Cette étude est parue dans les revues Valériane n°177-181

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Par Sylvie La Spina,
rédactrice en chef chez Nature & Progrès

et Claire Lengrand,
rédactrice pour Nature & Progrès

 

 

 

Résumé

Nature & Progrès rassemble producteurs bio et citoyens soucieux de l’impact des systèmes alimentaires sur la santé publique et sur l’environnement. Cette étude s’intéresse à l’usage de deux ressources naturelles utilisées en culture professionnelle et amateur : le lithothamne et la tourbe. Ces deux matières proviennent de l’exploitation d’écosystèmes fragiles et dont la sauvegarde à l’échelle mondiale est prioritaire pour la biodiversité et le climat.

Le lithothamne est extrait des bancs de maërl, des algues calcaires des fonds marins du littoral. Ces écosystèmes sont aussi riches en biodiversité que les grandes barrières de corail. Ils font à présent l’objet d’une protection en Europe, mais pas dans les régions voisines (Norvège, Islande) où l’exploitation se poursuit. Elle alimente les usines européennes qui le convertissent en amendement de sol et en complément alimentaire pour les élevages. Réputé pour sa teneur en oligo-éléments – notamment en magnésium -, le lithothamne fut popularisé par le secteur bio qui l’utilisa intensivement. Avec une croissance d’un à deux millimètres par an, le maërl est une ressource non renouvelable, en témoigne l’état des écosystèmes bretons. Non conscients de cette réalité et désinformés sur les lieux et conditions de l’extraction de l’algue, les producteurs en font encore usage dans nos campagnes. Des alternatives sont possibles et méritent d’être diffusées. Par ailleurs, la plupart des terres sont maintenant suffisamment riches voire en excédent de magnésium, si bien que les épandages d’amendements calco-magnésiens sont déconseillés. L’utilisation de lithothamne en alimentation animale comme antiacide peut révéler des rations ne correspondant pas aux besoins des animaux, notamment des herbivores recevant une alimentation trop riche en vue de pousser les rendements.

La tourbe est le constituant majeur (65 %) des terreaux : une matière légère (réduisant les frais de transport) et dont l’ancienneté d’utilisation garantit une grande facilité. Elle est extraite de différentes régions dans le monde, mais ce sont les pays baltes qui approvisionnent majoritairement l’Europe. Comme pour le maërl et malgré les informations divulguées par le secteur de l’extraction (même « durable »), la consommation dépasse largement la capacité de régénération des tourbières, des écosystèmes ayant un rôle majeur pour la biodiversité, le cycle de l’eau et le climat. Ici aussi, la méconnaissance entretient des pratiques bien ancrées, tant chez les pépiniéristes et maraichers que chez les jardiniers. Certains expérimentent cependant des alternatives, et quelques programmes de recherche commencent à s’y intéresser. L’utilisation de fibre de coco, si elle semble donner de bons résultats, interroge quant à son impact environnemental et à la dépendance qu’elle peut entraîner vis-à-vis d’autres régions du monde (Asie). Différentes recettes à base de ressources locales (composts, écorces, fumiers, bokashi, paille de chanvre…) sont testées avec plus ou moins de succès.

La méconnaissance des conditions d’extraction du maërl et de la tourbe et de leur impact sur les écosystèmes est la principale raison du manque d’alternatives. Informer est essentiel. Pour Nature & Progrès, le secteur de la recherche agronomique doit être mobilisé pour répondre à ces enjeux en intensifiant les études concernant les alternatives, tout en se focalisant sur des substituts à faible impact environnemental et les plus locaux possibles. Ces solutions permettront de réduire puis interdire l’utilisation de tourbe et de lithothamne sans compromettre la rentabilité des professionnels ni la production des jardiniers amateurs. Pour notre santé et celle de la Terre.

Les défis concernant les tourbières en images…

Les défis concernant les bancs de maërl en images…