Cet article est paru dans la revue Valériane n°181-182
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Par Fabian Coomans,
membre de Nature & Progrès
Dans le Brabant wallon, Fabian a démarré la construction du logement qui l’accueillera bientôt, avec ses deux enfants et son activité de musicien. Utilisant la technique Greb avec une faible perturbation du sol, cette maison est la plus respectueuse possible de l’environnement. Il nous raconte cette aventure.

En 2020, suite à une séparation, j’ai recherché un logement pour mes deux enfants et moi. De plus, étant pianiste professionnel, une pièce dédiée à cette activité est nécessaire.
A logement impayable, solution « maison »
Le réflexe « classique » est de trouver une maison. Vivant du côté de Grez-Doiceau, où le prix de l’immobilier est parmi les plus élevés du pays, le problème est de taille. Les logements accessibles avec mon salaire de professeur d’académie étaient toujours un peu trop petits, sans réel espace pour la musique et nécessitant des rénovations profondes impayables : le prix de vente absorbait déjà ma capacité de financement. Je ne souhaitais pas changer de région pour ne pas impacter mes enfants (scolarité, relations sociales, équilibre d’une garde partagée, etc.) et induire une surcharge de trajets professionnels. J’ai donc assez vite écarté cette option.
Je me suis alors approché d’un projet d’habitat groupé mais il s’est avéré que les contraintes financières dépassaient également ma capacité de financement. Lors des discussions dans ce groupe, la question d’auto-construction revenait ponctuellement sur le tapis. Etant assez bricoleur et ayant fait de grosses rénovations moi-même dans mon ancienne maison, l’idée a fait son chemin. C’est en croisant, à Piétrebais, une pancarte pour un terrain à bâtir dans une configuration compliquée (très fort dénivelé) mais le rendant plus accessible, que le projet a démarré.
Les maisons en kit étaient intéressantes, mais fort chères et travaillaient avec des matériaux non naturels. Or, mon idéal de maison visait un impact minimal sur l’environnement et l’utilisation de matériaux naturels, locaux, de récupération et surtout sains. La technique du Greb m’a beaucoup séduit : accessible, ne demandant pas d’outillage lourd et utilisant des matériaux durables. J’en ai parlé à un architecte, qui a été emballé par le projet et s’est proposé d’accompagner la construction.
La maison, compacte, totalise 60 mètres carrés. Elle utilise des matériaux majoritairement naturels, une partie de récupération (notamment les châssis), tout en proposant une annexe de 30 mètres carrés dédiée à la musique. Les petits espaces sont faciles à chauffer avec un poêle à bois et quelques radiateurs électriques à inertie pour couper l’humidité dans les chambres.
La technique Greb
Il s’agit d’une double ossature bois légère (section de 4/10) à l’intérieur de laquelle on insère des bottes de paille pour l’isolation. Elle est ensuite « enfermée » dans un mortier fait principalement de sciure de bois et de sable comme charge, de chaux et juste ce qu’il faut de ciment pour donner un rôle contreventant au mortier et rigidifier la structure. L’ajout de ciment est le seul apport non naturel mais c’est un compromis acceptable au vu du reste des matériaux.
J’ai également tenu à impacter le moins possible le sol. Nous avons opté pour des volumes « posés » sur une semelle de béton à l’arrière et reposant sur des colonnes à l’avant. Ce système a permis de réduire au maximum les fondations. Du bois, de la paille et un peu de mortier, sont les principaux matériaux utilisés. J’ai également fait appel à la coopérative WoodStock qui a pour objectif de valoriser le bois d’élagage afin de faire honneur aux arbres que j’ai malheureusement dû abattre. Ils ont été débités en planches et m’attendent sagement pour prendre place dans la maison comme escalier, mobilier, etc.
Les difficultés rencontrées
L’élaboration d’un tel projet prend du temps. Il a fallu deux ans pour obtenir le permis en essuyant des refus absurdes pour finalement obtenir l’accord pour un projet pratiquement identique au premier, avec des changements vraiment mineurs. C’est un réel problème, une perte de temps pour tout le monde (maître d’ouvrage, architecte et administration), d’énergie et d’argent. Si on vient avec une maison « clé sur porte », ça passe facilement. Dès qu’on essaye de penser l’habitat, ça demande de lire un peu plus qu’en surface, on ne sent pas de réelle réflexion sur l’urbanisme et l’habitat dans les collèges communaux.
Ensuite, la législation n’aime pas trop sortir du cadre… Les règles du PEB ne sont pas pensées pour l’autoconstruction et le réemploi. Par exemple, j’aurais voulu fabriquer mon propre poêle d’inertie et utiliser uniquement des châssis de récupération en double vitrage mais comme il n’y a pas d’étiquette d’usine, on ne peut pas les intégrer au tableur de quotient PEB ! L’écologie, c’est bien, mais ça doit sortir d’usine et être validé par une pléthore d’organismes divers. C’est absurde quand on sait à quel point le réemploi permettrait de réduire l’empreinte du secteur du bâtiment ! J’ai donc dû me rabattre sur un poêle du commerce et un fabriquant de châssis pour les structures chauffées. Nous avons réussi, tout de même, à contourner le problème pour une partie du vitrage. La cage d’escalier sera une grande surface vitrée mais se situant hors du volume chauffé : elle sort donc du calcul PEB, ce qui me permet d’utiliser des châssis de réemploi. S’agissant d’une surface d’environ 50 mètres carrés, l’économie est substantielle.
Une fois que la construction commence, la grosse difficulté est la charge mentale qui en découle : prévoir, anticiper les commandes, faire un planning sans pouvoir s’y tenir car il y a toujours des questions qui se soulèvent, anticiper les problèmes potentiels, trouver de l’aide, comparer les prix… L’auto-constructeur fait simultanément 10 à 15 métiers en même temps… Ce n’est pas évident à gérer.

A quoi faut-il penser avant de se lancer ?
On n’imagine pas ce que c’est de construire soi-même quand on n’est pas du métier, et beaucoup de choses se révèlent au fur et à mesure. Tout anticiper n’est pas important : il faut avoir en tête la succession des étapes pour éviter les problèmes en amont. C’est souvent très abstrait. Par exemple, une chose super importante est de constamment visualiser où pourraient avoir lieu des infiltrations d’eau, comment les éviter. Pour ma part, je n’ai qu’une confiance mitigée dans les solutions colles ou mastics, préférant guider le trajet de l’eau que de compter sur des produits qui s’altèrent dans le temps. Personnellement, je trouve aussi absurde d’enfermer des conduits d’eau dans une chape ou dans un mur. Cela implique de devoir détruire des enduits en cas de problème. Une gaine ouvrable m’apparaît beaucoup plus pratique. Chaque habitation a ses spécificités, évidemment, c’est toujours au cas par cas. Il faut tenter l’exercice de se projeter dans toutes les étapes tout en sachant qu’il faudra sans cesse s’adapter.
L’impact sur le quotidien
Comme professeur d’académie, j’ai la chance d’avoir un métier qui me laisse pas mal de temps en journée. L’inconvénient est qu’on est vite tenté de faire des journées un peu trop longues, chantier en journée, puis boulot la soirée. C’est très énergivore et il faut être vigilant à ne pas trop s’user. C’est un marathon où il faut tenir la longueur. Il est clair qu’il faut réduire certaines occupations pour dégager du temps pour la construction. La charge mentale est énorme, il faut vraiment veiller à ne pas trop se surcharger. Même en le sachant, on dépasse très vite ses limites.
Quand j’ai décidé de réaliser ce projet, je me suis dit que c’était possible. Je suis bien entouré, avec un frère très bien outillé – un gain économique non négligeable – et qui connait bien le bâtiment. En revanche, on ne peut pas s’imaginer ce que c’est avant de s’y mettre, et c’est tant mieux. Si j’avais su l’énergie que ça demande, je n’aurais pas osé me lancer. Aujourd’hui, je n’ai pas le choix, je dois continuer et le projet en vaut vraiment la peine. Une maison magnifiquement placée, avec une vue imprenable et une qualité et un confort de logement que je n’aurais jamais pu me payer. C’est à la sueur de mon front et l’aide précieuse d’amis que ce rêve devient possible.
L’autoconstruction me permet d’accéder à un habitat correspondant à la façon dont j’ai envie d’habiter le monde. C’est un cadeau que je m’offre et que j’offre à mes enfants. J’aime aussi l’idée de montrer à mes enfants que c’est dur, mais possible.
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