La conférence de Guy Kastler, à Valériane
Le 4 septembre dernier, à l’occasion du salon Valériane, à Namur, notre ami Guy Kastler – qui travaille pour Nature & Progrès en France, ainsi que pour le Réseau Semences Paysannes – nous a parlé de l’évolution très inquiétante du monde des semences, décrivant même le remplacement progressif du monde réel, du monde vivant, par un monde artificiel issu des laboratoires… Voici un bref résumé de ses propos.
« Apparaît au-dessus des sables une vieille cité blanche, plantée de rares palmiers jaunes. C’est Saint-Louis du Sénégal, la capitale de la Sénégambie. Une église, une mosquée, une tour, des maisons à la mauresque. Tout cela semble dormir sous l’ardent soleil. » La ville décrite sous la plume de Pierre Loti en 1881 (1) n’a pas beaucoup changé. C’est une petite cité blottie sur son île, séparée du continent par le pont Faidherbe, qui enjambe le fleuve, et de l’océan par la langue de Barbarie…
Nature & Progrès vous en a beaucoup parlé, il y a quelques années. Dans le numéro 47 de Valériane, nous vous disions pourquoi certaines espèces végétales importées pouvaient constituer une menace pour la biodiversité ; dans le 52, nous vous expliquions quelles réponses la recherche universitaire apportait déjà à ce problème ; dans le 54, notre ami François Couplan nous mettait en garde, en prêtant sa plume à trois "envahisseurs notoires" dont le développement intempestif avait déjà suscité énormément d'inquiétude...
La question préoccupait tellement les défenseurs de la nature qu'on était allé jusqu'à dédier à ces importunes un anglicisme particulièrement accusateur - "invasives" - afin d'exprimer à quelle point elles faisaient peur. Mais le gros problème de ces envahissantes exogènes, qu'elles soient animales ou végétales, reste les graves perturbations qu'elles occasionnent à la vie des écosystèmes autochtones où elles s’établissent. D'importantes régressions de la biodiversité sont à la clé !
Devons-nous dès lors cier haro sur ces affreuses choses venues d'ailleurs ? Allons-nous pour cela entrouvrir la porte à de vieux démons protectionnistes qui n'en demandent pas tant pour se réveiller ? Philippe Lamotte nous explique quelles réponses sont déjà élaborées, tant en ce qui concerne les espèces végétales que les espèces animales. Car mieux vaut être averti que certaines réactions sont bien plus adéquates que d'autres…
-----
Plantes invasives
A l’arme légère, plutôt qu’au bazooka !
Toutes les plantes invasives ne méritent pas d’être combattues sans relâche. Certaines, toutefois, constituent un réel problème pour la biodiversité. En Belgique, scientifiques, autorités publiques et secteurs professionnels concernés - horticulteurs, pépiniéristes, paysagistes… - ont voulu éviter de se crêper le chignon autour des enjeux commerciaux liés à la limitation de leur commerce. Ils ont mis au point un modèle de lutte qui, bien qu’il doive encore faire ses preuves sur le terrain, force déjà l’admiration bien au-delà de nos frontières. Alterias - c’est son nom ! - mérite qu’on s’y attarde. Ne fût-ce que parce qu’il pourrait faire tache d’huile auprès du grand public.
Qui n’a entendu ses parents, ou rabâché à ses enfants jusqu’à l’usure avec cette rengaine ? Même si les arguments invoqués par les parents varient - les pauvres qui meurent de faim, le coût de l’alimentation, la bonne éducation… -, cette sommation faite aux enfants fait à peu près l’unanimité. Elle a traversé les générations et transcendé les milieux sociaux. Les enfants sont priés de ne pas jouer avec la nourriture ! Mais qu’en est-il de ces grandes personnes en costume-cravate qui passent leurs journées à parier sur l’évolution du prix des céréales ou des autres matières premières agricoles pour maximiser leur profit ou celui de leur client ?
Par un règlement daté du 7 juillet 2015, la Commission européenne vient d’autoriser la commercialisation, dans les pays de l’Union européenne, de produits phytosanitaires à base de sulfoxaflor. Cette molécule insecticide est destinée à combattre toutes sortes d’insectes susceptibles de porter atteinte au rendement de nombreuses cultures, dont certaines sont mellifères, comme les agrumes, les fruits à noyaux et à pépins, une grande variété de légumes etc. L’application se fait par pulvérisation.
Le sulfoxaflor agit en perturbant le système nerveux des insectes, comme pratiquement tous les insecticides. Plus précisément, il est de ceux qui se fixent sur les récepteurs d’un neurotransmetteur particulièrement important chez les insectes, l’acétylcholine, et plus précisément encore sur ceux de ces récepteurs qu’on appelle nicotiniques car ils sont la cible de la nicotine. Tout comme la nicotine, le sulfoxaflor agit dans le même sens que l’acétylcholine, il en est donc ce qu’on appelle un agoniste - s’il agissait en sens opposé, c’en serait un antagoniste ! Bref, cette substance agit en agoniste sur les récepteurs nicotiniques de l’insecte : définition qui correspond à ce qu’on appelle un néonicotinoïde (1).