et conserver celles à l’extrémité,
– l’érable negundo qui n’est cependant pas indigène et peut être toxique pour le bétail…
– le noisetier : il requiert une humidité quasi permanente au démarrage,
– la viorne obier : en fin d’été, couper l’extrémité d’une tige herbacée non fleurie d’environ dix à quinze centimètres, retirer toutes les feuilles sur la moitié inférieure et planter la tige dans un châssis rempli de terreau et de sable. Maintenir le sol frais, l’enracinement prend deux mois,
– la bourdaine ou bourgène (Frangula alnus) : cet arbuste pousse soit sur des terrains humides et acides, soit sur des terrains secs et calcaires ; son écorce est utilisée comme purgatif. Sa taille peut atteindre cinq mètres,
– l’aulne : c’est le plus simple ! Les boutures de bois sec, à l’automne, sont quasi immanquables. Prélever des tronçons de rameaux de soixante centimètres à un mètre de long. Façonner des fagots et en faire tremper la base dans l’eau. Planter ces plançons au printemps, directement dans le sol. Il est possible aussi de prélever des rejets racinés au pied du tronc,
– le sorbier, le tilleul, le tremble, le frêne… Beaucoup d’espèces peuvent fonctionner en marcottage préalable,
– le figuier, le grenadier, l’actinidia – kiwi -, la vigne…
– le pommier MM 106, le plus utilisé en porte-greffe vu sa robustesse, sa polyvalence et sa mise à fruits rapide et abondante. Le cognassier… Pour les autres pommiers, pruniers, cerisiers et poiriers, le résultat n’est pas garanti. Mais cela ne coûte rien d’essayer…
– les petits fruitiers : cassis, caseilliers, groseillers, mûriers, mûroise – mix de mûrier et de framboisier -, groseillers à maquereau, gojis…

Comment s’y prendre pour bien bouturer ?

Les clés de la réussite :
– enfoncer suffisamment et dans le bon substrat : en sol peu compacté, humide et maintenu humide – en pot, dans un mélange de sable et de terreau,
– choisir le bon moment : en automne, en début ou en sortie d’hiver.
– choisir le bon endroit qui ne sera pas piétiné, fauché ou tondu, qui offrira l’espace suffisant pour le développement des plants et leur entretien,
– avoir un objectif connu et désiré, impliquant un suivi et une gestion adaptée…

Distinguons enfin trois types de bouturages :
1- les boutures de tige ou de tête, idéales pour les herbacées et les arbustes à fleurs. Travailler sur des rameaux non fleuris, enfoncer deux nœuds en terre et laisser dépasser un ou deux nœuds, au-dessus…
2- les boutures en plançons, variante du bouturage de tête. La différence réside dans la grande taille de la bouture qui s’installe directement à son emplacement définitif. Intéressante pour les saules, les frênes et les peupliers.
Tailler en biais à 45°, avec un sécateur propre et bien aiguisé, pour prélever des rameaux de l’année bien aoûtés, sains, droits et vigoureux d’une longueur de deux mètres. Avec une tarière ou une barre à mine, faire des trous d’au moins un mètre de profondeur – soit la moitié de la longueur des branches prélevées qui sera entièrement effeuillée. Agrandir le diamètre du trou, si le sol est trop compacté, et garnir le fond de graviers pour assurer un bon drainage. Introduire toute la partie effeuillée des plançons, refermer avec de la bonne terre ou du terreau, bien tasser. Placer un tuteur pour maintenir la branche droite. Arroser régulièrement pour la bonne formation des racines.
3- Les boutures à crossette ou boutures à talon. Elles s’appliquent à arbustes à feuillages persistants, vigne, figuier.
Prendre dix à vingt centimètres d’une branche aoûtée d’un à un centimètre et demi de diamètre, avec un morceau d’un à deux centimètres de la branche avec l’écorce à laquelle elle était rattachée. Le tout forme un T ; il sera enterré aux quatre cinquièmes.
Tailler en biais à 45°, avec un sécateur propre et bien aiguisé, choisir des rameaux sains, droits et vigoureux. Supprimer les feuilles du bas, s’il en reste, et les pousses latérales, sans abîmer les bourgeons, à la base des feuilles. Garder un petit feuillage terminal… Mettre dans la terre jusqu’au-dessus du T. Rabattre la terre puis tasser. Arroser puis garder le sol humide mais sans excès d’eau. Si la bouture est mise en pot, placer celui-ci dans un endroit mi-ombragé, à l’abri des vents. Replanter au printemps ou à l’automne suivant, selon le développement racinaire. Dans le cadre d’une haie, espacer les boutures de deux mètres. La plantation se pratique en automne. Les boutures commenceront à pousser au bout de quelques semaines… Alors, cet automne, bouturons des arbres pour créer des haies…

Conclusion

L’action du Gouvernement wallon répond à une nécessité si forte que l’élan qu’elle génère dépasse la capacité de production des pépinières… La nécessité écologique dépasse donc de très loin la capacité économique ! Que faire en pareil cas ? Très simple : se souvenir que mère nature est la première qui subvient à nos besoins. Certes, ceci demande une solide dose d’humilité que, très souvent, nous n’avons plus. Ce ne sont pas tant les haies qui nous manquent, ni la production de nos pépiniéristes, c’est surtout notre propre capacité à nous reforester l’âme. Relisons L’homme qui plantait des arbres, de Jean Giono. Ensuite seulement, nous commencerons peut-être à comprendre de quoi il retourne vraiment…