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17 avril 2026
Communiqué de presse
En Belgique, les ventes de pesticides contenant des PFAS connaissent une nouvelle hausse marquée en 2024, confirmant une tendance déjà dénoncée ces dernières années. Alors que la contamination des eaux au TFA s’aggrave en Wallonie, les réponses politiques annoncées ce 16 avril restent largement insuffisantes. Malgré les engagements répétés, le gouvernement privilégie une approche minimale. Nature & Progrès dénonce le manque de courage politique du gouvernement face à un enjeu sanitaire et environnemental majeur.
Les chiffres récemment publiés, en toute discrétion sur le site de l’administration[1], sont préoccupants: après une baisse relative en 2023, les ventes de pesticides repartent à la hausse en 2024. Plus inquiétant encore, selon nos calculs, les pesticides contenant des substances PFAS enregistrent une augmentation de 26 % pour la seule année 2024. Cette croissance s’inscrit dans la continuité des années 2022 et 2023, déjà marquées par une croissance importante, que Nature & Progrès avait dénoncé à l’époque[2] et qui s’amplifie encore.
Ces substances posent un problème majeur pour l’environnement et la santé. Les pesticides PFAS sont des polluants extrêmement persistants, qui se dégradent notamment en TFA (acide trifluoroacétique), une molécule très mobile qui contamine durablement les ressources en eau. De nombreux pesticides PFAS sont par ailleurs suspectés ou reconnus comme perturbateurs endocriniens, avec des impacts potentiels graves sur la santé humaine, entre autres au niveau de la reproduction.
Depuis son entrée en fonction, le gouvernement wallon a reconnu la gravité de la problématique des PFAS, y compris dans les pesticides PFAS, et affiché sa volonté d’agir. Le Ministre Coppieters en charge de la santé et de l’environnement a, à plusieurs reprises, évoqué son souhait d’interdire ces substances pour la Wallonie, notamment dans un ensemble de mesures englobant également la protection des captages d’eau et les publics vulnérables dans les lieux spécifiques.
Après des mois de concertations avec les syndicats agricoles et d’échanges au sein du gouvernement, les décisions qui ont été prises ce 16 avril sur les pesticides PFAS, apparaissent aussi minimalistes que décevantes. Nonobstant un titre engageant « la Wallonie se prononce pour une interdiction progressive des usages professionnels et privés », le gouvernement se limite à demander à son représentant au sein du Comité d’Agréation[3] de défendre la position suivante :
- interdire les pesticides PFAS pour les usagers non professionnels, alors que ces usages ne représentent qu’une part marginale de l’ensemble des utilisations ;
- interdire certains usages professionnels uniquement lorsqu’il existe des alternatives jugées « commercialisables, agronomiquement et économiquement praticables », avec une évaluation au cas par cas ;
- établir une liste d’interdictions en concertation avec les syndicats agricoles ;
- soutenir, au niveau européen, le retrait des substances actives
Pour Nature & Progrès, cette approche est incompréhensible. Malgré les auditions au Parlement wallon sur les risques des pesticides, les résultats des monitorings des ressources en eau qui montrent une contamination galopante au TFA[4], la réponse politique est dérisoire.
« le gouvernement parle d’interdiction progressive des pesticides PFAS, mais il n’interdit rien du tout. Il mandate son représentant d’intercéder auprès de l’organisme fédéral d’autorisation des pesticides. On accouche d’une souris là où la situation exige des décisions fortes. La Wallonie n’assume pas ses responsabilités face à une pollution durable de l’eau et à des risques sanitaires bien documentés », déclare Virginie Pissoort, chargée de plaidoyer chez Nature & Progrès.
En s’en remettant à une liste d’interdictions à établir en concertation avec les syndicats agricoles, le gouvernement envoie un signal inquiétant : qui fixe le cap ? Les autorités publiques ou les acteurs qu’elles sont censées réguler ?
« Aujourd’hui, tout se passe comme si les autorités attendaient à la fois un signal de l’Europe et un feu vert des syndicats agricoles. Pendant ce temps, la contamination de l’eau progresse. Cette paralysie n’est plus tenable », insiste Virginie Pissoort, de Nature & Progrès.
Au-delà de cette inertie, l’approche retenue enferme la transition dans une logique produit par produit, culture par culture, qui empêche un changement en profondeur des pratiques agricoles et maintient les agriculteurs dans une dépendance aux intrants chimiques. Dans une brochure sur les alternatives aux pesticides PFAS, Nature & Progrès a illustré et documenté l’existence d’alternatives pour l’ensemble des pesticides PFAS[5]. L’agriculture biologique et ses 2000 protagonistes en Wallonie, en apporte la démonstration au quotidien.
Nature & Progrès appelle dès lors les autorités à adopter des mesures à la hauteur des enjeux :
- une interdiction de tous les pesticides contenant des PFAS pour tous les usages;
- un accompagnement ambitieux des agriculteurs vers des systèmes agroécologiques ;
- une protection renforcée des ressources en eau et des populations les plus exposées.
[1] Données de vente de produits phytopharmaceutiques | Phytoweb
[2] Vente de pesticides PFAS en Belgique : L’administration révèle des chiffres en nette augmentation. – Nature & Progrès
[3] Le Comité d’agréation a été mis en place par le Service public fédéral Santé publique, Sécurité de la Chaîne alimentaire et Environnement (SPF SSCE). Il se compose de 12 membres qui sont nommés par le ministre en charge de la Santé publique dont un représentant par région.
[4] Eau de distribution – L’Environnement en Wallonie
[5] Les alternatives aux pesticides PFAS existent : l’agriculture biologique est la solution ! – Nature & Progrès
