Cette étude est parue dans les revues Valériane n°177-181
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Résumé
A la lumière des travaux d’anthropologie, d’archéozoologie, de sociologie et de philosophie, cette étude propose d’analyser l’évolution de notre relation avec le Vivant.
L’espèce humaine a développé des liens multiples avec de nombreuses espèces de son environnement, utilisées pour la nourriture, la confection d’outils, comme combustibles, en pharmacopée, pour leur force de travail, etc. Notre empathie nous a permis de chasser mais aussi d’apprivoiser, de domestiquer, de cultiver et d’élever certaines de ces espèces. De riches connaissances sur leurs caractéristiques écologiques et leurs usages ont été accumulées et transmises par des générations d’humains sur la planète, qui considéraient globalement les autres être vivants comme des égaux. Rites et traditions entretenaient un lien spirituel et un échange de don-contre-don avec les esprits de la nature.
Si ce type de relation s’est perpétué au sein de certains peuples, les sociétés modernes occidentales ont fortement modifié leur rapport au Vivant. La relation d’égal à égal a laissé place à une domination permettant l’exploitation sans contrepartie des ressources naturelles. L’érection de chefs reprenant à eux seuls le lien spirituel avec les éléments fut une première étape de déconnexion du peuple avec les esprits de la nature. Le partage des tâches via le commerce entre les peuples pour la production de ressources, dont la nourriture, a poursuivi le détricotage des liens entre les humains et les vivants qui conditionnent leur vie, et a appauvri la résilience des sociétés. Placer l’Homme hors de la Nature autorisa l’intensification de son exploitation.
Ces différentes dynamiques ont affaibli les liens entre humains et êtres vivants dans nos sociétés modernes occidentales : des usages se sont perdus et certains se sont concentrés dans les mains d’une partie de la société. La nature des liens a profondément changé. Les espaces de vie, urbanisés, hygiénisés, civilisés, ne laissent plus de place à la biodiversité sauvage, ce qui réduit les contacts entre humains et espèces animales et végétales. Pire encore, on assiste à une perte d’intérêt et d’attention envers le Vivant qui nous entoure. A contre-sens de cet éloignement, un nouvel élan veut rendre à la nature sa place auprès de l’homme dans une relation plus égalitaire.
Ce nouveau pacte entre humains et Vivant autorise-t-il encore l’élevage d’animaux à des fins de consommation ? A travers les âges, la dualité entre la relation de soin accordée aux animaux domestiques et la violence du sacrifice s’est résolue à travers des rituels et la séparation des tâches, cette dernière ayant pris le dessus dans nos sociétés modernes. En résistance face à la déresponsabilisation des consommateurs et à l’industrialisation de l’élevage, des citoyens ont décidé de se réapproprier les soins et le sacrifice de leurs propres animaux, accompagnés de nouvelles pratiques rituelles. Elever et sacrifier est devenu pour beaucoup un acte politique de résistance à la banalisation de l’exploitation animale.
Comment retrouver une société riche de liens denses et intenses avec le Vivant, dans une relation de respect et de reconnaissance ? Il est nécessaire de retrouver les usages et l’intelligence écologique qui nous lie aux espèces animales et végétales et de les réintégrer à notre quotidien. Changer de regard sur les mauvaises herbes, rendre aux animaux les rôles multiples que nous leur connaissons. Et surtout, redévelopper notre intérêt et notre attention pour le Vivant qui nous entoure et conditionne, directement ou indirectement, notre vie sur Terre.
Les enjeux autour des « mauvaises herbes » en images…
Les enjeux concernant l’élevage en images…

