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Impliquons la société dans l’évolution de notre agriculture !

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Depuis plusieurs dizaines d’années, la place du consommateur dans les évolutions du modèle agricole a été amoindrie. Les producteurs se sont raréfiés, la production agricole ne vise plus nécessairement l’alimentation locale – voire l’alimentation humaine tout court ! , l’industrie alimentaire a globalement pris le relais des fermes pour la transformation des produits agricoles, la grande distribution s’est chargée d’acheminer des produits standardisés et anonymisés vers les consommateurs.

Face à la mondialisation et à la guerre des prix, les acteurs visent l’optimisation économique, mettant parfois entre parenthèses les aspects environnementaux (ex : utilisation de pesticides, augmentation des transports de denrées alimentaires), sanitaires (ex : utilisation d’additifs technologiques, appauvrissement nutritionnel des aliments), de sécurité alimentaire (ex : délocalisation de productions agricoles) ou sociaux (ex : dumping social).

Le consommateur prend conscience de ces évolutions « par surprise ».
Le scandale de la lasagne à la viande de cheval a illustré comment les produits transformés peuvent être opaques avec des ingrédients faisant le tour d’un continent, passant entre différentes mains. Les reportages montrent que les pains « cuits sur place » dans certaines enseignes, donnant l’impression d’être fabriqués de manière artisanale et locale, sont en réalité des pâtons surgelés issus de l’importation.

Des articles mettent en évidence que la fameuse bière belge, reconnue au patrimoine de l’Unesco, ne contient quasiment plus d’orge et de houblon locaux. La société remet en question les orientations de notre agriculture, de notre alimentation, de nos paysages, de notre ruralité.

La réaction du monde agricole face à ces questionnements citoyens est diverse. Certains s’offusquent que des personnes ne connaissant pas assez « le terrain », « le métier », « les réalités » puissent donner un avis. « Le consommateur ne sait pas que nous faisons déjà beaucoup pour l’environnement », clame-t-on, tandis que les lobbies agricoles œuvrent à maintenir le glyphosate et les néonicotinoïdes « indispensables » aux cultures, sans chercher à développer les alternatives existantes ou à en développer de nouvelles. D’autres producteurs accueillent volontiers les préoccupations des consommateurs et créent ensemble de nouveaux modèles agricoles.

C’est ainsi que naissent, il y a un demi-siècle, Nature & Progrès et le mouvement de l’agriculture biologique, portés par des producteurs et des consommateurs ensemble. Ils étaient convaincus des effets néfastes des pesticides, de la nécessité de garder des fermes autonomes proposant des aliments aux consommateurs plutôt que des matières premières aux usines. Ils ont développé ensemble des cahiers des charges, devenus lois, des circuits de commercialisation courts, des filières rassemblant les acteurs… Ce modèle a pris de l’ampleur jusqu’à être aujourd’hui considéré comme une référence pour le développement de notre agriculture. On n’a jamais autant parlé de bio, de local et de circuit court.

De nombreux consommateurs s’impliquent dans les questions agricoles. Le projet « Echangeons sur notre agriculture » de Nature & Progrès propose depuis 5 ans aux citoyens et aux producteurs de se rencontrer pour discuter de problématiques agricoles. Et il ne faut pas croire que ces consommateurs sont à court d’idées ! En explorant la crise du secteur laitier en 2016, tandis que les producteurs se concentraient sur des pistes pour améliorer la production et la stabilité des marchés, les consommateurs se sont intéressés aux pistes permettant de mieux valoriser le lait, notamment à travers une transformation dans des produits de meilleure valeur ajoutée comme des fromages wallons. Ces réflexions ont inspiré des éleveurs, déléguant jusque là la valorisation du lait à leur laiterie.

Dans d’autres dossiers également, les consommateurs ont fait part de leur vision de l’agriculture. Des bovins mixtes à l’herbe, un abattage à la ferme , un redéploiement des moulins et de micromalteries pour valoriser les céréales alimentaires wallonnes, ou encore, des zones nourricières protégées, réservées à la production alimentaire et garantissant une meilleure autonomie wallonne…

Impliquer les consommateurs dans l’évolution de l’agriculture, c’est garantir un modèle agricole en accord avec notre société, c’est renouer avec une production locale pour une consommation locale, c’est instaurer une relation de confiance entre producteurs et consommateurs et mieux, un véritable partenariat entre un consomm’acteur heureux, offrant un prix juste au producteur pour la qualité de l’aliment qu’il lui fournit, et un producteur heureux et fier de remplir sa mission nourricière mais aussi toutes les autres : entretenir nos paysages, développer notre biodiversité et tisser les liens sociaux de nos villages.

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