Les semences sont la base de l’alimentation qui est, elle-même, la base de la survie de nos sociétés. Celui qui contrôle les semences contrôle forcément notre survie car il contrôle tous les aspects liés aux choix et à la production des aliments. Il contrôle donc in fine toute la politique alimentaire. C’est dire combien l’enjeu des semences est au centre des préoccupations d’une association telle que la nôtre.

Depuis la nuit des temps, un système de production, de distribution et de conservation des semences est développé au sein de chaque communauté humaine. Ce savoir-faire, par essence local, est transmis de génération en génération pour assurer la pérennisation de l’agriculture. Rappelons que, d’après la FAO, un milliard de personnes souffrent toujours de la faim, dont la moitié est constituée de paysans dépendant de la petite agriculture familiale. Pour ces agriculteurs, produire et échanger la semence est tout simplement vital.

Le droit de produire les semences, dans le respect des us et coutumes et en adéquation avec le milieu, est le gage de la préservation de l’autonomie des paysans et des producteurs du monde entier. Contester ce droit conduit inéluctablement à soumettre le monde paysan aux diktats des lobbies semenciers et à hypothéquer la souveraineté alimentaire des peuples.

Les semences ne sont pas seulement des graines que l’on fait germer. Elles sont plus que cela, et tout d’abord un condensé de symboliques, un concentré de toutes les cultures humaines forgé à travers les âges. Nature & Progrès est absolument attaché à ces valeurs fondamentales. Il est particulièrement dangereux, à nos yeux, de réduire – ainsi que le fait le Règlement CE 2100/94 – la question des semences à une question industrielle et d’organiser leur usage uniquement en fonction de la propriété intellectuelle de ceux qui détiennent les Certificats d’Obtention Végétale (COV). D’abord parce qu’elle sont le fruit de cent siècles d’agriculture et font partie du patrimoine collectif de l’Humanité, ensuite parce qu’elles doivent rester le vivant auxiliaire de paysans travaillant dans un contexte local, plus qu’un objet d’expérience pour groupes multinationaux aux visées technocratiques.

Etude réalisée par Nature & Progrès asbl – 2011

Nature & Progrès propose ainsi deux axes de réflexion :

– sur le plan économique, il semble clair que le pouvoir de produire ses propres semences est une source d’autonomie et d’indépendance alimentaire pour les nations qui le détienne. Le cas du Malawi – qui combat la famine en suvbventionnant les semences hybrides et les engrais fournis par Monsanto – semble ainsi particulièrement funeste. Nous sommes donc fortement attachés à la préservation du droit élémentaire de chaque peuple de produire et d’utiliser les semences selon ses propres convenances et ses propres besoins pour diverses raisons : indépendance et souveraineté alimentaire des peuples, autonomie dans la production et l’approvisionnement, préservation des savoir-faire et de la biodiversité locaux, etc.
Or la tendance actuelle, dans un contexte de mondialisation, encourage la confiscation, au Nord comme au Sud, de ce droit par des groupes privés, au nom d’intérêts d’ordre techno-scientifiques et de marchés. La mise sous brevet du vivant, qui est un patrimoine commun, et la disparition progressive du système fondateur de l’agriculture mondiale est inconcevable pour toute personne soucieuse de l’avenir de nos sociétés. Stopper cette tendance lourde est un travail citoyen qui incombe à tous et qui doit soulever une opposition proportionnelle aux dangers qu’elle fait courir.

– sur le plan biologique, la standardisation des semences cultivées pose de graves questions en terme d’érosion de la biodiversité. D’après la FAO toujours, vingt espèces de plantes alimentaires fournissent, à elles seules, 95% des calories de l’humanité. La FAO estime que 75% des variétés cultivées ont disparu depuis le début du XXe siècle. Autrement dit, ces variétés ne sont plus cultivées ni mangées par personne. La standardisation des produits agricoles, permise par les hybrides F1 notament, s’est lentement imposée, dans notre économie de marché, comme le mode de production le plus efficace. La recherche de l’efficacité, la mécanisation de l’agriculture, la spécialisation des métiers et des machines, les exigences des chaînes de distribution et de consommation, les attentes – créées ou réelles – des consommateurs, le mythe du progrès, une certaine euphorie liée au confort apporté par le modèle « supermarché », les politiques agricoles nationales et européennes, tout cela y contribua. Mais ce système alimentaire standardisé est un colosse au pied d’argile car les semences y sont peu diverses et totalement hors du contrôle citoyen ; ce système est aujourd’hui vulnérable car ce qui a été gagné en efficacité a été perdu en diversité et en qualité. Or la diversité génétique est essentielle à la résilience, c’est-à-dire à la capacité d’un système, d’un habitat ou d’une population, à s’adapter à d’importantes perturbations pour retrouver un fonctionnement durable. Malgré l’existence d’une législation différenciée pour les amateurs – les jardiniers -, la révision en cours du règlement européen semble confirmer les déséquilibres existants au profit de l’agro-industrie et des semenciers, en suspendant la diffusion des variétés anciennes et des semences paysannes à d’éventuelles dérogations que pourraient mettre en place les états membres…
En plus de poser le problème des semences dans le détail, la présente étude va s’efforcer de rapporter et d’illustrer différentes pistes d’action déjà mises en œuvre tant au niveau agricole – inscription au catalogue officiel de variétés de blé sélectionnées en fonction de critères bio – que citoyen – des systèmes de multiplication et de distribution de variétés potagères…
Il appartiendra ensuite aux diverses composantes de notre association de choisir et de mettre en œuvre les actions qui reflètent au mieux leur sensibilité propre dans le cadre des axes définis ci-avant. 

Avons-nous oublié les semences ? - Par Guillaume Lohest

Entrons, sans attendre, dans le vif du sujet avec un bref examen critique de la situation sur les semences en ce qui concerne les acteurs, les enjeux et les évolutions, en ce compris les récentes inquiétudes qui sont apparues dans le secteur associatif. Une façon pour Nature & Progrès de dire clairement son engagement, sa volonté de défendre la biodiversité cultivée et d’appeler à la réappropriation de la semence par les agriculteurs, les jardiniers et, plus largement, les consommateurs…
Une révision en cours de la règlementation européenne sur les semences met en alerte de nombreuses associations de défense de l’environnement et du monde paysan. Notre système alimentaire est-il menacé ? Les alternatives à ce système sont-elles défavorisées ? Comment fonctionne le marché de la semence ? L’occasion rêvée de porter un regard historique et critique sur le sujet avec, en toile de fond, trois lancinantes questions : le secteur bio peut-il s’accommoder de la situation qui prévaut ? A-t-il un rôle à jouer ? Un parti à prendre ?

 


Où se situe le problème ?

Peu nombreux sont les consommateurs qui pourraient soupçonner l’existence d’un éventuel problème lié aux semences dans notre société où légumes, fruits, céréales, pains sont toujours présents en abondance, bien alignés, bien propres et bien gros dans les rayons des supermarchés. Cela vaut aussi pour les articles bio. Même celui qui se fournit dans un GAC ou GASAP, que peut-il trouver à redire ? Les légumes de ses paniers sont certes un peu moins lisses, parfois étranges, mais ils sont toujours fournis en temps et en heure. Que demander de plus ?
Par ailleurs, on apprend que vingt espèces de plantes alimentaires fournissent, à elles seules, 95% des calories de l’humanité. La FAO (Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture) estime également que 75% des variétés cultivées ont disparu de la circulation depuis le début du XXe siècle. Autrement dit, ces variétés ne sont plus cultivées ni mangées par personne… Mais ce ne sont encore que des chiffres. Où est le problème, tant qu’on mange trois fruits par jour et des légumes à chaque repas ? Pour comprendre en quoi cette perte de biodiversité alimentaire nous concerne, il faut s’intéresser à l’histoire de la sélection des plantes cultivées et à la situation des agriculteurs aujourd’hui, qu’ils soient du Nord ou du Sud…

Où trouve-t-on des semences ?

Depuis les débuts de l’agriculture jusqu’à l’aube du XXe siècle, la question ne se posait même pas : les graines se trouvent dans les fruits et dans les plantes montées en fleurs ! Les paysans gardaient, pour la semence de l’année suivante, la meilleure part de leur récolte, en introduisant régulièrement des semences échangées pour maintenir une diversité génétique dans la population. Cette sélection, sur les lieux même de la production, peut être conservatrice – elle stabilise les caractéristiques d’une variété – et/ou amélioratrice – elle garde chaque fois les individus qui correspondent le mieux aux attentes de l’agriculteur. Autre atout fondamental : le paysan n’a rien à payer et ne dépend de personne ! Aujourd’hui, la situation a bien changé pour ceux qu’on appelle désormais les « exploitants agricoles » : le progrès scientifique est passé par là ! La spécialisation des tâches et la nécessité de maximiser profits et rendements lui ont emboîté le pas. Le métier de semencier est né, puis s’est industrialisé et est devenu aujourd’hui un business à part entière, représentant des dizaines de milliards d’euros à l’échelle mondiale. L’agriculteur, à présent, achète ses semences chaque année : des variétés certifiées, pour la plupart hybrides F1.
Il serait malvenu de contester les apports certains, en termes de rendement et d’homogénéité, des déjà très anciennes variétés « hybrides F1 » – voir le lexique ci-après. Mais force est de constater que leur généralisation a grandement contribué à la perte d’indépendance des agriculteurs et à l’érosion spectaculaire de la biodiversité cultivée. Pourquoi un tel succès ? L’explication est simple : la standardisation des produits permise par les hybrides F1 est le mode de production le plus efficace dans une économie de marché. La recherche de l’efficacité, la mécanisation de l’agriculture, la spécialisation des métiers et des machines, les exigences des chaînes de distribution et de consommation, les attentes, créées ou réelles, des consommateurs, le mythe du progrès, une certaine euphorie liée au confort apporté par le modèle « supermarché », les politiques agricoles nationales et européennes… Tout le modèle alimentaire occidental s’est mis en place autour d’une agriculture essentiellement industrielle, combinant monocultures à hauts rendements, tendance à l’augmentation de la taille des exploitations, donc semences « améliorées » achetées en gros et intrants chimiques – engrais et « phytos ». Inutile de pointer les agriculteurs du doigt : la plupart se sont simplement adaptés pour pouvoir continuer à vivre de leur métier. Notons, par ailleurs, que la plupart des jardiniers, même bio, se sont eux aussi rués sur ces semences de variété hybrides F1 qui donnent de beaux légumes bien identiques et bien vigoureux grâce à l’effet d’hétérosis – voir le lexique.
Dessinée à gros traits, il s’agit donc là de la situation qui prévaut pour la toute grande majorité des consommateurs et des producteurs : un système alimentaire et productif standardisé, colossal avec, pour pied d’argile, ces semences si peu diverses et totalement hors de notre contrôle.

Les instruments juridiques ont tourné à la faveur des semenciers

À côté de cette tendance de fond de l’évolution du secteur, significative en soi, d’autres éléments – quand on prend la peine de les considérer ensemble – alimentent les inquiétudes des défenseurs de la biodiversité cultivée et de l’autonomie des paysans du Nord et du Sud.

1- Le fameux « catalogue »
On en a beaucoup parlé dans certains documentaires récents : en règle générale, il est interdit de multiplier et de commercialiser les semences – pas les plantes ! – d’une variété qui n’est pas inscrite au catalogue officiel, national ou communautaire UE. L’existence de catalogues nationaux n’est cependant pas neuve. Historiquement, elle a eu pour fonction de clarifier l’identification des variétés, de protéger les agriculteurs des fraudes et abus, d’arbitrer en somme le marché naissant de la semence. Actuellement, la question est beaucoup plus sensible car ce système a nettement tourné à l’avantage des acteurs industriels et est devenu un obstacle pour la reconnaissance de la sélection traditionnelle de variétés rares, rustiques et/ou anciennes. En cause, le coût d’inscription et surtout les fameux protocoles d’examen VAT – valeur agronomique et technologique – et DHS – distinction, homogénéité, stabilité. Le critère « homogénéité » est particulièrement contraignant : il est évident que les variétés hybrides F1, dont le but est d’atteindre une homogénéité quasi clonique, passeront plus facilement l’examen que les variétés « population » – voir lexique –, qui reposent par définition sur une légère, mais nécessaire, diversité intra-variétale.

2- Les certificats d’obtention végétale (COV) et les brevets
Les COV, mis en place dans l’Union européenne à partir de 1961, sont une version allégée des « brevets » industriels, en ce sens qu’ils reconnaissent une forme de propriété de l’obtenteur sur la variété, sans que celle-ci soit exclusive. Quoi qu’il en soit, ces formes plus ou moins dures de propriété intellectuelle sur le vivant sont difficilement acceptables dans le contexte actuel, car elles apparaissent de plus en plus clairement comme des moyens pour les multinationales semencières de devenir propriétaires d’une part gigantesque de notre patrimoine génétique alimentaire. Elles confisquent, de fait, ce qui apparaît aux yeux des défenseurs de la biodiversité comme un bien commun. Les OGM poussent évidemment cet enjeu à son paroxysme puisqu’ils constituent un processus encore plus artificiel que celui qui est utilisé pour produire des hybrides F1, d’autant plus « brevetable » et d’autant plus menaçant pour la biodiversité cultivée et l’indépendance du métier de paysan.

Qu’y a-t-il de nouveau qui justifie de s’inquiéter ?

Tout ce qui a été écrit jusqu’ici concerne une évolution qui n’est pas neuve. Pourtant, la situation est inédite. D’abord parce que la concentration de l’industrie semencière s’est accélérée au point de devenir effrayante : en 2007 déjà, 67% du marché mondial était contrôlé par les dix plus grandes multinationales, Monsanto, DuPont et Syngenta en tête. On comprend aisément que ce manque de diversité des acteurs ait une répercussion sur le manque de diversité dans la répartition des bénéfices et des avantages pour les paysans du monde entier, pris en otage par l’obligation de se plier à l’offre et au cours du marché mondial – on connaît les vagues de suicides de paysans indiens –, ainsi qu’aux spécificités des semences fournies, nécessitant des achats supplémentaires d’engrais et de pesticides, et instables à la reproduction autonome. Parallèlement, au niveau des faits et des chiffres, on ne peut que constater l’accélération de la perte de biodiversité cultivée qui va de pair, forcément, avec le resserrement de l’alimentation européenne moyenne autour d’un nombre restreint d’espèces et de variétés de plantes de plus en plus dépendantes des prothèses chimiques – engrais et pesticides. Notre alimentation est donc de plus en plus vulnérable : ce qui a été gagné en efficacité a été perdu en diversité et en qualité, qui sont essentielles à la résilience – voir le lexique. Enfin, la révision en cours du règlement européen sur la question, malgré l’existence d’une législation différenciée pour les amateurs – les jardiniers – semble confirmer les équilibres existants au profit de l’agro-industrie et des semenciers, en suspendant la diffusion des variétés anciennes et des semences paysannes à d’éventuelles dérogations que pourraient mettre en place les états membres…

Toutefois, petite lueur dans ce constat affligeant, des voix commencent à se faire entendre ! Cette situation a notamment incité une plateforme d’associations, dont Nature & Progrès France et la FNAB, à lancer une campagne sur le thème « Semons la biodiversité » qui revendique une reconnaissance positive du droit des agriculteurs sur les semences, par opposition à la vision dérogatoire actuelle. On peut aussi se poser la question des spécificités législatives belges – nos autorités se préoccupent du sort de ces variétés anciennes et sont ouvertes au dialogue – et de la possibilité, pour le grand public, de mieux comprendre les enjeux d’une telle campagne. Il n’empêche qu’au regard des objectifs poursuivis et de la problématique générale, il serait étrange de ne pas s’associer à cette initiative qui, somme toute, s’attache à rappeler aux consommateurs que le destin de nos agricultures les concerne au premier chef.

Le consommateur lambda est à mille lieues des semences. Sait-il seulement qu’elles existent et qu’elles sont le premier maillon de la chaîne alimentaire ? La mobilisation devrait sans doute commencer par une vaste campagne d’information, ce qui n’est pas une tâche simple. Mais elle est d’autant plus urgente qu’elle est étrangement tardive. L’agriculture biologique elle-même, historiquement, s’est très peu focalisée sur cette question, en accordant la priorité à celle du sol, ainsi qu’à l’absence d’engrais et de pesticides chimiques. Pourtant, cela ne fait aucun doute : si on applique son grand principe de respect des lois et des rythmes naturels au choix des semences, il n’y a place en bio que pour celles qui sont issues de la sélection traditionnelle ! 

Quel droit pour quelles semences ? - Par Caroline Ker, chercheuse au CRIDS (FUNDP)

L’exposé des caractéristiques du système règlementaire présidant à la commercialisation de semences et à la propriété intellectuelle sur les variétés végétales permet de constater sa grande intimité avec l’agriculture intensive, de type productiviste, et l’effet d’exclusion qui en résulte à l’égard de semences et de modèles agricoles d’un autre type.

Sélection paysanne : principes et limites

Une caractéristique intéressante des systèmes dits « traditionnels » ou « paysans » réside dans le fait que le travail de domestication et d’amélioration des plantes y est effectué par les agriculteurs et cultivateurs eux-mêmes, via la sélection continuelle des plantes les mieux adaptées au terroir et aux contraintes de culture locales (1). Des variétés dites « paysannes » sont ainsi caractérisées par une hétérogénéité et une adaptation dynamique spécifique aux conditions environnementales du lieu où elles sont cultivées. Cette sélection paysanne comporte toutefois des faiblesses. En effet, les aléas météorologiques ou les maladies frappant généralement tous les producteurs en même temps, les pénuries ont tendance à être généralisées car les systèmes paysans sont généralement associés à des marchés locaux. La qualité des semences est également un défi épineux pour les systèmes paysans et les périodes de rareté semencière peuvent générer une dégénérescence, voire une perte des ressources génétiques, en raison d’une sélection insuffisante. Le travail de sélection et de stockage des semences est particulièrement technique et les erreurs débouchent immédiatement sur une production et un approvisionnement en semences amoindris. Ce principe de « sélection in situ », contraste avec l’agriculture moderne qui a confié cette activité à un secteur scientifique spécialisé et professionnel, dès le début du XXe siècle. Les variétés dites « commerciales », génétiquement identiques et fixes, dorénavant destinées à être vendues aux agriculteurs, qui n’en sont donc plus les « co-auteurs » mais les « utilisateurs », envahissent les champs en remplacement des variétés locales dans la seconde moitié du siècle, dans un contexte global de modernisation de l’agriculture.

 


Le catalogue des variétés végétales et l’exclusion des semences paysannes

Le marché des semences est strictement règlementé par l’Union européenne. Ne peuvent être vendues aux agriculteurs que les semences de variétés végétales qui sont inscrites dans un catalogue officiel organisé par les pouvoirs publics (2). Afin d’être inscrites, les variétés doivent satisfaire à deux types de conditions qui ont généralement pour effet d’exclure les variétés paysannes. Premièrement, les variétés doivent démontrer des rendements supérieurs moyens, testés sur différents sites, généralement avec engrais chimiques et pesticides éventuels (3). Deuxièmement, les caractéristiques des variétés doivent demeurer constantes, invariables ; on parle de « stabilité » et d’« homogénéité » ou d’« uniformité ». Ces critères ont pour effet, nous l’avons dit, d’exclure les variétés spécialement conçues pour un mode d’agriculture particulier comme le bio ou la biodynamie, les variétés adaptées à un terroir précis, ou encore celles dont l’intérêt est avant tout de présenter une interaction intéressante avec d’autres plantes

C’est toutefois un objectif de protection de l’agriculteur et de l’agriculture qui a présidé à cette logique règlementaire, le catalogue faisant suite au mouvement de modernisation et d’intensification de l’agriculture. Dans ce nouveau contexte, il importera à l’agriculteur, devenu acheteur de semences, de se fournir en semences de qualité et de productivité égales. En veillant à ce que toutes les variétés mises sur le marché soient hautement productives et que toutes les semences relevant de ces variétés présentent bien ces caractéristiques, la législation vise bien à sécuriser la production agricole, mais selon les critères de productivité. La finalité du catalogue est donc de protéger l’agriculteur-consommateur vis-à-vis du secteur semencier, dans le cadre d’une politique publique d’accroissement des rendements agricoles et de professionnalisation du secteur.

L’étrangeté du catalogue pour les semences paysannes

Une mise en perspective historique permettra d’éclairer le caractère étranger de la règlementation sur les semences à l’égard des semences paysannes. En Europe, la règlementation du marché des semences s’est développée concomitamment à l’essor de la sélection professionnelle et des variétés « commerciales », entre la fin du XIXe siècle et les trente premières années du XXe, à un moment où les objectifs de police de marché des semences face aux fraudes – variétés vendues pour une autre ou mêlées à d’autres –, de rationalisation de la production agricole et d’expansion de la culture scientifique de la pureté variétale, convergèrent avec l’émergence de la sélection professionnelle et d’intérêts corporatistes, pour créer et organiser un marché pour ce nouveau secteur scientifique. Durant cette période, des exigences de plus en plus strictes de pureté, d’étiquetage et d’information de l’acquéreur de semences furent décrétées pour toute mise sur le marché de semences. Ce processus règlementaire aboutira à la professionnalisation et à la normalisation du secteur des semences, dont seront exclues les semences et la sélection paysannes, à la fois incapables de se conformer aux nouvelles exigences règlementaires du marché, et objet d’une volonté étatique et scientifique de mise à l’écart au profit des variétés scientifiques. C’est ainsi que, bien que procédant d’une volonté de protection de l’agriculteur, la règlementation du marché de semences a produit la réservation de ce marché aux professionnels, scientifiques.

Il est, en tout état de cause, regrettable que cette institution légale freine les alternatives agricoles en réponse au contexte agricole contemporain. D’autant plus que, en sélection paysanne, les agriculteurs directement impliqués dans la sélection et la production des semences ne sont pas intéressés par des garanties extérieures émanant de l’application d’un quelconque règlement. Dans la conception systémique paysanne, la semence fait partie du système et ne doit donc pas en être extraite.

La propriété intellectuelle, promotrice d’une agriculture moderne

La propriété intellectuelle sur les variétés – il s’agit plus précisément du « certificat d’obtention végétale » ou COV – protège le développement de nouvelles variétés stables et homogènes, en interdisant à quiconque d’en faire commerce ou même d’en donner les semences, sans l’accord du sélectionneur. C’est ce qui permet de percevoir de royalties et de générer ainsi un profit lié à l’investissement réalisé dans la mise au point d’une variété. Le COV constitue également le règlement d’utilisation des semences par les agriculteurs. Lorsqu’une variété est protégée par un COV européen (4), l’agriculteur ne peut ni vendre, ni donner, ni échanger les semences de cette variété, même s’il les produit lui-même (5). Il ne peut donc que cultiver la semence et vendre la récolte. Il est autorisé à réensemencer son champ avec les semences issues de sa propre récolte, mais cette exception, dite « privilège de l’agriculteur », ne vaut pas pour toutes les variétés et nécessite en outre le paiement de royalties appelées « rémunération équitable » dont le montant est inférieur au coût des semences nouvelles, et à l’exception des « petites exploitations » (6) qui ne doivent pas verser cette rémunération (7). A l’issue de la durée de protection de vingt à trente ans, les variétés « tombent » dans le domaine public (8).

A l’instar du catalogue, la propriété intellectuelle traduit la volonté du législateur d’encourager la sélection professionnelle, les variétés homogènes et stables qui la caractérise, et le modèle agricole productiviste dont ces variétés sont une composante essentielle. D’une part, la propriété intellectuelle sur les variétés végétales est, en effet, apparue dans le contexte de la professionnalisation de la sélection, qu’il consacre. C’est à l’issue de la pression exercée par le secteur de la sélection professionnelle fraichement structuré que, en 1961, la Convention sur l’Union pour la protection des obtentions végétales(UPOV) est conclue par quelques Etats européens et institue une propriété intellectuelle spécifique pour les obtentions végétales. Le modèle UPOV de propriété intellectuelle sur les variétés végétales est, à présent, en passe d’être mondialisé, et les droits qu’il institue ont été renforcés en 1978 et en 1991. Il n’avait pourtant jamais été question de propriété intellectuelle sur les semences durant les millénaires de sélection paysanne pendant lesquels les agriculteurs innovaient pour eux-mêmes, dans un contexte de libre circulation des semences et où la domestication des plantes était bien comprise comme un travail collectif et continu ; on a ultérieurement qualifié le statut des semences à cette époque de « patrimoine de l’humanité ». D’autre part, la création par le législateur de droits de propriété intellectuelle émane d’une volonté économico-politique d’encourager l’innovation, et pas n’importe quel type d’innovation végétale car la propriété intellectuelle sur les variétés végétales ne bénéficie qu’aux variétés stables et homogènes. On remarque a contrario, l’absence d’encouragement à la sélection non professionnelle, dont les variétés ne sont pas caractérisées par une telle stabilité et homogénéité. Cette innovation-là ne fait l’objet d’aucune politique d’incitation équivalente, et est même entravée car la propriété intellectuelle interdit l’échange de semences entre agriculteurs et en limite le droit de reproduction, acte essentiels à l’innovation paysanne. A l’instar de la législation catalogue et du modèle productiviste, le droit de la propriété intellectuelle sur les variétés végétales traduit donc un biais du législateur vers cet étalon du progrès agricole qu’est la technologie-semence, abstraite du terroir ou du système dont elle émanerait.

Le développement de l’agriculture biologique dans le cadre semencier légal

Il ne faudrait pas limiter la question semencière à ses seuls déterminants légaux et négliger ainsi son ancrage dans l’ensemble du système agricole et alimentaire. Standardisation et homogénéité imposés par ce cadre traduisent, en effet, les nouvelles exigences de qualité, de rentabilité et de bas prix qui émanent de la consommation et des puissants secteurs de la distribution et de la transformation. La productivité et l’homogénéité des semences est un critère systémique et pas uniquement légal. A ceci s’ajoute le fait que, en plus d’être lui-même soumis à ses contraintes de productivité et d’homogénéité, le monde paysan a aussi globalement perdu l’expertise et la culture de la sélection, au profit de ses fournisseurs, le secteur semencier…
Le fait que le secteur de l’agriculture biologique n’ait pas fondamentalement cherché à rompre avec ce système agricole et alimentaire et la culture de l’homogénéité et de la productivité qui le caractérise – à l’exception des circuits-courts – participe probablement au fait que ce secteur ait put se développer sans qu’une révolution de la règlementation des semences et du secteur semencier soit nécessaire. La production bio n’a pas imposé de changements fondamentaux dans le mode de consommation. Par conséquent, les conditions des secteurs de la distribution, de la transformation, les exigences du transport des aliments, façonnent aussi les produits bio et donc les variétés. 95% de la production bio est, en effet, réalisée avec des variétés développées pour l’agriculture conventionnelle, homogènes et stables, caractéristiques nécessaires pour que la production agricole soit acceptée dans les systèmes alimentaires actuels. Le développement du bio de type labellisé n’a donc pas constitué l’opportunité ni la nécessité d’ouvrir le cadre semencier légal à une innovation alternative et aux variétés hétérogènes et évolutives.

Le droit « durable »

A ce jour, le droit n’a donc pas dû s’ouvrir à des modes alternatifs d’innovation, complémentaires au modèle classique. Seules quelques ouvertures marginales ont été entreprises, eu égard aux objectifs de réduction des intrants et de préservation de la biodiversité locale. D’une part, depuis 2008-2009, l’Union européenne permet aux catalogues nationaux d’assouplir quelque peu les conditions d’homogénéité et de stabilité pour permettre l’inscription de « races primitives » et de « variétés naturellement adaptées aux conditions locales de culture » qui sont « menacées d’érosion génétique », ainsi que de « variétés de légumes sans valeur intrinsèque pour la production commerciale mais créées en vue de répondre à des conditions de culture particulières » (9). Ces variétés sont également dispensées de démontrer des rendements supérieurs. D’autre part, certains catalogues nationaux ont créé une catégorie d’inscription spécifique pour les variétés qui se destinent au bio : l’Autriche, par exemple, et la Suisse, hors Union. En Wallonie, il n’existe pas de telle catégorie pour les tests mais on a, depuis plusieurs années, donné une importance plus grande à la résistance de la variété aux maladies, aux côtés du critère des rendements. Les variétés doivent, en outre, démontrer leurs qualités sans l’aide de pesticides – mais les engrais chimiques sont toutefois utilisés.

Ces ouvertures légales ne permettent cependant pas l’inscription et la circulation de variétés homogènes et évolutives, pas plus qu’elles n’habilitent la sélection paysanne ou non professionnelle. Elles n’entament donc pas le modèle de la semence homogène et stable sur le marché agricole. Notons toutefois qu’un processus de révision de la règlementation catalogue est actuellement en cours au niveau de la Commission européenne. Selon les scénarios envisagés, il pourrait voir la situation se flexibiliser en faveur de marchés de semences « de niche », ou au contraire, rendre l’accès au marché pour les variétés de conservation plus difficile encore (10).

Un défi adressé à l’innovation et à la législation

Si le cadre légal actuel n’a pas entravé l’émergence du secteur bio à bas intrants, la nécessité de l’amender afin de l’ouvrir à une innovation et des pratiques agricoles plurielles doit demeurer une préoccupation citoyenne et politique, pour plusieurs raisons. Premièrement, le droit actuel pave le chemin de l’innovation professionnelle et des biotechnologies – bonjour les OGM ! – tout en excluant l’innovation agroécologie. Ensuite, l’approche actuelle par variétés fixes et homogènes se confronte, au niveau de la recherche, à la multiplicité des facteurs qui interagissent dans le cas de semences paysannes, augmentant le coût de telles recherches et leur caractère non rentable pour la recherche privée, confrontée à des marchés trop restreints. Les progrès sont donc lents. Enfin, ce sont aussi l’implication de l’agriculteur dans le travail de sélection et la démocratisation de l’innovation, exclus des systèmes industrialisés, qui devraient être valorisés.

Habiliter et encourager de nouveaux – et anciens – modèles d’innovation semencière !

Le besoin d’une agriculture résiliente pour une sécurité alimentaire durable doivent conduire à réorganiser le cadre légal de l’innovation agricole avec, pour finalité, d’accueillir, d’inciter, de susciter l’ingéniosité et les modèles d’innovation et les trajectoires de recherche alternatives. Il s’agit de permettre à divers modèles d’innovation, professionnels et non professionnels, de se compléter, voire de s’associer. Le droit gagnerait donc à encourager la collaboration et l’intégration des logiques d’innovation plutôt que de privilégier l’exclusion des alternatives au bénéfice d’un modèle unique d’innovation. Afin toutefois de compenser le sous-investissement accusé par ce modèle alternatif de sélection, de par sa longue marginalisation dans l’espace économique et légal, il y a lieu également d’instaurer des mécanismes incitatifs en faveur de la sélection paysanne et non professionnelle, comme cela a été fait pour la sélection professionnelle. Cela pourrait relever de la mise en œuvre du Traité de la FAO sur les ressources phytogénétiques pour l’agriculture et l’alimentation et les droits des agriculteurs que ce traité instaure, droits des agriculteurs qu’il échoit à la Wallonie d’organiser. La maîtrise de la sélection ayant généralement été perdue par le monde paysan, des investissements publics dans des projets de sélection participative pourraient se révéler indiqués. Enfin, vu le caractère systémique de la question agricole, la sensibilisation des consommateurs à la question alimentaire et agricole doit également être investie de manière proactive. Reconnecter consommateurs et agriculteurs, via les circuits-courts par exemple, est à cet effet essentiel.

NOTES POUR CE CHAPITRE :

(1) C’est d’ailleurs ce processus de sélection paysanne, mené depuis les débuts de l’agriculture il y a dix à douze mille ans en de multiples endroits du monde, qui a créé une quantité inestimable de plantes agricoles diversifiées, biodiversité sur laquelle reposent nos systèmes agricoles modernes.
(2) La règlementation sur les catalogues des variétés végétales et sur la commercialisation de semences repose sur douze directives parmi lesquelles nous citerons :
– la directive 66/402 du 14 juin 1966 concernant la commercialisation des semences de céréales ( Journal officiel L 125, du 11.7.1966, p. 2309–2319),
– la directive 2002/53 du 13 juin 2002 concernant le catalogue commun des variétés des espèces de plantes agricoles (Journal officiel L 193, du 20 juillet 2002, p. 1–11),
– la directive 2002/55/CE du Conseil du 13 juin 2002 concernant la commercialisation des semences de légumes (JO L 193 du 20 juillet 2002, p. 33–59 ).
(3) C’est la condition de « valeur agricole et technologique », « VAT », ou encore « valeur culturale et d’utilisation », « VCU ».
(4) Règlement 2100/94 du Conseil, du 27 juillet 1994, instituant un régime de protection communautaire des obtentions végétales (JO L 227 01.09.94 p.1).
(5) Certaines variétés sont protégées par un COV belge – et non pas européen – en vertu de la loi du 20 mai 1975 sur la protection des obtentions végétales (M.B. du 5 septembre 1975). Ce titre n’est valable que sur le territoire belge – et non européen – et est beaucoup plus souple pour l’agriculteur, vu qu’il n’interdit pas le don et l’échange de semences entre agriculteurs. Le COV belge est cependant minoritaire, les semenciers préférant généralement la protection par COV européen.
(6) Il s’agit des « agriculteurs qui ne cultivent pas d’espèces végétales sur une surface supérieure à celle qui serait nécessaire pour produire 92 tonnes de céréales ».
(7) Article 14 du Règlement européen instituant un régime de protection communautaire des obtentions végétales précité.
(8) Les variétés tombées dans le domaine public doivent néanmoins demeurer stables et homogènes si on désire continuer à les vendre, à les échanger, à les donner, car elles doivent alors demeurer inscrites au catalogue.
(9) Directive 2008/62/CE de la Commission du 20 juin 2008 introduisant certaines dérogations pour l’admission des races primitives et variétés agricoles naturellement adaptées aux conditions locales et régionales et menacées d’érosion génétique, et pour la commercialisation de semences et de plants de pommes de terre de ces races primitives et variétés, Journal officiel n° L 162 du 21/06/2008 p. 0013 – 0019, et directive 2009/145/CE de la Commission du 26 novembre 2009 introduisant certaines dérogations pour l’admission des races primitives et variétés de légumes traditionnellement cultivées dans des localités et régions spécifiques et menacées d’érosion génétique, et des variétés de légumes sans valeur intrinsèque pour la production commerciale mais créées en vue de répondre à des conditions de culture particulières, ainsi que pour la commercialisation de semences de ces races primitives et variétés, Journal officiel n° L 312 du 27/11/2009 p. 0044 – 0054.
(10) Voir : http://ec.europa.eu/food/plant/propagation/evaluation/index_en.htm 

De bonnes raisons d'auto-produire ses graines - Par Frank Adams

Même les jardiniers les plus exigeants et les plus talentueux négligent souvent cet aspect de leur passion : ils omettent d’auto-produire leurs propres graines en tablant sur le faible coût de celles que leur procurent les semenciers professionnels. Les modifications climatiques, de plus en plus prononcées, vont sahns doute les amener à revoir leurs pratiques. La nécessité de faire évoluer les semences vers une résistance naturelle sera, de plus en plus, un critère essentiel pour la réussite de leurs cultures…
Pourquoi les jardiniers ne font-ils pas leurs propres semences ? Les jardiniers amateurs sont souvent des personnes polyvalentes qui savent tout faire : travailler la terre, cultiver des fleurs, des fruits et des légumes, faire du compost et du purin végétal, réparer les outils et les machines, construire des serres, installer des systèmes d’arrosage, etc. La seule chose qu’ils ne font pas d’habitude, c’est faire les graines. Pourquoi cela ? En fait, il y a de multiples raisons pour ne pas faire ses propres graines :
– les semenciers professionnels produisent des graines de bonne qualité et les graines ne coûtent pas (très) cher,
– il n’y a pas assez de place dans les petits jardins familiaux pour les plantes porte-graines, et on n’a pas le temps de bien s’en occuper,
– on ne sait pas comment faire, et les graines obtenues peuvent être de piètre qualité,
– il y a le problème de croisements entre les variétés et on risque d’obtenir toutes sortes de mélanges peu valables.
Par rapport à ces arguments de taille, quelles seraient alors les raisons pour se lancer dans la culture de graines ? Parmi une multitude de raisons – aux niveaux biologique, écologique, éthique, politique et économique –, je voudrais me concentrer sur un argument peu abordé mais, malgré tout, très important. Il s’agit de la nécessité, voire l’urgence, de perpétuer la culture des variétés qui se propagent, de génération en génération, de façon naturelle. De plus en plus de variétés potagères que l’on trouve chez les producteurs de semences professionnels sont des variétés hybrides F1 dont on ne peut récupérer de graines valables qu’à la génération qui suit le croisement des deux parents de la lignée paternelle et de la lignée maternelle. Chaque année le croisement des mêmes parents est répétée, ce qui veut dire que la variété ne peut pas évoluer à travers le temps.


L’évolution des variétés vers une résistance naturelle

Dans le domaine de la culture naturelle des graines, pratiquée par les semenciers biologiques et les jardiniers amateurs, l’argument principal – parmi bien d’autres – se trouve dans la nécessité de cultiver des variétés qui s’adaptent de façon progressive – ou évolutive – aux conditions de culture. Or celles-ci changent à un rythme de plus en plus rapide ! Le climat est en train de changer partout sur la planète et les conditions saisonnières sont de plus en plus instables. Au cours de la dernière décennie, j’ai pu constater dans ma propre région – le Grand-Duché de Luxembourg – le phénomène d’un printemps sec et chaud consécutif à un hiver long et froid, et suivi par un été humide et manquant de soleil. Ce ne sont pas des conditions favorables au bon développement des légumes.

Cependant, grâce à la culture répétée de semences au cours des années, on peut permettre aux légumes de s’adapter progressivement aux changements des conditions extérieures. Les plantes qui survivent bien à certaines conditions défavorables et qui, en plus, arrivent à faire de bonnes graines donneront alors naissance à des des plantes de mieux en mieux adaptées. Cela correspond aux principes de l’hérédité : les parents transmettent aux enfants leurs informations génétiques à travers les gènes véhiculés lors de la fécondation. Chez les légumes aux cycles de reproduction assez courts – un à deux ans –, l’évolution peut être assez rapide. Je souligne donc, encore une fois, que les variétés hybrides F1 ne peuvent pas évoluer car on multiplie toujours les graines de la même génération filiale.

Les experts de la culture biologique de semences mettent de plus en plus en avant cet argument : nous avons besoin de plantes alimentaires qui arrivent à suivre et à surmonter, de façon naturelle, les changements des conditions extérieures. Personnellement, je suis convaincu que les cultures protégées par des mesures purement techniques – serres, cultures hors-sol, arrosage contrôlé, engrais solubles, monocultures, produits phytosanitaires et modifications génétiques ciblées – risquent de rencontrer de plus en plus d’échecs car on ne peut échapper, à long terme, aux principes de la nature. Mieux vaut se soumettre à ces principes que d’essayer de les contourner. La nature s’est développée au cours de plusieurs milliards d’années et je pense que la meilleure technologie humaine qui soit n’arrivera pas à se défaire, à long terme, de la dépendance à Mère-nature.
La production de semences suivant l’optique d’une sélection évolutive se fait de moins en moins chez les producteurs industriels de semences. Pour les producteurs artisanaux de semences biologiques, l’aspect de la résistance naturelle aux conditions extérieures défavorables est en train de devenir un critère de sélection plus important que ceux du rendement ou du goût. Les jardiniers amateurs peuvent alors participer à ce travail important de la fortification des plantes cultivées. 

Les critères de la sélection évolutive

Selon ma compréhension, je voudrais résumer comme suit les buts de la production de semences par les jardiniers amateurs :
– aider à maintenir les variétés traditionnelles de son pays, héritées des ancêtres,
– permettre aux plantes cultivées de s’adapter progressivement aux changements climatiques,
– aider à développer une base et une réserve de ressources génétiques indépendantes de l’industrie agricole.
Participer au travail de la sélection évolutive peut devenir une activité passionnante et enrichissante dont on ne voudrait bientôt plus se passer. Bien sûr, il faut le vivre pour le comprendre. Toutefois, l’échec peut aussi être un compagnon de route non désiré dans les efforts de faire de bonnes graines.

En voici quelques exemples de mon propre jardin. En 2001, l’hiver est arrivé tardivement mais brusquement. Le temps a basculé, en une nuit, et nous sommes passés d’une atmosphère tempérée et très humide à un gel assez prononcé. En conséquence, même les poireaux d’hiver et les choux de Bruxelles, qui normalement supportent des températures jusqu’à moins 15°C, ont été « cuits » à l’intérieur par le gel. Il est arrivé d’un coup par une baisse de température abrupte ; seuls 5% des pieds de poireaux ont survécu ! Un véritable désastre pour une parcelle qui comptait environ mille pieds. Toutefois, ceux qui ont survécu à ce phénomène de sélection naturelle m’ont utilement servi de porte-graines, portant aussi l’espoir d’une évolution vers une résistance au gel subit, qualité qui pourra être transmises aux futures générations de poireaux.

Le céleris raves de l’année 2011 ont séché avant de faire de bonnes graines, à cause du manque d’eau qui persistait déjà depuis le printemps. Parmi les cinquante pieds plantés initialement, seulement trois portaient des semences valables. Quel perte ! Et quel gain, en même temps, car les survivants donneront naissance à des plantes un peu moins sensibles à la sécheresse.
De même pour les oignons qui ont du mal à supporter un printemps trop chaud et trop sec. Même si on les arrose régulièrement, ils ont tendance à se faner dès le début du mois de juillet, se croyant déjà dans la chaleur estivale qui leur donne l’impulsion pour arrêter leur développement végétatif. Les oignons qui grossissent malgré ces conditions défavorables seront alors choisis comme porte-graines.

J’aurais encore bien d’autres exemples à citer. Leur point commun est la compréhension de la nature et du principe de l’évolution : les faibles meurent et les forts se propagent ! Ainsi, la nature peut-elle toujours prospérer. Je pense donc que nous devons prendre la nature comme modèle en ce qui concerne la production de nos aliments. Et ceci commence immanquablement par celle des graines ! Les légumes dotés d’une bonne force vitale et naturellement résistants à toutes sortes de phénomènes défavorables donneront des aliments de qualité élevée nous permettant de rester en bonne santé à long terme.

D’autres défis à relever pour les plantes cultivées

Actuellement, ce n’est pas seulement le climat qui est en train de changer. On peut aussi observer des phénomènes de changement au niveau des maladies et des animaux nuisibles. Les herbes sauvages changent, ainsi que la nature biochimique des sols. Bien entendu, tous les changements ont, à la base, les mêmes causes: la pollution et la destruction de la nature par les êtres humains. Selon mes expériences personnelles, je constate, par exemple, une prolifération de plus en plus poussée de limaces et de fourmis, ainsi que de maladies virales chez les plantes.

Suivant la philosophie d’une agriculture naturelle, je ne m’acharne pas à vouloir combattre ces phénomènes désagréables d’un point de vue de culture. Et si les maladies et les animaux nuisibles étaient envoyés par Mère-nature pour restaurer un équilibre perdu au niveau du sol ? Cette une thèse fut déjà soutenue jadis par Sir Albert Howard, botaniste britannique en Inde pendant les années trente et quarante, dont on relira bien sûr le fameux « Testament agricole ».
Dans ce sens, une fois que mes légumes sont atteints de maladies virales – comme, par exemple, les haricots, les pois ou les concombres –, au lieu de détruire les plantes les unes après les autres au rythme de la propagation du virus, je les laisse pousser ! Certaines meurent, mais d’autres se rétablissent. J’en récolte alors les graines et je répète le procédé sur plusieurs années consécutives jusqu’à ce que la variété ait « fait la paix » avec le virus, soit en devenant résistante, soit en l’intégrant dans son code génétique. Ou les deux…

De nos jours, de nombreux chercheurs propagent d’ailleurs le concept que les virus ne sont pas seulement des microorganismes pathogènes et dangereux, mais aussi des transmetteurs d’informations génétiques susceptibles de faire avancer l’évolution des espèces…

Des graines de bonne qualité

Avec, comme base, une bonne compréhension des mécanismes de la sélection naturelle, on peut aussi facilement saisir les facteurs nécessaires pour un bon développement des graines. Les graines sont, en quelque sorte, les bébés de la plante-mère. La mère doit pouvoir bien les nourrir pour qu’elles puissent bien se développer. La graine est constituée d’une enveloppe, d’une réserve nutritive et de l’embryon, c’es-à-dire d’une plante en miniature. Pour que l’embryon puisse bien se former à l’intérieur de la graine, il lui faut de la nourriture. Cette nourriture est fournie par la mère.

C’est exactement la même chose pour nous, les êtres humains. Pour véhiculer les nutriments, la plante mère a surtout besoin d’eau, et c’est là que le jardinier doit souvent donner un petit coup de main à la plante-mère, notamment en l’arrosant bien par temps sec. Normalement, c’est en été, quand les graines se forment et grandissent, que la mère ne doit pas sécher. Mais nous avons pu constater que ce risque peut déjà exister aussi au printemps…

La plupart de mes laitues des années 2009, 2010 et 2011 ont malheureusement séché avant même de fleurir. Les bourgeons, fanés et vides, ont offert un triste spectacle. Le peu de graines que j’ai pu récupérer me sert maintenant à poursuivre ma démarche de sélection évolutive car les changements climatiques sont loin d’être arrivés à leur apogée…
Je suis conscient que ces quelques lignes risquent de rebuter beaucoup de jardiniers, de ne guère les inciter à faire leurs propres graines. Il serait sans doute plus simple de les motiver à commencer leur culture de façon méthodique. Toutefois, ceux qui arrivent à lire entre les lignes vont bien comprendre que la situation générale nous incite tous à nous intéresser de plus près de ce sujet ! Si les légumes ne poussent plus comme avant et si les graines s’obtiennent de plus en plus difficilement, voilà bien les meilleures des raisons pour s’appliquer davantage dans la culture des légumes et des semences !

Nous savons tous, d’ailleurs, que les agriculteurs et les jardiniers ont souvent tendance à exagérer un peu. Bien sûr, il y a des années où certains légumes ne poussent pas bien. Mais il y en a aussi, chaque année, qui compensent les pertes en se développant de façon extraordinaire. Une bonne chose concernant les semences est le fait que nous pouvons les conserver pendant plusieurs années, ce qui nous donne une réserve au cas où une à plusieurs récoltes suivantes ne seraient pas bonnes…

La bonne conservation des graines

Précisons, en ce qui concerne la conservation des semences, qu’il faut d’abord bien les faire sécher après la récolte. On les met ensuite dans des sachets sur lesquels seront marqués – à tout le moins – le nom de la variété et l’année de la récolte. Les sachets, quant à eux, peuvent être conservés dans des pots de confiture, ce qui évitera alors aux graines de reprendre de l’humidité. Les pots, finalement, seront conservés dans un endroit obscur et frais. Personnellement, je garde mes semences dans un vieux congélateur qui ne fonctionne plus. Sa bonne couche d’isolation et les joints de la porte permettent de garder une température basse constante et évitent, en même temps, l’introduction de l’humidité. Les graines peuvent ainsi garder un bon taux de germination pendant de nombreuses années.

Le développement des "Maisons de la Semence Paysanne" en France - Par Jennifer Kendall (Bio d’Aquitaine)

Le concept de « semences paysannes » est récent mais correspond à une réalité millénaire. Ce terme vise à les différencier des semences commerciales développées à partir du XIXe siècle, généralisées durant la deuxième partie du XXe et sélectionnées, en dehors des champs de production des paysans, par des entreprises semencières. Les semences paysannes se distinguent aussi des semences de ferme – ou semences fermières – qui sont multipliées à la ferme à partir de la récolte de variétés commerciales protégées par un Certificat d’Obtention Végétale…

L’industrialisation de l’agriculture et la spécialisation de la sélection végétale ont conduit à une érosion de la biodiversité cultivée dans les champs : les variétés paysannes de populations, de base génétique large et évolutive, sont peu à peu remplacées par des variétés fixées, stables et homogènes de base génétique étroite et plus récemment par des plantes génétiquement modifiées. La FAO (Food and Agriculture Organisation) estime que « depuis le début du siècle, quelques 75% de la diversité génétique des plantes cultivées ont été perdus. »

 


Ne plus se cacher… pour faire ses semences !

Au début des années 2000, les semences paysannes n’ont aucune existence reconnue : la réglementation considère implicitement que l’agriculteur utilise forcément des semences commerciales, sélectionnées par des semenciers spécialisés. Or les semences paysannes subsistent dans les champs de quelques paysans et chez des jardiniers en France. Quelques individus ou groupes de passionnés entretiennent des collections vivantes de variétés anciennes et développent des initiatives de sélection participative, comme en Aquitaine depuis 2001.

En 2003, les rencontres « Cultivons la biodiversité dans les fermes » d’Auzeville, près de Toulouse, ont permis de sortir les semences paysannes de l’anonymat. Plus de trois cent cinquante personnes ont participé à ces journées sur les thèmes de la biodiversité cultivée, du droit des paysans à ressemer et échanger leurs semences, de la souveraineté alimentaire…
Ces rencontres ont été organisées face à une actualité particulière qui rendait urgente la nécessité de se mobiliser pour la reconnaissance des semences paysannes. En effet, en 2002, l’Europe était en train de travailler à une nouvelle réglementation sur les semences biologiques et paraissait sur le point de n’autoriser, en bio, que les semences de variétés commerciales inscrites au catalogue officiel. Or de nombreux agriculteurs bio utilisaient des variétés paysannes car les variétés disponibles sur le marché n’étaient pas adaptées aux modes de culture biologique à faibles intrants. De plus, le développement et l’arrivée sur le marché des OGM a décidé de nombreux agriculteurs, notamment bio, à se réapproprier la maîtrise de leur semences.
Le Réseau Semences Paysannes (RSP) est né, lors de ces rencontres, de la volonté des paysans qui font leurs propres semences de ne plus se cacher. Le RSP compte aujourd’hui soixante organisations membres et regroupe un syndicat agricole, des organisations locales et nationales de développement de l’agriculture biologique, des organisations spécialisées, des artisans semenciers, des paysans, des jardiniers, des associations de développement local, des ONG… 

Les missions de ce réseau s’articulent autour d’objectifs collectifs :

– développer et mettre en réseau les initiatives innovantes de gestion dynamique de la biodiversité cultivée,
– favoriser la reconnaissance juridique, scientifique et institutionnelle des semences paysannes.
Le Réseau Semences Paysannes entretient également des liens et milite au coté d’organisations similaires en Europe et au niveau international.

Deux types de gestions complémentaires…

Encore aujourd’hui, la principale stratégie de conservation de la biodiversité cultivée est une conservation ex situ. Cela signifie une conservation des graines sèches à basses températures. Bien qu’elle ait permis de sauver ces variétés menacées de disparition après la Seconde Guerre Mondiale, le seul intérêt de cette conservation, dite statique, est qu’elle permet aux acteurs de la sélection moderne de disposer provisoirement d’un réservoir de diversité génétique de base. La gestion dynamique consiste à cultiver des populations végétales génétiquement hétérogènes et à les ressemer d’une année à l’autre. Dans un champ cultivé, ces variétés évoluent de manière continue sous l’effet de leur environnement lui-même en perpétuelle évolution, ce qui génère une augmentation et un renouvellement constants de la biodiversité. Ainsi ce ne sont pas des individus ou des phénotypes précis qui sont conservés mais un réservoir de variabilité génétique, un potentiel d’évolution. Les traditionnels échanges de semences entre agriculteurs participent au maintien de cette diversité et à sa capacité d’adaptation. Enfin, sous l’effet de la sélection paysanne, l’évolution de ces variétés de populations est guidée par l’agriculteur pour que cette évolution soit adaptée aux techniques culturales et aux attentes en matière de consommation.

Le Réseau Semences Paysannes défend l’idée que les gestions dynamiques et statiques sont complémentaires et aussi indispensables l’une que l’autre. Elles doivent bénéficier des mêmes droits et des mêmes soutiens publics.

Le développement d’un volet « semences potagères »

Le concept de Maisons de la Semence Paysanne est aujourd’hui en fort développement en France. Il s’agit d’organisations collectives locales de gestion et de développement de la biodiversité cultivée par la diffusion et l’échange de semences et de savoir-faire. Les Maisons de la Semence Paysanne se situent donc dans une logique de gestion dynamique de la biodiversité cultivée. Mais aujourd’hui, le principal frein au développement de ces collectifs, à part le manque de reconnaissance institutionnelle et donc de soutien financier, est la réglementation en vigueur, très restrictive, sur les droits des agriculteurs à échanger leurs semences.

La fédération des agriculteurs Bio d’Aquitaine, membre historique du Réseau Semences Paysannes, a développé depuis 2001 un programme d’expérimentation et de sélection participative de variétés paysannes : « l’Aquitaine cultive la biodiversité ». Ce programme a, au fil du temps, participé à la création d’une importante collection de semences paysannes ainsi qu’à l’émergence d’un réseau de producteurs. C’est sur cette base que les personnes engagées dans ce programme ont fait émerger le concept de Maison de la Semence Paysanne.

Au départ surtout orienté vers les semences de grandes cultures et particulièrement destiné aux agriculteurs, la Maison de la Semence Paysanne s’est enrichie, en décembre 2006, d’une importante collection de semences potagères. Le deuxième volet, « semences potagères », adressé aux maraîchers et particuliers, a donc été créé.

L’idée de Maison de la Semence Paysanne a commencé à se former dans l’esprit des responsables du programme « l’Aquitaine cultive la biodiversité » lors d’un voyage d’échange d’expériences réalisé au Brésil en 2004 avec le Réseau Semences Paysannes. Le Brésil est un des pionniers en matière de sélection participative et de reconnaissance de l’intérêt des variétés paysannes de populations. Lors de leur voyage, les responsables du programme de Bio d’Aquitaine et du Réseau Semences Paysannes ont rencontré différentes communautés ayant mis en place des collectifs locaux d’échange et de stockage de semences traditionnelles ou issues de sélections participatives. Ces communautés étaient souvent appuyées par des techniciens de structures institutionnelles agricoles ou de coopératives de services, en lien avec des pôles de recherche – universités, EMBRAPA. Ce sont ces dispositifs, appelés au Brésil « casas de sementes » – littéralement « maisons des semences » – qui ont servi de source d’inspiration directe pour le développement d’une Maison de la Semence Paysanne en Aquitaine.

Quelles missions ?

La Maison de la Semence Paysanne de Bio d’Aquitaine remplit deux missions principales :

1- La mise à disposition de lots de semences pour la conservation vivante et la sélection évolutive de variétés. La Maison de la Semence Paysanne met à disposition, par le biais de conventions d’expérimentation, des lots de semences aux agriculteurs et particuliers partenaires afin de permettre aux variétés de la Maison de la Semence Paysanne d’être cultivées dans les champs et les jardins. La diffusion de semences est autorisée pour les professionnels dans le cadre expérimental, les actions de la Maison de la Semence Paysannesont donc légales.
L’agriculteur ou le jardinier partenaire s’engagent également à multiplier les semences sur la variété accueillie selon les protocoles fournis et à restituer, à la Maison de la Semence Paysanne, une partie des semences ainsi produites. En théorie, il doit retourner environ trois fois la quantité de semences reçue. Les semences retournées à la Maison de la Semence Paysanne sont principalement destinées à être mises à disposition à de nouveaux participants. La pérennité de la variété est ainsi assurée en démultipliant les lieux de cultures. Cependant, un échantillon de sauvegarde de chaque variété est conservé de manière statique pour faire face à de possibles destructions aux champs ou pollutions extérieures, par exemple d’OGM.
L’agriculteur ou le jardinier partenaire continuent ensuite chaque année à ressemer ses variétés et participent ainsi au maintien et au développement de la biodiversité. En effet, par sa sélection particulière réalisée selon ses objectifs et ses besoins, ils font évoluer la variété de départ et enrichissent ainsi le patrimoine conservé par la Maison de la Semence Paysanne. Ils seront amenés à renvoyer régulièrement des semences afin d’entretenir et d’enrichir la Maison de la Semence Paysanne.
2- Le partage d’expériences et la diffusion de savoir-faire. Les savoir-faire techniques en sélection paysanne de semences ont été globalement perdus par les agriculteurs et les jardiniers depuis la généralisation des variétés commerciales. Cette dépossession des paysans de leurs savoir-faire traditionnels de sélection, production et création variétale au profit des entreprises semencières est aujourd’hui le principal frein au re-développement de la biodiversité cultivée.
Un important travail de collecte et d’expérimentation de savoir-faire et techniques est mis en place par Bio d’Aquitaine : voyages d’échanges d’expérience et rencontres avec des groupes d’agriculteurs en sélection participative et des professionnels de la sélection végétale dans le monde entier ainsi qu’avec des chercheurs français de l’INRA, tels que Véronique Chable et Laurent Hazard. Des journées de formation et d’échanges techniques sont organisées régulièrement. Différentes publications techniques ont aussi été éditées et diffusées afin d’assurer le transfert et le re-développement des ces savoir-faire qui sont à la base de l’autonomie des producteurs et garants du développement de la biodiversité cultivée.

Des Maison de la Semence adaptées aux dynamiques de chaque territoire…

Bio d’Aquitaine est un des précurseurs dans la mise en oeuvre de ce type de réseau collectif de sauvegarde et développement des semences paysannes que sont les Maisons de la Semence Paysanne. D’autres collectifs français ont également développé des formes d’organisation avec des fonctionnements qui peuvent être différents mais avec les mêmes objectifs. Aujourd’hui, de nouveaux groupes d’agriculteurs et de jardiniers amateurs sont intéressés par ces variétés ainsi que par leur gestion et sélection collectives sur un territoire. Il est important pour Bio d’Aquitaine de faciliter le développement de nouvelles Maisons de la Semence Paysanne en faisant partager son expérience. L’idée est qu’ils puissent s’inspirer des actions menées en Aquitaine et développer une Maison de la Semence Paysanne adaptée aux dynamiques locales de leur territoire.
Aujourd’hui le Réseau Semences Paysannes s’est donné pour principale mission d’accompagner le développement et la structuration des Maisons de la Semence Paysanne en France. Signalons aussi que pour septembre 2012 se préparent trois journées de rencontres des Maisons de la Semence Paysanne afin d’échanger et partager les expériences sur les différents modes d’organisations collectives de gestion dynamique de la biodiversité cultivée. Ces rencontres seront principalement nationales mais plusieurs collectifs étrangers seront invités à présenter des expériences remarquables en termes d’organisations collectives sur ce sujet. Le rendez-vous est pris !

Adapter les céréales aux spécificités du BIO - Par Dominique Parizel et François de Gaultier

Durant l’année 2009, Nature & Progrès s’était beaucoup inquiété de la qualité de notre pain quotidien (voir notamment Valériane n°79). Nous constations alors que l’évolution récente de la sélection des céréales panifiables avait été imprimée par l’industrie, dans un souci de productivité et de rentabilité. Pire encore : celles que nous cultivons chez nous, disions-nous, terminent rarement en tartines… Une recherche appliquée permet aujourd’hui de mieux comprendre la situation dans laquelle se trouvent nos céréales panifiables et quel est leur potentiel d’évolution… Conversation avec Eddy Montignies, du CEB (Comité d’Essais Bio).

Dans la majorité des cas, l’industrie répute « non panifiables » bon nombre de nos blés car ceux-ci ne correspondent pas à ses standards de production. A cause du déficit de production locale, le pain que nous mangeons chaque jour est donc souvent fait de céréales importées d’Europe centrale, d’Ukraine ou d’ailleurs… Qui sait vraiment ? D’autre part, un simple regard sur le site de BioWanze nous apprend que notre magnifique usine à bioéthanol wallonne transforme, chaque année, 800.000 tonnes de froment en combustible mélangé à notre essence. Est-il donc de si piètre qualité, le blé qui pousse dans les champs de Hesbaye ? Voyons ce qu’en dit notre interlocuteur…


Dix céréales pour trois boulangers !

« Nous avons remis en place des essais variétaux, une dizaine de variétés de froments panifiables, dans une parcelle située à Verlaine, en Hesbaye, dit Eddy Montignies. Le choix avait été effectué suite à de simples coups de fil à des agriculteurs wallons ; nous leur avons juste demandé ce qu’ils cultivaient, et pour quelles raisons. Historiquement, de nombreuses études menées sur la qualité boulangère de nos céréales ont toujours laissé entendre qu’il y aurait un gros problème à leur niveau… Nous avons donc frappé à la porte de Georges Sinnaeve, directeur de la qualité au CRA à Gembloux, qui effectue les tests technologiques sur les farines et sur les céréales. Nous lui avons présenté des études, de l’ITAB (Institut Technique de l’Agriculture Biologique) notamment, qui constatent l’existence de deux filières parallèles : d’un côté les farines envoyées dans les filières très mécanisées de boulangerie et de l’autre des farines pouvant aller dans les filières artisanales et au sujet desquelles il n’y a pas d’exigences particulières. C’est également la réalité chez nous : certaines filières commercialisent leurs farines dans un circuit très court – c’est le cas de Pierre Baré et de la coopérative Agribio par exemple – sans se soucier le moins du monde des technologies existant en aval. Ce qui compte à leurs yeux, c’est que l’on fasse confiance aux producteurs, puis de mettre à l’ouvrage des boulangers artisanaux, très peu mécanisés. »

Dès lors, et sans mettre aucune barrière technologique a priori, le CEB et ses partenaires décident de moudre les dix variétés de leur essai et de les envoyer, en aveugle, chez trois boulangers artisanaux réputés : Marc Dewalque à Malmedy, Marie-Noëlle Halain à Vévy-Wéron, et Dominique et Angela Legrand à Namur…

« Nous avions préalablement réalisé un petit sondage auprès de ces professionnels afin de mieux cerner leur intérêt pour une céréale ou une autre, précise Eddy Montignies. L’engouement pour les anciennes variétés, comme la Camp Rémy, était manifeste mais, dès qu’on cherchait à en connaître mieux la raison, les explications n’étaient pas très nettes, ni chiffrées, ni quantifiées en tout cas… L’argumentation s’opposait toujours à la sélection récente car tous sentaient qu’elle fut une source importante de dérives et qu’elle privilégia la quantité au détriment de la qualité… Nous leur avons donc confié nos échantillons de farines en prenant évidemment soin d’y intégrer variétés anciennes et plus modernes… »

Les trois boulangers reçoivent donc les farines la même semaine afin d’éviter les échanges d’impressions ; l’expérience doit être la plus neutre possible. La consigne est simple : fabriquer un même pain au levain avec chaque céréale, puis faire librement des commentaires sur chaque expérience.

« Nous avons bien dû constater, raconte Eddy Montignies, que l’apologie des anciennes variétés, au fond, c’est du pipeau ! Le critère est tout à fait neutre d’un point de vue boulanger. Précisons aussi que notre récolte avait été faite dans des conditions exécrables ; leur valeur de panification de départ était donc au plancher ! Les mêmes variétés ont été confiées à un labo qui décrétera que seulement deux d’entre elles pouvaient prétendre à la panification et que le reste devait donc être donné aux cochons… Cela a-t-il posé le moindre problème à nos boulangers ? Absolument aucun : ils ont pu faire un pain de qualité avec les dix variétés et je dirais même que celles qui ont dégagé quelque chose de supplémentaire, dans les saveurs et dans l’aspect, sont plutôt celles qui auraient été écartées a priori ! »

Choisir un blé en fonction de sa transformation

L’ensemble des partenaires de l’expérience, et notamment ceux qui sont les plus proches de l’agriculture conventionnelle, constatèrent donc de visu qu’il est possible de faire un excellent pain avec nos céréales locales, généralement tenues pour être d’une valeur technologique insuffisante.

« Il faut admettre, affirme Eddy Montignies, qu’il est possible de faire du bon pain à partir d’à peu près n’importe quelle céréale. A la seule condition que le boulanger soit à même de s’adapter à la matière première. C’est lui qui doit s’adapter, pas la céréale, qu’il travaille artisanalement ou industriellement. S’il faut quatre jours à l’industriel pour régler sa machine, c’est son problème, pas celui de la céréale. Cette année, nous voudrions donc tester les mêmes variétés sur une chaîne de boulangerie plus industrialisée afin de déterminer où se situent exactement les problèmes. Ou, peut-être, de mettre en évidence les éventuels préjugés que les industriels entretiennent au sujet de la farine. S’agit-il de simples réglages à faire à la machine, ou va-t-il falloir établir des normes, de manière continue, qu’il faudra respecter lorsqu’on travaille avec telle ou telle variété afin d’être absolument sûr qu’aucun problème ne surviendra… Nous voudrions également mener un autre projet sur l’ensemble de la filière car il nous semble utile de mettre en contact des fermiers avec des boulangers, sans oublier qu’un moulin est indispensable entre l’un et l’autre. Avant le moulin, il y a une concentration de flux qui doit être gérée, une logistique d’approvisionnement qui doit être réglée, avec une homogénéité à définir. Une large réflexion sur l’ensemble de la filière est donc nécessaire. »
Cette première expérience permet, en tout cas, de conclure que les céréales produites actuellement chez nous sont bel et bien panifiables !

« Leur sélection va toutefois dépendre du créneau auquel on les destine, affirme Eddy Montignies ; nous devons voir, à présent, ce qui va devoir varier si on veut, par exemple, toucher le créneau de la grande distribution. Dans quelles conditions ces transformateurs vont-ils pouvoir s’adapter afin de pouvoir travailler les céréales qui sont produites chez nous. Est-ce possible économiquement ? »

Des critères de sélection pour la bio !

« Nous allons maintenant élargir l’expérience à des variétés fournies par l’ITAB, poursuit Eddy Montignies. Toute variété doit subir une série de tests ; elles doivent satisfaire aux normes et, à ce titre, ont toutes les chances de se retrouver inscrites au catalogue officiel. L’enjeu est donc aujourd’hui d’inscrire également des variétés qui présentent un potentiel adapté à l’agriculture biologique. Démontrer qu’elles présentent des critères particulièrement importants pour la bio sera évidemment un argument de poids. Anciennement, la sélection était faite sur une base importante de fertilisation et d’intrants ; c’est vrai, mais cette base est aujourd’hui sujette à révision. L’ITAB, qui coordonne toute la recherche en bio au niveau de la France, a tout récemment fait inscrire au catalogue français deux variétés INRA répondant aux besoins des agrobiologistes… C’est la première fois qu’une sélection est inscrite après évaluation dans les conditions de l’agriculture biologique. D’habitude, ces sélections pour le catalogue sont faites sur des terres conventionnelles, sur base de critères tout à fait conventionnels. Nous, quand nous réalisons un essai, nous le faisons sur des terres qui sont en bio ; c’est donc une tout autre dynamique qui s’installe… »
Mais quels sont les principaux critères de sélection revendiqués en bio et qui ne sont pas assez pris en compte par le conventionnel ?

« La résistance aux maladies est évidemment fondamentale en bio. La capacité de taller aussi, très importante pour concurrencer des mauvaises herbes. La précocité peut aussi se révéler très intéressante, ou plutôt l’aspect tardif d’une variété dans le cas où il n’y a pas assez d’azote minéral disponible en début de saison. Le démarrage se faisant mieux s’il est concomitant avec le début de la minéralisation de l’azote organique apporté par l’agriculteur (ou par un engrais vert). D’autres critères doivent encore être vérifiés comme la largeur des feuilles et la hauteur de la tige, sachant que l’agriculteur bio va s’intéresser davantage à la quantité de paille qu’un conventionnel… La résistance à la verse est également primordiale, ainsi que la profondeur des racines : plus la céréale ira explorer le sol en profondeur et plus elle sera en mesure d’y trouver les éléments nutritifs appropriés.

Ajoutons aussi que nos essais sont à présent réalisés sur trois plate-formes différentes ; nous pourrons donc comparer différentes conditions pédoclimatiques reflétant les grandes tendances wallonnes : la première est en Hesbaye liégeoise sur des limons profonds, une autre se trouve en Famenne et la troisième à Wodecq, près de Ath. Cela permet aussi de mettre autour de la table différents partenaires qui ne travaillent pas nécessairement dans une optique bio, en espérant que cela engendre des prises de conscience. »

Des implications en termes de recherche

Il sera évidemment intéressant de comparer une même variété lorsqu’elle est utilisée en conventionnel ou en bio, d’observer si elle réagit, ou pas, avec des différences…
« Voir comment une variété se comporte, par exemple, en fonction des différents intrants qui lui sont apportés permettra de déterminer, en fonction des rendements à l’hectare, quel types de fertilisation tiennent le mieux la route, explique Eddy Montignies. Chacun pourra alors se demander alors si tel ou tel apport est nécessaire ou pas… Tout cela est donc très intéressant dans une logique de dualité bio – conventionnel. Car le but, dans une optique de filière, n’est certainement pas d’opposer les deux types d’agriculture, ni même d’opposer l’industriel à l’artisanal, mais bien de reconnaître que certaines logiques et certains produits sont adaptés à un type d’entreprise, industrielle ou artisanale. On ne conseillera évidemment pas d’utiliser le même type de céréale selon qu’on vise une très haute valeur ajoutée pour les pains et pour les pâtisseries, ou qu’on recherche un produit homogène parce qu’on est moins en mesure d’adapter sa chaîne de transformation. Nous préférons travailler dans cette optique de filière afin d’encourager une production mieux adaptée aux conditions pédoclimatiques. Est-il vraiment utile de se lancer dans une course à la haute valeur protéique si on veut finalement se tourner vers une filière artisanale ? Je n’en suis vraiment pas sûr. Ce critère-là n’est vraiment pas le meilleur à prendre en compte dans notre contexte agricole… »

Biodiversité et autonomie

Mais, dans un souci d’accroissement de la biodiversité et de réappropriation de la semence par le paysan, encouragera-t-on l’agriculteur à auto-produire ses semences ?

« Pourquoi pas, dit Eddy Montignies, dans la mesure où cela s’inscrit toujours dans le cadre strict de la légalité ? Il est tout à fait loisible, dans le cadre d’essais, de multiplier une variété inscrite et de la resemer plusieurs années de suite afin de voir comment elle s’adapte aux conditions pédoclimatiques locales. Il est intéressant de savoir si cela porte à conséquence, tant au niveau qualitatif que quantitatif. Des baisses de rendement peuvent cependant parfois être constatées ; on trouve également des instabilités, ce qui peut évidemment s’avérer gênant du point de vue de la DHS. Il y aura fatalement une sélection qui va se faire et, dans ce contexte-là, cela peut poser problème…

Mais, d’un point de vue agricole, je pense que l’essentiel, à terme, est que la recherche et les semenciers soient à même de fournir des semences adaptées et réfléchies en fonction du bio. Qu’en fonction des conditions des cultures et des objectifs de transformation, on dispose de variétés ayant les valeurs technologiques et agricoles qui conviennent. A l’heure actuelle, un agriculteur qui veut mettre des céréales bio en culture va appeler un fournisseur classique et lui demander s’il dispose des quelques centaines de kilos de froment dont il a besoin. Le semencier va très certainement lui répondre, en toute bonne foi, qu’en bio il n’a rien mais qu’il dispose de variétés classiques qui pourraient sûrement convenir. Admettons cependant que, si ces variétés n’ont pas été testées dans les conditions du bio, le semencier pourra, à la limite, vendre absolument ce qu’il veut. Si l’on peut dire, par contre, qu’il existe un référentiel bio, qu’on l’a testé chaque année et qu’il fonctionne bien pour tel ou tel type d’application – imaginons même qu’il fasse l’objet d’une présentation – , l’agriculteur saura exactement à quoi s’en tenir quant à la semence qu’il utilise. 
Au niveau du CEB, nous pouvons toujours tester, bien sûr, quelques vieilles variétés et dire qu’elles font un excellent pain ; nous pourrons même donner une batterie de chiffres les concernant. Mais nous ne pourrons jamais aller jusqu’à prétendre que ces variétés sont meilleures que d’autres, juste parce qu’elles sont anciennes et qu’elles sont jolies… »

Il est donc intéressant de discuter maintenant ce que doivent être les critères de sélection adaptés au bio, à ce que souhaite manger aujourd’hui le client du boulanger bio. Il faut pouvoir convenir que ces critères, quels qu’ils soient, ne se résument certainement pas à telle ou telle ancienne variété. Une variété ancienne peut, le cas échéant, présenter un caractère qui sera utile dans le cadre d’une sélection, mais ce n’est évidemment pas parce qu’une variété est ancienne qu’elle sera ipso facto intéressante. De plus, une variété ne sera intéressante que si elle est vivante, que si elle est cultivée. L’intérêt est donc toujours que la diversité cultivée soit la plus vaste possible, afin qu’on puisse toujours y trouver la diversité dont on a besoin en un lieu et en un moment donnés. Et c’est ce que doivent garantir des banques ou des réservoirs de semences, des collections qui sont remises en culture chaque année… 

Et la décroissance dans tout cela ... Par Guillaume Lohest

Nous l’affirmions dans votre précédent Valériane : toute chose peut être utilisée dans une logique de croissance ou de décroissance. Avec les semences, c’est du sérieux, on touche à un élément fondamental de la vie. En observant la façon dont ont évolué les pratiques et les législations sur cette question centrale, nous recevons des indices clairs du « projet » qui, consciemment ou non, guide nos sociétés en ce qui concerne leurs agricultures et leurs systèmes alimentaires.

Ce projet de société comprend trois dimensions principales :

1- une conception du savoir scientifique comme domination et/ou en substitution des lois naturelles : on peut créer des variétés de semences hyper résistantes, hyper productives,
2- une spécialisation des tâches : au semencier les semences, et que le paysan se concentre sur ses récoltes,
3- une vision quantitative du progrès : mieux, c’est plus, plus vite, plus souvent…

Ces trois dimensions sont tenues ensemble par une recherche permanente de l’efficacité ou, pour le dire autrement, du rendement. La croissance dans sa version agro-alimentaire. Un modèle simple, linéaire, schématique.

La décroissance, comprise comme déclic de rupture avec la société de croissance, peut ouvrir vers d’autres types de projets auxquels il s’agit de donner des finalités positives. Ces autres projets ne peuvent évidemment pas abandonner le souci d’efficacité pour l’agriculture. Mais ils prennent en compte d’autres dimensions : ainsi commence-t-on à entendre parler de biodiversité, de conservation, d’autonomie, de résilience. L’agriculture n’a pas pour vocation de pouvoir théoriquement nourrir les Hommes cette année – vision technique! Il faut qu’elle les nourrisse en permanence, en qualité et en diversité… Pour cela, la meilleure garantie est qu’elle n’échappe pas aux agriculteurs, qu’elle les rende heureux et qu’elle reste sous le contrôle des peuples qui en bénéficient, adaptée aux sols sur lesquels ils vivent.

Les semences paysannes, pour toutes les raisons évoquées dans ce dossier, sont la clé d’une telle agriculture. Issues d’une sélection utilisant les lois naturelles sans les forcer, respectant les caractéristiques des lieux et destinées à celui-là même qui les sélectionne, elles encouragent une agriculture biologique, locale et nourricière, plus durablement que tous les règlements du monde.

Mais les semences paysannes sont très certainement moins rentables à court terme. Pas évident de faire comprendre au monde agricole et aux consommateurs que c’est peut-être, pourtant, la voie la plus sûre et la plus belle à suivre… Elle semble si éloignée de l’efficacité de l’industrie et du supermarché ! Raison pour laquelle un peu de décroissance est nécessaire dans cette affaire…

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