Cette étude est parue dans les revues Valériane n°171-176
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Résumé
« Qui protègera nos sols ? » fut la question directrice de cette enquête. Car oui, il est nécessaire de préserver nos sols « malades » de l’intensification du modèle agricole dominant. Un rapide diagnostic met en évidence les divers maux dont souffre notre terre nourricière. Le plus grave est certainement le manque de matières organiques, de cet humus qui permet au sol, via l’organisation de sa structure, de résister à l’érosion et à la compaction, et de retenir l’eau telle une éponge. La perte de fertilité engendrée par des pratiques inadaptées est quasiment irréversible étant donné que des siècles sont nécessaires pour former quelques centimètres de terre.
Devant la menace d’aboutir à un sol stérile qui ne nourrira plus les générations futures, scientifiques et agriculteurs se mobilisent pour mettre en œuvre de bonnes pratiques agricoles qui permettent de préserver, voire de regénérer en partie, la fertilité de la terre. A l’exception des pratiques novatrices de l’agriculture de conservation des sols, qui réduit le travail du sol et le labour et assure une couverture la plus permanente possible, les techniques de gestion durable des sols sont bien connues. En l’absence d’une législation forte cadrant le sujet, une série de mesures sont proposées ou imposées aux agriculteurs via les outils de la politique agricole commune. Mais une analyse approfondie de la situation montre que de nombreux freins peuvent expliquer la lente progression de la transition de notre agriculture.
Le modèle agricole prédominant actuel est basé sur une concurrence rude entre agriculteurs au sein d’un même pays mais aussi avec le reste du monde. Des accords de libre-échange opposent des agriculteurs de pays possédant des niveaux d’exigences sociales et environnementales contrastées. Par ailleurs, les externalités de l’agriculture ne sont pas prises en compte dans son modèle économique, ce qui pousse à une surexploitation des ressources naturelles (y compris le sol) pour un secteur primaire en quête de rentabilité. Or, si les impacts de ce modèle prédominant sur l’environnement (climat, biodiversité, sol, eau…) et sur la société étaient pris en compte, les modèles d’agriculture durable tels que l’agriculture biologique coûteraient moins cher au consommateur et deviendraient sans aucun doute la norme.
Cette étude met en évidence que pour favoriser une transition de notre agriculture vers un modèle plus vertueux et respectueux des sols, des mutations sont nécessaires dans de nombreux domaines : la formation, l’encadrement et la recherche agricoles, mais aussi la législation cadrant les pratiques. Il est nécessaire de mieux informer et sensibiliser tous les citoyens et citoyennes à l’importance de préserver les sols et de soutenir les alternatives, ainsi que de renforcer les dispositifs de soutien à la transmission de fermes et à l’accès à la terre.
A la question initiale « Qui protègera nos sols ? », nous pouvons répondre que de nombreux acteurs doivent être mobilisés : les responsables politiques de différents niveaux de pouvoir et dans diverses compétences, les acteurs de la formation, de l’encadrement et de la recherche agricoles, les différents maillons de la chaine alimentaire – fournisseurs d’intrants, agriculteurs, transformateurs, revendeurs – et bien entendu le citoyen, qui par son pouvoir d’achat, peut faire pencher la balance en faveur de pratiques durables. Pour notre santé et celle de la Terre.
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